Après un été éprouvant, rythmé par les vagues de chaleur et les incendies, et à quelques mois de l’échéance présidentielle, les mobilisations pour le climat ont rassemblé 100 000 personnes dans plus de 250 communes en France, selon les organisateurs. Reportage à Lyon et Paris.
ParisParis, Lyon (Rhône).– « Qui peut encore vivre dignement dans les villes qu’on nous propose ? », interroge avec véhémence Karima, porte-parole du mouvement citoyen Pacte Lyon respirable. Place Jean-Macé, à Lyon, la foule était nombreuse : 10 000 personnes selon les organisateurs, sous un soleil de plomb pour la « marche climat » ce samedi 26 septembre.
À Lyon, ville dirigée par un exécutif écologiste, des dizaines d’associations, des intersyndicales et des partis de gauche et d’extrême gauche ont rejoint la mobilisation, avec un slogan phare : « On veut vivre, pas survivre. » Après un été marqué par plusieurs épisodes de chaleur intense et une sécheresse persistante, les organisateurs ont donné la parole à des personnes directement exposées aux effets du dérèglement climatique.
« Les responsables politiques sont là pour nous écouter et faire ce qu’on leur demande. On ne vote pas pour qu’ils puissent avoir leur petit siège ou faire leur petite vie. Ils sont là pour mettre en œuvre une ville respirable pour toutes et tous, poursuit Karima. Organisons-nous face à ce que nous subissons, face au fascisme, face au racisme, face à l’exclusion. »

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« On les connaît, les solutions »
Dans la capitale rhodanienne comme dans plus de 250 communes de France, les cortèges ont défilé sous une même bannière conjuguant « le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ». Léo, de l’intersyndicale Solidaires, réclame des mesures pour « la santé et la sécurité » ainsi qu’une taxation des plus gros pollueurs. La Coordination nationale des mineur·es isolé·es dénonce, elle, la fermeture par la métropole, passée à droite aux élections municipales de mars, de deux lieux d’hébergement d’urgence qui accueillaient cent deux jeunes.
La mobilisation entend aussi interpeller directement les responsables politiques. Militante d’Alternatiba venue de Villefranche-sur-Saône, Gaëlle Nourry-Gardien défend la nécessité de « changer le système, pas le climat ». « On est entrés en période de présidentielle. Tous les citoyens et toutes les organisations qui sont là sont légitimes à demander et à exiger des mesures concrètes, rapides. Ça fait des années qu’on les demande. On les connaît, les solutions », explique-t-elle à Mediapart, précisant que l’association mène campagne contre l’extrême droite.
Parti de Jean-Macé, le cortège remonte l’avenue Jean-Jaurès, l’avenue de Saxe et le cours Lafayette dans une ambiance familiale avant de rejoindre les quais du Rhône. La présence policière est, selon plusieurs participants qui ont pris part aux deux rassemblements, bien différente de celle de la manifestation de la semaine précédente contre le « permis de tuer ».
Le lien entre urgence climatique et conditions de vie est très présent. Salomé Kara, 27 ans, militante de Locataires ensemble, résume : « La justice climatique doit être une justice sociale, parce que lutter contre la crise climatique, c’est aussi agir pour nos logements, nos quartiers et les conditions de vie de celles et ceux qui y habitent. »
Si les manifestant·es se réjouissent surtout de se retrouver en nombre, plusieurs personnes interrogées par Mediapart placent peu d’espoir dans la prochaine échéance politique.
Gaëlle, mère de famille venue avec son mari, ses deux enfants, des amis et des collègues, n’en attend « pas grand-chose ». Cette habituée des marches pour le climat estime que « l’écologie devrait être un sujet central, parce qu’on n’a pas de deuxième planète et que c’est le futur de nos enfants, mais cela ne l’est pas, malheureusement ».
Un peu plus loin, Babacar Ndiaye, étudiant de 20 ans, s’apprête à voter pour la première fois à une élection présidentielle, sans croire que le scrutin puisse réellement changer les choses. « Malheureusement, l’écologie n’a pas la place qu’elle mérite dans le débat public. Certains empires économiques parviennent à contrôler les débats de société. Les enjeux écologiques, économiques et sociaux, notamment la question de la répartition des richesses, sont pourtant centraux », estime-t-il.
Dire son angoisse et sa colère
À Paris, visite du pape oblige, la marche climat a été réduite à un rassemblement statique place de la République. Moins dense qu’à la Concorde, la foule – quelques milliers de personnes, plutôt jeunes – n’en était pas moins déterminée à se faire entendre. « La planète vous la voulez bien cuite ou à point ? », brandit une jeune femme au milieu de pancartes dénonçant l’inaction d’Emmanuel Macron sur le climat ou la dette écologique laissée aux générations futures.
« C’est un peu dommage qu’on n’ait pas pu défiler dans Paris, cela aurait plus d’impact », regrette Angèle, 20 ans, étudiante en droit qui se réjouit néanmoins de voir sur la place « tous ces jeunes et mêmes des familles avec des enfants ». Se disant depuis longtemps intimement angoissée par le dérèglement climatique, elle trouve que la classe politique dans son ensemble n’a pas encore saisi l’urgence. « Cela reste trop souvent au second plan, même à gauche. Mais pour ma génération c’est vital. Moi j’essaie de changer mon comportement autant que possible : je ne prends plus l’avion, par exemple, mais l’échelle individuelle ne suffit pas. Pour contraindre les grandes entreprises polluantes, il faut des décisions politiques. »
Venue avec elle, son amie Emma, 19 ans, avoue sa colère contre une classe politique qui n’a pas su éviter le désastre écologique en cours. « Quand j’étais à l’école primaire, on nous expliquait qu’il ne fallait surtout pas dépasser 1,5 °C de réchauffement climatique et là j’ai 19 ans et on les a déjà dépassés », s’étrangle-t-elle.
« Pas militantes, pas encartées », les deux amies assurent qu’il faut un « changement radical » et voteront à la prochaine élection sans se poser de question pour LFI, qu’elles estiment être le parti le plus cohérent sur l’écologie. « Parce que l’écologie sans lutte des classes c’est du jardinage », dit Angèle en riant.
Pierre, 61 ans, cadre, a toujours été « concerné par l’écologie, mais c’est vrai que ce qu’on a vécu cet été à Paris dans nos logements ç’a été affreux », raconte-t-il, évoquant sa voisine sous les toits qui faisait des crises de panique avec les chaleurs extrêmes. « À Paris, beaucoup de choses ont changé sur la voiture, la pollution de l’air. C’est quand même beaucoup mieux, donc on peut agir », assure celui qui se dit historiquement proche du Parti socialiste mais ne sait pas très bien pour qui il votera au printemps prochain.

Armée d’une petite pancarte « Climat, biodiversité = nos priorités », Laura, 29 ans, explique manifester aujourd’hui « pour la première fois ». « Cet été a été terrible. Il y a quatre ans, j’ai déjà vécu chez ma mère les incendies en Gironde. Ce sont des traumatismes. Là, j’ai vraiment senti qu’il fallait que je manifeste pas juste pour dire ma peine, mon angoisse, mais aussi ma colère », explique la jeune femme qui travaille dans une entreprise de réinsertion. Elle aussi attend que l’ère Macron avec son bilan « inexistant sur le climat » se termine. « Si je regarde les programmes, c’est celui de LFI qui est le plus ambitieux pour l’écologie », conclut la jeune femme alors que Jean-Luc Mélenchon vient d’arriver sur la place, flanqué de Mathilde Panot et Rima Hassan.
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25 septembre 2026
Après avoir discuté avec les militant·es d’Attac, et avant de rejoindre les militant·es de Vitry en lutte contre le nouvel incinérateur dans leur ville, l’insoumis, seul candidat à l’élection présidentielle aperçu par Mediapart à Paris (Marine Tondelier était à Arras, dans le Pas-de-Calais), s’arrête quelques instants pour expliquer sa présence. « Les vieilles plaques tectoniques sont en train de bouger : l’écologie politique a complètement refondé l’idéal de la gauche. Et là-dessus la droite n’a rien à proposer ! », assure celui qui reconnaît sa propre évolution sur le sujet.
Sera-t-il possible d’inviter le climat à la table de la discussion budgétaire qui va s’ouvrir ? « Le gouvernement n’est prêt à aucune concession. Tout cela est une blague », balaie-t-il en comptant sur ses doigts les mois qui restent jusqu’à l’élection présidentielle. Il se félicite des mobilisations qui allient aujourd’hui l’écologie et le social et qui ont lieu un peu partout sur le territoire. « Comme en 1936, il y a eu cette énorme vague de mobilisation après la victoire du Front populaire », s’enflamme-t-il, même si à Paris, la marche pour le climat n’a rassemblé que quelques milliers de personnes.
Lucie Delaporte et Estelle Levresse
Richard Laporte article lu dans Mediapart












