Agriculture et changement climatique : le Languedoc-Roussillon va vite se retrouver en première ligne

par | 7 décembre 2025 | Écologie

Les viticulteurs du Languedoc-Roussillon sont déjà en première ligne, mais ils ne seront pas les seuls impactés par les changements climatiques immédiats. Toute l’agriculture va être touchée, ce qui nécessite un plan social et une mutation d’envergure.

Il y a tout d’abord la réalité des chiffres, avec une température moyenne durable de 35° la vigne est en stress hydrique, si cette température monte à 40° elle passe en stress thermique. Sa production et sa survie sont alors engagées.

Des cépages résistent mieux que d’autres, mais dans l’ensemble c’est toute la monoculture de la région Languedoc-Roussillon qui est menacée.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le défi est immense. Il va demander une mobilisation extraordinaire. À terme, c’est ni plus ni moins la question de la structure socio-économique de notre région qui est posée.

Si on regarde quelques décades devant nous, toutes les modélisations indiquent une augmentation d’environ 4° du climat d’ici la fin du siècle.

La France sera coupée en deux par une ligne qui va de Bordeaux à Nîmes et de Nîmes à Grenoble. Au sud de cette ligne quoiqu’il arrive on produira moins. Un département, les Pyrénées-Orientales est d’ores et déjà menacé de désertification, on y observe une pluviométrie similaire à celle du Sahel depuis plusieurs années.

Le climat de Montpellier et de l’Occitanie en 2060 sera similaire à celui de Tunis.

À Montpellier toujours :

  • L’augmentation de la température depuis 1950 est de 2,28°,
  • Les augmentations seront de 3,8° l’été 2060 et de 1,9° l’hiver,
  • En 2100 le climat sera similaire à celui de Monterrey au Mexique,
  • Les augmentations de température seront de 7,2° l’été et de 3,5° l’hiver.

( sources : https://ccexplorer.eu/ et https://www.ouest-france.fr/environnement/rechauffementclimatique )

Pour mesurer les mutations à venir, en 2060, la Bretagne, l’Île-de-France et l’Alsace auront le climat actuel de l’Occitanie, qui, elle, aura le climat du Maghreb.

Il faudra donc faire pousser des plantes de cette région, ce qui nécessitera beaucoup d’efforts et de moyens.

C’est particulièrement vrai pour des plantes comme les arbres. Quand on plante un arbre, c’est pour, 50, 100 ans, voire plus.

Pour les arbres fruitiers du sud de la France, il est très probable que les variétés actuelles de pêchers, abricotiers, pommiers, figuiers, cerisiers vont devoir migrer vers la moitié nord.

Il faudra donc à minima changer les variétés.

Pour ce qui concerne l’olivier, Serge Zarka, le climatologue local, indique qu’il pourrait s’implanter durablement en Bretagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas et Danemark !

La culture de la vigne était interdite en Bretagne depuis les années 1930, cette interdiction a sauté en 2016. On compte actuellement 43 vignerons professionnels qui souhaitent produire un million de bouteilles dès 2030. Ils ont initié des démarches pour obtenir une indication géographique protégée (IGP) nommée « vin de Bretagne » (source Serge Zarka).

Autre donnée, s’il fait chaud, les éleveurs devront affronter toutes les maladies des pays chauds, comme :

  • La fièvre catarrhale ovine,
  • La peste équine,
  • La fièvre du Rift et de la vallée du Nil,
  • La grippe aviaire,
  • La peste porcine africaine,
  • Des maladies bactériennes.

L’acclimatation des élevages va être posée d’autant plus que la production d’herbes et de fourrages sera à revoir à la baisse. En 2003, 2011 et 2022, on a déjà manqué de fourrage.

Dans l’agriculture et dans le Languedoc-Roussillon, un tsunami socio-économique et climatique se prépare. Il va falloir dire et redire à la Coordination rurale que le danger ne vient pas des écologistes, mais du capitalisme qui accélère la crise climatique et va s’en servir pour redessiner de nouvelles parts de marché.

Dans ce contexte on ne peut pas faire confiance à la FNSEA qui génère les politiques agricoles capitalistes et se sert de la base paysanne pour l’intérêt des agro-industriels.

Il faut vite bâtir des alliances pour résister et transformer, c’est ce que fait la Confédération Paysanne.

Dans notre Languedoc-Roussillon, les conditions d’une large alliance paysans, travailleurs, citoyens sont posées.

Il va falloir faire, vite, très vite, pour la réaliser.

Les indications techniques de cet article viennent des travaux de Bruno Parmentier, ingénieur économiste, spécialisé dans les questions agricoles et alimentaires. Je vous invite à les consulter ainsi que les travaux de Serge Zarka.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers