Dans les années 1920, les trois plus grands mouvements fascistes en France ont été l’Action française (AF de Charles Maurras), les Jeunesses patriotes (JP de Pierre Taitinger) et le Faisceau. En 1933, seuls les deux premiers existaient encore. Le Faisceau était tombé dans l’oubli. Les années 1930 se caractérisent par l’apparition de nouveaux petits et grands groupes fascistes.
En 1934, d’après la police française, la Solidarité française (SF de François Coty et Jean Renaud) constitue le plus grand mouvement de l’extrême droite, avec environ 180 000 membres (dont 80 000 à Paris).
Les Croix-de-Feu (CF du colonel de La Roque) comptent 100 000 membres (dont 21 000 à Paris).
Les Jeunesses patriotes de Pierre Taitinger comptent 90 000 membres (dont 6 400 à Paris).
L’Action française de Charles Maurras compte 60 000 membres (dont 8 300 à Paris).
Les Francistes mussoliniens de Marcel Bucard comptent 1 500 membres (dont 300 à Paris).
Quelques semaines après les émeutes du 6 février 1934, la Solidarité française s’effondre lorsque son donateur fait faillite.
Parallèlement les Croix-de-Feu commencent une ascension spectaculaire et finissent par distancer tous les autres mouvements.
En 1938, le mouvement du colonel de La Roque change de nom, devient le Parti social français et compte entre 700 000 et 1,2 million de membres.
Le Parti populaire français, de Jacques Doriot fondé en 1936 compte en 1938 entre 50 et 100 000 membres pour 250 000 à 300 000 sympathisants.
À titre de comparaison, le nombre des membres cumulés du Parti communiste et du Parti socialiste était de 600 000 adhérents en 1938.
Après 1936, l’histoire du fascisme en France se résume quasiment à celle du Parti social français et du Parti populaire français. Ce sont eux qui bénéficient du plus fort soutien populaire. Le Front paysan d’Henri Dorgères compte 250 000 membres exclusivement dans le monde paysan.
Sur le plan idéologique, malgré leurs différences, tous ces groupes sont référencés à une tradition intellectuelle, l’antisémitisme, qui remonte en France aux années 1880.
Ce tour d’horizon général ayant été fait, je vous propose de voir dans le détail les caractéristiques de chacun de ces groupes.
Le premier d’entre eux, et le moins influent se nomme « Les Francistes »
Le mouvement des Francistes n’a jamais eu beaucoup d’adeptes.
D’un point de vue idéologique, les Francistes sont de la même matrice que les Croix-de-Feu et les Jeunesses patriotes. Ce mouvement est fondé en 1933 par Marcel Bucard, ancien membre de l’Action française, du Faisceau et des Croix-de-Feu.
Bucard reprend à son compte les marques extérieures du fascisme italien, chemise, béret, salut à la romaine. Il prétend se battre en vue d’une révolution nationale-socialiste. En fait, son programme est essentiellement conservateur.
Comme La Roque et Doriot, Bucard dit être en faveur d’un gouvernement républicain alors qu’il qualifie la démocratie parlementaire de « décadente et désastreuse ».
Il laisse croire que le peuple doit gouverner alors qu’il appelle de ses vœux la disparition de la démocratie.
Il affirme qu’il est entièrement dévoué à la notion de liberté politique tout en recommandant plus de discipline et d’autorité.
Il qualifie l’autoritarisme de gauche de menace pour la liberté, tandis que celui de droite en est le rempart.
Il rejette au départ l’antisémitisme pour l’adopter après 1936.
Il critique la centralisation démocratique surtout quand elle est d’inspiration socialiste.
Il réclame une approche décentralisée confiée aux régions, mais demande plus de cohésion dans la vie politique nationale.
Il hait le marxisme et expose les bienfaits de la collaboration entre les classes.
Il se réclame du catholicisme traditionaliste.
Il méprise le Parti communiste et le Parti socialiste, dont il exige « la destruction totale ».
Il dénonce les bourgeois décadents, mais encense les bourgeois virils.
Il maudit le matérialisme marxiste et réclame une révolution spirituelle fondée sur les valeurs militaires.
Il se pose en défenseur de la propriété privée.
Il est opposé aux nationalisations.
Il rejette l’égalitarisme socialiste en déclarant : « Qu’on le veuille ou non, l’inégalité est une loi de la nature. Les forts naissent pour commander, les faibles pour obéir ».
Il réclame une révolution nationale qui protège le capitalisme, mais qui ne le renverse pas.
En 1934, les Francistes comptent seulement 1500 membres pour toute la France. Les subventions qu’il reçoit de l’Italie fasciste entre 1934 et 1936 s’élèvent à un million de francs.
Enfin et pour terminer, Bucard avait beau se faire passer pour un national-socialiste antibourgeois, prenant fait et cause pour le peuple, ses bailleurs de fonds français étaient deux industriels de Tours et Paris, deux armateurs, un propriétaire d’une maison de parfums.
Le double discours institué des Francistes se retrouve de nos jours dans les prises de position du RN qui, à peu de temps d’intervalle, est capable de dire tout et son contraire.
La semaine prochaine nous passerons au crible le programme et les valeurs des Jeunesses patriotes et l’Action française.
Ces données sont extraites du livre de l’historien Robert Soucy intitulé « Fascismes français ? 1933 -1939 » dans la collection Mémoires des éditions « Autrement », il a été édité en 2004.




























