L’or et l’arsenic (rediffusion 3/9), la mémoire politique

par | 8 juin 2025 | Écologie

La mine de Salsigne dans l’Aude a été exploitée pendant plus de 100 ans. Cette durée et ce recul prouvent qu’il n’y a pas de mines propres et d’extractivisme heureux. Cette leçon est toujours valable pour le permis de recherche de lithium dans 22 communes situées entre Bédarieux et Lodève, comme dans toutes les mines du monde.

La richesse et le poison se sont conjugués dans la mine d’une vallée de l’Aude à Salsigne. Pendant près de 3 ans, Nicolas Rouillé a collecté la parole des mineurs et des habitants. Il l’a retranscrite dans un livre coup de poing qui évoque la richesse de la mémoire ouvrière et le poison de la pollution industrielle. EVAB vous propose des extraits de cette parole qui alterne entre rires et pleurs.

Salsigne (3) : la mémoire politique

  • Salsigne, à l’époque, c’était la commune la plus importante de toute la vallée de l’Orbiel, et de loin. Conques, où il y a 3 000 habitants aujourd’hui, était plus petit que Salsigne. Cette vallée sortait du radical-socialisme, qui était mourant, pour passer dans les mains du socialisme. Un socialisme bien particulier, le « Courrièrisme », qui est le socialisme local
  • L’arrière-grand-père, Fernand Courrière, c’est celui qui lance la dynastie. Il était instituteur à Cuxac-Cabardès et expert géologue pour les mines. Dans les années 1910, il est envoyé par les propriétaires des mines voir quel est le marché américain.
  • Ils n’étaient pas trop pour l’union de la gauche. Ils ne voulaient pas entendre parler du Parti communiste ni de la CGT. Jalabert a pris la mairie de Salsigne en 1950, je crois, et il a mis en place cette politique de « ceux-là on n’en veut pas ».
  • Le grand-père, Antoine Courrière, est notaire, maire de Cuxac-Cabardès, conseiller général et sénateur de l’Aude. Son surnom, c’était « le Sanglier ».
  • Les maires du Cabardès, à l’époque, quand tu leur demandais un truc un peu compliqué, il fallait qu’ils voient Antoine. On les appelait les « Antoine » !
  • Le père, Raymond Courrière – surnommé « le Marcassin », logique, était notaire lui aussi, maire de Cuxac-Cabardès lui aussi, sénateur lui aussi, secrétaire d’État sous Mitterrand.
  • Pierre Jalabert, le maire de Salsigne, c’était le parrain de Raymond Courrière et le principal soutien de son père.
  • Et maintenant c’est la fille qui est conseillère régionale sur la liste Occitanie-machin-chose. Rien ne se perd !
  • Les maires historiques du coin se connaissent tous entre eux. Ces gens-là, avant de prendre n’importe quelle décision, ils appellent les référents et on leur dit quoi faire. Les décisions, c’est pas eux qui les prennent.
  • Pour maintenir cette ligne politique, il fallait empêcher la population qui ne pensait pas comme ça de venir s’installer. Or à Salsigne il y avait 1 500 employés et la plus grande partie étaient à la CGT et membres du Parti communiste. Donc chaque fois qu’un mineur demandait un permis de construire sur la commune, le maire disait non.
  • Qu’est-ce qui s’est passé ? les mineurs sont partis !
  • La mairie de Conques était dirigée par Félix Roquefort, communiste et résistant. Il était heureux, cet homme, parce qu’il avait hérité de tous les types dont les autres ne voulaient pas et il avait fait de sa commune, la première du canton.
  • Les maires de Salsigne qui se sont succédé, autant Jalabert que Vidal, ils disaient : « On a les avantages et on n’a pas les emmerdeurs ! » Ils avaient la taxe professionnelle mais pas les cégétistes. Donc, entre Salsigne et les autres communes, il y a toujours eu des jalousies.

Ce texte est un extrait des paroles recueillies dans le livre de Nicolas Rouillé « L’or et l’arsenic », édité aux éditions Anacharsis dans la collection « les ethnographiques », il est paru en février 2024. Je vous en recommande vivement l’achat et la lecture.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

« Les Assoiffeurs » : pomper l’eau, profiter du chaos

Enquête nourrie de centaines d’entretiens et sources scientifiques, « les Assoiffeurs » de Fabien Benoit et Nicolas Celnik révèle les jeux de pouvoirs et d’intérêts privés pour faire main basse sur les ressources en eau au moment où la sécheresse devient la norme....

Nous la regardons brûler

Après la fameuse déclaration de Jacques Chirac au Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002 : « La maison brûle, et nous regardons ailleurs » (hypocrite, mais vraie), nous pourrions dire près de 25 ans plus tard : « La maison brûle et nous la regardons brûler ». Car...

3e Chantier de pédagogie sociale

Bonjour à tous et toutes,  Fote & La Rage du Social (https://laragedusocial.org/) organisent les 13 et 14 novembre 2026 le 3e Chantier de Pédagogie Sociale à Béziers. Ce temps de rencontre réunira environ 100 participant·es (voire plus) venus de...

Au bout du fil de la presse libre

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1111123
Total Users : 1111123

mercredi 29 juillet 2026, 8:30

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers