Histoire du nettoyage ethnique de la Palestine (1). Les origines

par | 5 octobre 2025 | Histoire

Bien avant les exactions du 7 octobre 2023 provoquées par le Hamas, le sionisme a planifié dans le temps le nettoyage ethnique de la Palestine. L’histoire de cette planification est racontée dans cette nouvelle série hebdomadaire.

Le sionisme est apparu à la fin des années 1880 en Europe centrale et orientale en tant que mouvement de renaissance nationale. Il voulait faire face aux pressions croissantes qui s’exerçaient sur les Juifs de ces régions, sommés de s’assimiler totalement ou de s’exposer à une persécution permanente.

Au début du 20e siècle, la plupart des dirigeants sionistes associaient cette résurrection nationale à une colonisation de la Palestine.

« Eretz Israël », le nom de la Palestine dans la religion juive, avait été vénéré au fil des siècles par des générations de Juifs en tant que lieu de saint pèlerinage, jamais comme un futur État séculier. Leur tradition et leur religion demandaient clairement aux Juifs d’attendre la venue du Messie, promise à « la fin des temps ».

Le sionisme a de fait laïcisé et nationalisé le judaïsme. Pour mener à bien cette mutation, les sionistes ont revendiqué le territoire biblique et l’ont recréé, réinventé, en berceau de leur nouveau mouvement nationaliste.

De leur point de vue, la Palestine était occupée par des « étrangers », et il fallait en reprendre possession.

Pour les premiers sionistes qui sont arrivés en Palestine en 1882, ce territoire n’était même pas un pays « occupé », c’était une terre « vide ». Les Palestiniens qui l’habitaient étaient invisibles à leurs yeux, ils faisaient partie des obstacles naturels qu’il fallait vaincre et écarter.

Jusqu’à l’occupation de la Palestine par la Grande-Bretagne en 1918, le sionisme a été un mélange d’idéologie nationaliste et de pratique colonialiste. Son rayon d’action était limité (à cette époque, les sionistes ne représentaient pas plus de 5 % de la population totale du pays).

Vivant en colonies, ils n’avaient pas d’impact sur la population locale, qui ne remarquait pas particulièrement leur présence.

Le risque d’une future mainmise juive sur le pays et d’une expulsion du peuple palestinien n’était pas clairement perçu par les dirigeants palestiniens avant la Première Guerre mondiale.

Des documents historiques montrent que dans les années 1905 – 1910, plusieurs notables palestiniens définissaient le sionisme comme un mouvement politique dont le but était d’acheter des terres, des biens et du pouvoir en Palestine. Son potentiel de nuisance n’était pas clairement compris et était plutôt assimilé à une offensive missionnaire et colonialiste européenne.

Au fil des années du mandat britannique, le sentiment d’un péril imminent, d’une catastrophe s’est imposé aux intellectuels palestiniens. Il ne s’est toutefois jamais traduit par des préparatifs adaptés au danger existentiel qui menaçait leur société.

Au même moment, avant l’occupation britannique de la Palestine à la fin de 1917, les sionistes restaient vagues quant à leurs projets réels. Non par indécision, mais par sens tactique. La communauté d’immigrants juifs était encore réduite, et elle risquait à tout moment d’être expulsée par le gouvernement turc d’Istanbul.

Dans leurs débats internes, les sionistes prévoyaient pourtant la création d’un État juif en Palestine pour échapper à une histoire de persécutions et de pogroms en Occident.

Dans cette première séquence historique, les premiers colons sionistes consacraient l’essentiel de leurs énergies et de leurs ressources à l’achat de terres. Ils essayaient d’entrer sur le marché local du travail afin de créer des réseaux sociaux et communautaires capables de soutenir leur groupe réduit et économiquement vulnérable.

Les stratégies précises autour de la meilleure méthode pour s’emparer de toute la Palestine et y créer un État-nation (ou pour le faire sur une partie du territoire) sont venues plus tard, en lien étroit avec les choix britanniques pour résoudre un conflit que la Grande-Bretagne va en définitive exacerber.

Cette série sur le nettoyage ethnique de la Palestine est réalisée à partir d’extraits de lecture du livre d’Ilan Pappé « Le nettoyage ethnique de la Palestine », édité aux éditions « La Fabrique », 370 pages, 20 euros. Je vous en recommande vivement l’achat et la lecture. Le second épisode de cette série, la semaine prochaine portera sur les « accords » Balfour.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

[sibwp_form id=1]

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

LA PAIX PAR LA FORCE ?

Dans notre film Howard Zinn, une histoire populaire américaine 2 qui sort ce mois-ci au cinéma, on revient notamment sur les origines de cette Amérique impérialiste qui a commencé dès Christophe Colomb et n’a jamais cessé sa conquête, de massacre en massacre....

Première cantine le 8 janvier prochain

Pour une année 2026 gourmande, généreuse et solidaireChèr.es ami.es de Cuisine d'ailleurs, nous sommes heureus.es de vous proposer de nous retrouver dès jeudi 8 janvier prochain entre 12h et 14h à la Cimade pour découvrir les recettes de nos cuisinier.es...

Au bout du fil de la presse libre

En 2026 Continuons à défendre l'édition libre

Le monde de l’édition française est un monde très concentré. Aujourd’hui, après des décennies d’acquisitions et de rachats, 90% du marché est détenu par 5 conglomérats d'édition, avec 5 milliardaires à leurs têtes. Statistiquement, l'achat d'un livre revient dans 90% des cas à renforcer les empires de Vincent Bolloré (Hachette), Daniel Křetínský (CMI/Editis), Bernard Arnault (LVMH, Madrigall, Lefebvre Sarrut), Francis Esménard (Albin Michel) ou de la famille Michelin-Montagne (Média Participations), dont l'omniprésence oriente l'opinion publique.

Hobo Diffusion promeut l’édition indépendante et critique, et propose une alternative dans un monde du livre monopolisé et dominé par les grands groupes. Hobo Diffusion ne travaille pas avec Amazon.

 

Cette carte, proposée par les éditions Agone et le Monde diplomatique,  expose l’ampleur de la concentration éditoriale tout en rendant visible la myriade de maisons indépendantes qui y échappe.

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1049799
Total Users : 1049799

lundi 5 janvier 2026, 15:43

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers