Une autre histoire – 26 mai 1755, Mandrin roué vif à Valence

par | 24 mai 2022 | Culture

Le 26 mai 1755, voilà exactement 267 ans,  le contrebandier Louis Mandrin est roué vif à Valence dans le Dauphiné. Il a 30 ans ! Mandrin, un disciple sûrement de Robin des Bois.

Né à Saint-Étienne de Saint-Geoirs, dans le Dauphiné, Louis Mandrin est l’aîné d’une famille de neuf enfants. Il a 17 ans quand meurt son père, un maréchal-ferrant prospère qui le laisse chef de famille. Inapte à développer l’entreprise familiale, il signe en 1748 un contrat avec les collecteurs de taxes de la Ferme générale en vue de ravitailler l’armée française qui guerroie en Italie. La Ferme générale, sous l’Ancien Régime, est une compagnie de financiers, privée et privilégiée, chargée de la collecte des impôts indirects, une sorte de délégation de service public qui sera supprimée par la révolution

À la fin de sa mission, ayant perdu la plupart de ses 97 mulets dans la traversée des Alpes, ne voilà-t-il pas que la Ferme générale refuse de le payer ! Diantre !

Là-dessus, son propre frère est pendu pour faux-monnayage suite à une intervention encore une fois de la Ferme générale. Lui-même participe à une rixe sanglante le 30 mars 1753 et doit s’enfuir pour échapper au supplice de la roue. Devenu hors-la-loi, il prend la tête d’une bande de contrebandiers et déclare la guerre à la Ferme générale, non sans afficher son dévouement au roi !

Mandrin, qui a la fibre militaire, organise ses troupes comme une armée, avec solde, grades et discipline. Il regroupera jusqu’à 300 hommes : savoyards et français, soldats déserteurs, artisans, pauvres gens. Ils pratiquent la contrebande entre les cantons alémaniques, le Valais et Genève d’une part et  la Savoie et la France d’autre part. Ils transportent en fraude cuirs, peaux, grains, fourrages, de la poudre et du plomb, du tabac, des toiles peintes, des mousselines,. Ils importent en Savoie du sel, des tissus, des produits coloniaux. Ils vendent leurs marchandises à partir de dépôts, en bordure du Rhône, dans les foires et des villes brusquement investies. Ils y libèrent les prisonniers, dépensent largement, disposent de relais et de la complicité populaire pour le tabac.

En 1754, en l’espace d’une année, il organise en tout et pour tout six «campagnes». Au début de chaque campagne, il achète du tabac et quelques autres marchandises en Suisse et dans le duché indépendant de Savoie.

Ensuite, il pénètre en territoire français avec quelques dizaines de complices, investit une ville ou une autre et vend ses marchandises au vu et au su de chacun, pour la plus grande satisfaction des habitants, ravis de l’aubaine.

Les fermiers généraux ripostent en obtenant dès le printemps 1754 des lois contre les personnes qui achèteraient quoi que ce soit aux contrebandiers.

Louis Mandrin a l’idée, lors d’une campagne, à Rodez, de «vendre» ses marchandises aux employés locaux de la Ferme sous la menace des armes. En d’autres termes, il pille les caisses de l’institution.

En octobre, sa cinquième campagne, au Puy, tourne mal. Elle lui vaut une grave blessure au bras suite à un échange de tirs avec les troupes de la Ferme générale qui, cette fois, obtient du roi l’intervention de l’armée. Mandrin, qui eut tant aimé servir comme officier, est désolé par la perspective d’avoir à affronter des soldats royaux.

Le régiment de chasseurs du capitaine Jean-Chrétien Fischer intervient précisément lorsque Mandrin lance sa sixième campagne, à Autun et Beaune, le 19 décembre 1754. Les contrebandiers sont pris en chasse alors qu’ils quittent Autun. C’est le massacre. Mais Mandrin arrive in extremis à s’enfuir en Savoie.

Louis Mandrin, le contrebandier de belle prestance que l’on surnommait «Belle humeur» est trahi par deux membres de sa bande. Il est pris avec trois comparses au château de Rochefort et ramené en France, à Valence.

Indigné par la violation de son territoire, le duc Charles-Emmanuel III de Savoie demande à son neveu Louis XV la restitution du prisonnier. Comme le roi de France s’apprête à lui céder, la Ferme générale accélère les formalités de jugement de son ennemi juré. La condamnation tombe le 24 mai 1755 et elle est exécutée deux jours plus tard.

Le condamné subit d’abord la torture des brodequins : ses jambes sont écrasées entre deux planches en vue de lui faire avouer le nom de ses complices. Puis il est conduit à l’échafaud. Le bourreau brise ses membres à coups de barre. Enfin, il expose le condamné face au ciel sur une roue de carrosse.

Le fier contrebandier supporte ce supplice sans mot dire. Au bout de huit minutes, le bourreau l’étrangle à la demande de l’évêque,  mettant ainsi fin à ses souffrances.

Plusieurs milliers de personnes assistent à la scène. Très vite va se répandre la légende du bandit magnanime puni pour avoir volé les collecteurs d’impôts.

La brève épopée de Mandrin est symbolique des iniquités fiscales dans les décennies précédant la Révolution française.

Il va très vite jouir d’une immense popularité, à la mesure de la haine vouée aux gabelous  c’est à dire aux récolteurs d’impôts.

Le livre Testament politique de Louis Mandrin généralissime des troupes de contrebandiers d’Ange Goudar est sept fois réédité dans l’année qui suit son exécution.

Et l’on fredonne cette chanson :

Je péris pour avoir dépouillé des brigands ;

J’aurais joui comme eux d’une autre récompense,

Si j’avais dépouillé des peuples innocents.

Mandrin, un disciple sûrement de Robin des Bois …. Mais, lui,  c’est une autre histoire !

Version audio avec illustration musicale diffusée sur Radio Pays d’Hérault, à écouter ICI

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