Face aux canicules, le sursaut du mouvement climat «pour limiter les dégâts»

par | 6 juillet 2026 | Place aux lecteurs

Après des années d’atonie, le mouvement pour le climat renaît-il de ses cendres ? Les récentes canicules ont créé un sursaut de mobilisation dans de nouvelles catégories de la population, en particulier sur l’enjeu de l’adaptation.

11 heures, place Jacques Bainville, à quelques pas du ministère de la Transition écologique à Paris. Vendredi 3 juillet, ils ne sont qu’une quinzaine de jeunes, tout juste sortis des examens du baccalauréat, à s’être réunis sous la bannière de Fridays For Future. Sur les pancartes en carton, on peut lire les inscriptions « Agir ou cuire, il faut choisir », « Aucune clim ne remplacera un climat vivable », « Le bac sous 40 °C, on n’a pas signé »

« Passer le bac dans ces conditions, c’était étouffant et angoissant », décrit Bianca, 17 ans, qui manifeste pour la première fois sur l’enjeu climatique. « C’est toute notre vie qui sera impactée par le réchauffement climatique », complète Eugénie, référente de la branche parisienne du mouvement.

Manifestation de Fridays For Future près du ministère de la Transition écologique à Paris, le 3 juillet 2026. © Mathieu Génon / Reporterre

Des années d’atonie du mouvement climat

En 2019, Fridays For Future, qui réclame le respect des engagements par les États des objectifs de l’Accord de Paris, était la figure de proue des mobilisations massives de la jeunesse pour le climat. La grève scolaire lancée par la Suédoise Greta Thunberg avait essaimé dans le monde entier. En France, le vendredi 15 mars 2019, 187 000 collégiens, lycéens et étudiants français avaient séché les cours pour descendre dans la rue et participer à la première marche mondiale de la jeunesse pour le climat. Ces marches ont été une porte d’entrée vers la politisation, en particulier sur l’enjeu climatique, pour beaucoup de jeunes. Mais peu à peu, les cortèges se sont clairsemés, le mouvement d’alerte climatique s’est essoufflé.

Lire aussi : Le récit de la grève des jeunes pour le climat

Les grandes marches ont laissé la place à des actions de désobéissance civile, allant jusqu’au désarmement, et des luttes locales plus ciblées, notamment avec l’émergence d’Extinction Rebellion et des Soulèvements de la Terre, ainsi qu’à, plus récemment, des convergences avec des combats sociaux, décoloniaux, antimilitarisation et antifascistes. Le sujet du climat a néanmoins perdu de sa centralité et de sa popularité au fil des années.

« Il y a peut-être eu une impression d’échec, le constat que ces grands rassemblements ont été vains puisque l’action des décideurs ne suit pas derrière », analyse Mathias, référent de Fridays For Future à Palaiseau, en région parisienne.

«  Il y a peut-être eu une impression d’échec  », selon Mathias, à Fridays For Future depuis un an. © Mathieu Génon / Reporterre

Qu’en pense la génération de celles et ceux qui étaient dans les grandes marches pour le climat de 2019 ? « On a participé à ces marches, on a perturbé les assemblées générales de TotalEnergies, puis on a tenté de bloquer des grands projets inutiles et polluants localement… Et en face, on a reçu des violences policières et judiciaires, un “backlash” politique, peu de victoires et beaucoup de reculs en matière de politiques climatiques et environnementales, c’est décourageant », résume Lila-Brune Remy, 23 ans, ancienne cofondatrice de Fridays For Future France.

Près du ministère de la Transition écologique à Paris, le 3 juillet 2026. © Mathieu Génon / Reporterre

Face à l’échec de l’atténuation, une mobilisation sur l’adaptation

Si le mouvement climat ne mobilise plus autant dans la rue, la focale semble aussi s’être déplacée sur l’adaptation au réchauffement climatique, plutôt que son atténuation.

Thaïs, enseignante de 24 ans, a rejoint une trentaine d’autres membres des organisations partisanes de jeunesse, le 1er juillet, non loin du ministère de la Transition écologique. En 2019, elle était en terminale et elle partait « en bande » depuis son lycée pour rejoindre les marches pour le climat. « On avait encore l’espoir que les politiques aillent dans le bon sens », souffle-t-elle. Membre de Jeunes Génération·s, elle se mobilise désormais « pour limiter les dégâts de ce qui est déjà là, des vagues de chaleur qui se multiplient et s’intensifient, tandis que le réchauffement s’accentue inexorablement ».

C’est ainsi que de nouveaux profils de personnes font entendre leur voix, pour l’adaptation aux effets du réchauffement climatique. C’est le cas pour les logements, avec la pétition « Pas de volets, pas de loyer », qui a déjà reçu plus de 44 600 signatures, et pour le bâti scolaire, avec le mouvement Faites-la briller, colancé par la journaliste de La Maison des maternelles Renée Greusard avec son confrère spécialisé dans les enjeux écologiques Thibaut Schepman.

Zazie, présente à la manifestation du 1er juillet 2026. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Selon la Fondation pour le logement, la moitié des logements français sont des bouilloires thermiques, dont l’indicateur de confort d’été est inscrit comme « insuffisant » sur le DPE. Selon un rapport de l’Alliance écologique et sociale, qui rassemble les ONG Greenpeace, Oxfam, Les Amis de la Terre, Attac et les syndicats CGT Éduc’Action, FSU, SUD Éducation et la Confédération paysanne, 20 à 30 % des bâtiments scolaires sont « vétustes » et « inadaptés » aux événements climatiques comme les canicules en été.

Lire aussi : 53 °C sous la verrière de l’école… et des rénovations aux abonnés absents

En référence aux couvertures de survie placées sur les fenêtres pour limiter la hausse des températures dans les classes, le mouvement Faites-la briller, qui s’organise via des groupes WhatsApp, a ainsi rassemblé des parents partout en France. À Nantes, Paris, Reims, Villeurbanne, Angers, Brest, Valence… Des parents sont venus devant les portes des écoles, souvent accompagnés de leurs enfants, qu’ils ont parfois dû retirer des classes compte tenu des chaleurs extrêmes en mai et juin. « La première revendication, c’est une rénovation des bâtiments, végétaliser les cours pour apporter une climatisation naturelle », explique Renée Greusard, dans une interview de La Maison des maternelles.

Des pancartes déployées à la manifestation du 3 juillet 2026 à Paris. © Mathieu Génon / Reporterre

De nouvelles personnes se mobilisent

Parmi les nouveaux profils de ces mobilisations climatiques en France, il pourrait bien y avoir également les enseignants. Ainsi, une intersyndicale de l’Éducation nationale appelait le 25 juin les enseignants « à user de leur droit de grève là où cela est nécessaire » pour protester contre des « conditions de travail inacceptables » pendant la canicule.

« C’est la première fois qu’un syndicat enseignant propose une grève comme moyen d’action sur une thématique liée au climat », signale Aurélie Gagnier, cosecrétaire générale du FSU-Snuipp. Il faut dire que « ces chaleurs extrêmes qui paraissaient anecdotiques sont en train de s’installer dans le temps, donc il faut des réponses structurelles et pas seulement dans l’urgence », explique la syndicaliste.

Au cours des derniers épisodes de canicule, « des élèves ont fait des malaises dans les classes, même en maternelle, et des enseignants ont fait des signalements de danger grave et imminent sur le registre de la santé et la sécurité au travail de leur école ». Son syndicat réclame un « cadre national, a minima pour fixer des seuils de température au-delà desquels on aménage les temps scolaires, les activités et les lieux d’enseignement ».

Aurélia, non loin du ministère de la Transition écologique lors de la manifestation du 1er juillet 2026. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Du côté des établissements de santé, le syndicat Force ouvrière (FO-SPSS) a déposé un préavis national de grève du 2 juillet au 15 octobre, face à des canicules qui constituent « un révélateur brutal de l’état de délabrement de l’hôpital public, des Ehpad et de l’ensemble du secteur sanitaire, social et médicosocial ». « Aujourd’hui, il est plus dangereux d’aller aux urgences que d’aller dans les supermarchés ou les banques climatisées », dénonce Grégory Leduc, secrétaire fédéral Santé FO.

Si l’indignation est bien là, dans des catégories de plus en plus diverses de la population, à la suite de ces vagues de chaleur qui risquent de se répéter cet été et dans les années à venir, plusieurs questions restent néanmoins en suspens : ces mobilisations vont-elles perdurer à la rentrée et se traduire dans les urnes en 2027, ou bien vont-elles à nouveau s’essouffler ? L’accent sera-t-il mis exclusivement sur l’adaptation, ou bien l’enjeu des responsabilités et de l’atténuation du réchauffement climatique va-t-il revenir sur le devant de la scène ?

« La mobilisation aura peut-être lieu davantage dans les urnes que dans la rue, analyse Eugénie, de Fridays For Future. L’année prochaine, j’aurai 18 ans, je vais voter pour la première fois à l’élection présidentielle, et je vais regarder les programmes dans le détail. »

Léa Guedj journaliste à Reporterre article envoyé par Richard Laporte

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