En France comme partout dans le monde, la montée des fascismes questionne. Face à cette progression, partout dans le monde des militants antifascistes s’interrogent où se sont interrogés.

Actuellement, certains moteurs de cette progression ont été repérés et font consensus dans le camp antifasciste et dans la gauche radicale :

  • La trahison du social-libéralisme incarnée par Hollande en France,
  • La mise en place de boucs émissaires comme les Juifs où les Arabes,
  • La violence économique, sociale, démocratique de l’ultra-libéralisme incarnée par Macron en France,
  • La mise en concurrence de tous contre tous . . .

D’autres questions font débat à gauche et sont en chantier. En particulier le vote RN, plus largement d’extrême droite : est-il acquis, peut-il se modifier, revenir à gauche ?

S’il reste difficile de questionner une actualité brulante, l’histoire nous apprend à tirer des enseignements du passé.

Dans les années 1930 un militant antifasciste Hollandais, Menno Ter Braak analyse ce qui pour lui fait moteur dans l’ascension du national-socialisme allemand.

Dans un essai de 1937 qui vient d’être publié en France Ter Braak pense que l’essor du nazisme a été dopé par le décalage entre : l’idéal égalitaire énoncé par la démocratie allemande et la réalité des disparités sociales, économiques, citoyennes.

Disparités totalement exacerbées par la crise de 1929.

Pour Ter Braak la mise en avant d’un projet égalitaire qui prône l’égalité pour tous sans satisfaire cette aspiration génère de la « rancune ». Cette rancune existe dans un état latent, intériorisé, elle ne demande naturellement qu’à être dirigée « contre ».

Pour Ter Braak cette rancune sociale, économique, citoyenne latente est récupérée par les partis fasciste et nationaliste. Ils ont pour fonction de lui donner corps, de la matérialiser, de la formaliser et de la diriger contre des cibles accessibles.

Pour Ter Braak ceux qu’il nomme comme des « perdants par injustice » rejoignent définitivement les rangs fascistes quand ils ont vécu une somme d’expériences individuelles et collectives qui les assignent à une position définitive d’exclus, hors système.

À ce sujet, il est d’ailleurs à noter que par proposition d’identification tous les partis et leaders fascistes se définissent eux-mêmes politiquement comme : hors système.

Pour Ter Braak l’unicité morale, politique, religieuse, proposée par les partis fascistes devient alors une réponse (perçue comme accessible) aux faux espoirs de l’égalité (perçus comme inaccessible ).

Les exclus d’une égalité verticale liée à la lutte des classes optent alors pour une unicité horizontale sans lutte des classes.

À la lecture de Ter Braak on mesure mieux les ravages faits en France par le pseudo mot d'ordre « mon ennemi c’est la finance » de François Hollande ou les élucubrations pseudo philosophiques de Macron sur « les premiers de cordée » qui tirent tout le monde en avant. Pseudo mot d'ordre d' Hollande et Macron qui renvoient les exclus à un impossible égalitaire.

Aujourd’hui comme hier, on ne peut pas faire confiance au libéralisme où au social-libéralisme pour résoudre la question de l’égalité sociale, économique et citoyenne.

Seule une gauche radicale peut mettre en place des principes universels d’égalité et gagner cette course poursuite contre la montée des fascismes et des nationalismes.

Dans le chaos des années 30 Ter Braak n’était pas un militant politique, mais il était viscéralement antifasciste.

Il s’est donné la mort quatre jours après l’entrée des troupes allemandes dans son pays, la Hollande, en 1940.

 

Menno Ter Braak « Le national-socialisme, doctrine de la rancune » éditions La Barque, 2022, 48 p., 12 euros