À la veille de la mobilisation intersyndicale du 29 septembre, les pompiers ont monté un campement face à la tour Eiffel. Ils espèrent se faire entendre alors qu’ils réclament plus de moyens depuis des mois.
Une grande banderole noire est installée sur la pelouse du Champ-de-Mars, face à la tour Eiffel. « Mort au feu, suicides, cancers. Marre de porter des cercueils. » Un message clair qui donne le ton de cette occupation lancée par les pompiers depuis dimanche 27 septembre.
Une cinquantaine d’entre eux ont dormi ici, dans des tentes colorées ou sous les barnums des syndicats. L’ambiance est joviale mais les discours sont graves. Après un été incendiaire, où les pompiers ont été mis à rude épreuve, ils sont venus réclamer les moyens qu’on leur refuse depuis des années. Leur colère ne date pas d’hier, mais a été rallumée par les incendies de l’été.

Nicolas Laumet, représentant du syndicat SUD au SDMIS 69 dans le Rhône, fait partie des campeurs et n’a pas encore les traits tirés. « On verra pour la nuit prochaine », sourit-il. On l’avait rencontré samedi, sur la place de la République, lors du rassemblement pour le climat. « J’y suis allé pour rappeler qu’au vu du dérèglement climatique, il va falloir plus de pompiers et plus de moyens. »
Sa profession a déjà payé le prix fort, avec quatre personnes décédées en luttant contre les feux estivaux.
« Tout le monde partage le même constat, mais personne ne veut payer l’addition »
En s’installant sur le Champ-de-Mars, Nicolas Laumet espère attirer l’attention des politiques. « Notre objectif est de nous rapprocher des décideurs. Car tout le monde partage le même constat sur le manque de moyens, mais personne ne veut payer l’addition », déplore-t-il. Début septembre, la présentation du projet de loi « de modernisation de la Sécurité civile » au ministère de l’Intérieur n’avait pas convaincu les syndicalistes.
Les pompiers réclament 2 milliards d’euros pour embaucher 20 000 professionnels et financer de nouveaux moyens matériels, notamment des Canadair qui ont cruellement manqué ces derniers mois. Mais trouver de l’argent s’avère difficile, alors que le projet de loi de finances 2027 promet 54 milliards d’euros d’économies. « L’État dit que ce sont les départements qui doivent payer [1]. Mais les départements n’ont plus d’argent. On est renvoyés d’un acteur à l’autre comme dans un jeu de ping pong », soupire Nicolas Laumet.
À côté des barnums syndicaux, ceux des cantines solidaires organisées par les réseaux de ravitaillement des luttes du Pays rennais et de l’Île-de-France. Quelques militants découpent des légumes pour les sandwichs du midi, installés derrière un drapeau des Soulèvements de la Terre. « C’est le ravitaillement le plus confort que j’ai jamais fait », sourit Mélanie en désignant les toilettes ainsi qu’une caravane où se trouve une douche.

La militante, membre du réseau de ravitaillement, arrive de Rennes afin de soutenir le mouvement. « C’est un défi de venir ici car les gens ne pensent pas forcément comme nous, par exemple sur le rapport à la police ou sur l’obéissance. Les échanges sont passionnants et on a été super bien accueillis », poursuit-elle.
Pour une meilleure reconnaissance des maladies professionnelles
À chaque fois qu’un pompier se présente pour un café, elle en profite pour lancer la discussion et propose un tract présentant la manifestation contre les pesticides le 3 octobre contre l’usine Syngenta. « Les revendications sont en lien avec celles des pompiers, notamment concernant les cancers et les maladies professionnelles », poursuit Mélanie.
Un sujet que connaît bien Benjamin (il a préféré ne pas donner son nom de famille), pompier à Lille et syndiqué à la CGT. « Tous les collègues qui sont malades sont des sportifs qui ne fument pas, ne boivent pas et, pourtant, ils ont des cancers à 50 balais. » Lui-même souffre de problèmes cardiaques. « Je n’ai jamais fumé, ni bu d’alcool de ma vie. Mon cardiologue ne comprend pas. Je ne vais sans doute pas vivre très vieux », soupire-t-il.

Comme ses collègues, Benjamin plaide pour une meilleure reconnaissance des maladies professionnelles. Un sujet délicat. « On n’arrive pas à enclencher la machine qui permet de faire reconnaître les maladies professionnelles liées au cancer chez les pompiers. L’État ne veut surtout pas savoir, car cela ouvrirait des droits supplémentaires et coûterait cher, explique Stéphane Lessire, porte-parole, délégué national du syndicat Sud Sdis et pompier à Auxerre. Et puis, si vous montrez que les sapeurs-pompiers sont gorgés de saloperies, est-ce que vous pensez qu’un jeune de 20 ans aura envie de s’engager ? »
« Cet été, nous avions des cagoules toutes fines à 10 euros qui servent absolument à rien »
Aujourd’hui, des études montrent que cette profession est particulièrement exposée aux PFAS, utilisés dans leurs vêtements antifeux, ainsi que dans certaines mousses incendie. Quant aux maladies pulmonaires, certaines sont déjà reconnues comme maladies professionnelles. Mais beaucoup estiment qu’elles pourraient être limitées avec des outils de protection adéquats, notamment face aux feux de forêt.
« Il existe des cagoules filtrantes qui sont efficaces mais qui coûtent entre 70 et 80 euros pièce. Cet été, nous avions des cagoules toutes fines à 10 euros qui servent absolument à rien », déplore Stéphane Lessire. Résultat, les pompiers ont une espérance de vie inférieure de sept ans à la moyenne nationale.

Sur le Champ-de-Mars, le délégué syndical attrape un micro pour sonner le départ d’une marche vers Bercy, le ministère de l’Économie et des Finances. Certains en profitent pour attraper un sandwich. D’autres enfilent leur casque avant de s’engager sur le boulevard, au son des sifflets et des pétards. Un tour de chauffe avant la grande mobilisation de l’ensemble des agents de la fonction publique du mardi 29 septembre. « Ça va faire plaisir d’être tous ensemble et solidaires. De quoi faire chaud à mon petit cœur de pompier », sourit Benjamin.
Sylvain LLop pompier Audois transfère un article de Reporterre qui pour lui « dit tout »












