Le 16 avril 1917, voilà exactement 109 ans, l’armée française lance une grande offensive en Picardie, sur le Chemin des Dames connue sous le nom d’offensive Nivelle.
Le Chemin des Dames désigne un escarpement de 35 kilomètres qui s’étire de Craonne, à l’est, au moulin de Laffaux, sur la route Soissons-Laon. Son nom évoque une route qu’avaient coutume d’emprunter les filles de Louis XV.
Le général Robert Nivelle, qui a remplacé le général Joseph Joffre à la tête des armées françaises le 12 décembre assurait à tout un chacun, qu’après trois années de guerre sans issue, cette offensive serait l’occasion de la «rupture» décisive tant attendue grâce à une préparation massive de l’artillerie qui dévasterait les tranchées ennemies en profondeur. «Je renoncerai si la rupture n’est pas obtenue en quarante-huit heures» promettait-il !

Mais le lieu choisi, non loin de l’endroit où s’était déroulée la bataille de la Somme de l’année précédente, n’est pas le moins du monde propice à la progression des troupes, avec ses trous d’obus et ses chemins défoncés.
Avant l’attaque, les Allemands ont abandonné leurs premières tranchées et construit un nouveau réseau enterré à l’arrière, plus court, de façon à faire l’économie d’un maximum de troupes : la ligne Hindenburg.
L’attaque d’infanterie est lancée les 16 et 17 avril, par un temps glacial, sur un front de près de 40 km : c’est partout un échec sanglant, sur le Chemin des Dames comme dans la plaine champenoise voisine ; l’infanterie française est hachée par les mitrailleuses allemandes. L’échec de l’offensive est consommé en 24 heures malgré l’engagement des premiers chars d’assaut français. On n’avance que de 500 mètres au lieu des 10 kilomètres prévus, et ce au prix de pertes énormes.
Après l’attaque du Chemin des Dames, au cours de laquelle sont morts pour rien 29.000 soldats français, la désillusion est immense chez les poilus. Ils ne supportent plus les sacrifices inutiles et les mensonges de l’état-major. La déception et la colère grondent : les soldats ont l’impression que la bataille avait été mal préparée. L’état-major ne semble pas se préoccuper des pertes, son objectif est de progresser coûte que coûte.
Le 20 mai éclatent les premières mutineries au sein de régiments ayant combattu sur le Chemin des Dames et qui refusent de remonter en ligne.
Ces mutineries qui ne cessent de se développer durant tout l’été 1917 touchent, dans une contestation plus ou moins vive, près de 50 des régiments français sur un total de plus de 1 000. C’est la déception consécutive à l’échec d’une offensive perçue comme décisive et l’ampleur des pertes subies qui sont à l’origine de ces mutineries. Elles surviennent à l’arrière, dans les troupes au repos qui, après s’être battues avec courage mais inutilement, apprennent que leurs supérieurs veulent les renvoyer au front sans plus d’utilité.
Le remplacement du général Nivelle par Philippe Pétain ne les calme que progressivement et ne ramène pas la discipline dans les rangs. Les mutineries se reproduisent en assez grand nombre jusqu’à la fin du printemps.
Environ 3 500 condamnations sont prononcées par les conseils de guerre et entre autres 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison, 554 condamnations à mort dont 60 ou 70 furent effectives. Le président Poincaré graciant près de 90 % des cas qui lui sont présentés.

Contrairement aux idées reçues sur les mutineries, ces exécutions consécutives à l’offensive ratée du Chemin des Dames sont beaucoup moins nombreuses que celles des premiers mois de la guerre. Les idées pacifistes et l’esprit de « refus de guerre » prenait alors des formes variées, de la désobéissance pure et simple aux actes de désobéissances collectives au sein d’une unité.
Entre le 31 octobre et le 1er novembre 1917, les Allemands abandonnent leurs positions sur le Chemin des Dames pour se replier derrière une nouvelle ligne de défense. La guerre n’est pas finie !
L’échec du Chemin des Dames met un terme par contre au credo de l’offensive décisive. Dès lors, les états-majors alliés réfléchissent à une nouvelle manière de poursuivre la guerre et optent pour des attaques limitées et sur le renforcement de l’armement, pour tenter de limiter les pertes humaines.
Cette guerre devait être la der des der, mais quelques vingt ans plus tard débutait la seconde guerre mondiale…
Mais c’est une autre histoire !
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