Le patrimoine paysager : poésie préfectorale

par | 10 octobre 2021 | Écologie

La préfecture de l’Aude a récemment publié un texte censé orienter les futures implantations de parcs éoliens industriels dans le respect des paysages et de ce patrimoine commun qu’ils constituent. Le projet peut faire sourire quand on songe au massacre qui a déjà eu lieu dans les Corbières par exemple. 270 éoliennes ont été installées dans l’Aude dans le cadre d’un premier plan de gestion des paysages sans qu’on comprenne en quoi ce plan a protégé quoi que ce soit. Mais si on pouvait avoir encore des doutes il suffit de lire le texte en question pour en apprécier la perversion (1).

Prenons quelques exemples de formules en trompe l’œil qui peuplent ce court texte :

« Le paysage exprime la ligne de vie passée, présente et future du département. En ce sens, il nécessite d’être interrogé et projeté au regard du développement éolien et des objectifs à atteindre en matière de production d’énergies renouvelables ». En fait ce n’est pas le paysage qui exprime la vie future du département mais le développement qui modèle le futur du paysage. Pas la peine d’interroger ce pauvre paysage, il n’a pas voix au chapitre, il n’est là que pour subir les objectifs à atteindre décidés loin d’ici.

« Le département de l’Aude compte plus de 270 éoliennes avec des gabarits de machines diversifiés qui témoignent d’une présence ancienne des parcs éoliens ». Ancien c’est trente ans en fait, mais ça fait presque traditionnel, presque faisant partie de la culture de l’Aude. La tradition et la culture c’est quand même important !!

« L’évaluation des implantations des parcs éoliens développés depuis lors aboutit notamment à la nécessité de préciser la définition d’un projet de territoire en parallèle de l’insertion des éoliennes pour aboutir à une diversité des usages bénéfiques à l’attractivité du site et à son développement ». Si l’on comprend bien cette phrase, il s’agit une fois que l’on a planté les éoliennes de trouver quelque chose pour faire venir les touristes dépités par le paysage massacré.

« Pour cela, l’actualisation 2021 de ce Plan vise à renseigner les élus sur la capacité de leur paysage à accueillir de l’éolien, tout en veillant à la qualité du cadre de vie de leurs administrés ». En dehors du fait qu’apparemment les élus sont incapables d’évaluer la capacité de leur paysage à accueillir de l’éolien, on leur conseille de veiller à la qualité de vie de leurs concitoyens. Visiblement la préfecture ne pense pas que cela fait partie de leurs préoccupations. Peut-être est-ce un moment de lucidité ?

« Par ailleurs, forts de ces indications, les développeurs enrichissent leur démarche de projet en prenant en considération, dès le commencement de leurs prospections, les sensibilités paysagères de chaque ensemble paysager. Elles ouvrent la voie à une qualité de projet éolien à la hauteur du patrimoine paysager audois et intégrant la même ingéniosité que celle ayant construite les paysages audois ». Là nous sommes en pleine utopie où des promoteurs enrichissent leur démarche au lieu de s’enrichir mais aussi en direct avec la vision que des technocrates ont de la construction d’un paysage qui serait le fait d’ingéniosité alors qu’il s’agit de stratifications historiques, de temps long, bref d’une lenteur bien loin de leur modernité.

« L’objectif est de poursuivre le déploiement de l’éolien terrestre pour atteindre les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie, tout en présentant des solutions pour un développement harmonieux et concerté avec les parties prenantes de cette source d’énergie renouvelable ».

Tout ça pour ça ! Le préfet aurait dû le dire depuis le début : l’objectif est d’atteindre les objectifs… tout en se concertant avec les parties prenantes de cette source d’énergie, c’est à dire les promoteurs !

(1) Plus d’infos : http://www.aude.gouv.fr/eolien-terrestre-a10156.html

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