Les pelleteuses tournent à plein régime à 2 300 mètres d’altitude, au sommet de la station des Angles, dans les Pyrénées-Orientales. Le creusement d’une vaste retenue collinaire destinée, entre autres, à la production de neige artificielle cristallise les tensions. Entre survie de l’économie et urgence climatique en pleine sécheresse estivale, le projet divise.
C’est un immense trou creusé au cœur du parc naturel régional des Pyrénées catalanes qui fait polémique. À 2 300 mètres d’altitude, le sommet de la station de ski des Angles s’est transformé cet été en un vaste chantier de terrassement.
L’objectif de la municipalité, qui a investi 4,1 millions d’euros, est de bâtir un bassin étanche de 2,2 hectares, capable de stocker 113 000 mètres cubes d’eau pompés dans les ruisseaux en contrebas, pour sécuriser l’enneigement artificiel dès l’hiver prochain. Mais dans un département frappé par une sécheresse historique, soumis à de lourdes restrictions d’eau depuis la mi-juillet et meurtri par les récents incendies de Trévillach et Thuès-Entre-Valls, le maintien de ce chantier relève de l’aberration pour les associations de défense de l’environnement.
« Massacre environnemental » pour les uns
Pour les détracteurs du projet, cette retenue d’eau symbolise une fuite en avant intenable. « On est en train de détruire le sommet d’une montagne à coups de bulldozer », s’indigne David Berrué, militant pour Les Écologistes, très actif lors des mobilisations. Il pointe du doigt une « course techno solutionniste » qui refuse de penser l’après-ski, alors que la couche de neige à 1 800 mètres d’altitude devrait fondre de 60 % d’ici 2050. Pire, selon lui, capter cette ressource vitale met en péril l’écosystème local.
En diminuant le débit des ruisseaux, des zones humides vont disparaître. Alors que le Capcir connaît des records de températures, on joue bel et bien avec le feu.David Berrué – Militant « Les Écologistes »
Le constat est partagé par Marc Maillet, président de l’association Frene 66, qui dénonce un saccage sur un site classé Natura 2000, abritant des espèces protégées comme le grand tétras. « C’est un massacre, une destruction invraisemblable d’un paysage remarquable », explique-t-il, fustigeant l’absence de véritable étude d’impact précise, remplacée par de simples études environnementales.
Il rappelle également que la forêt domaniale de Barrès bénéficie d’un statut de protection ancestral via les « usages de Barcelone », dénonçant une « privatisation camouflée » de la montagne au profit de l’industrie de la neige.
« Maintien de la vie rurale » pour les autres
Face à cette levée de boucliers, la direction de la station défend bec et ongles un aménagement pensé, selon elle, pour l’avenir de la vallée. Jérôme Meunier, directeur de la station des Angles, réfute fermement la vision d’une « mégabassine » dédiée au seul profit des skieurs.
L’enjeu, c’est avant tout un projet de développement durable et la survie du territoire.Jérôme Meunier – Directeur de la station des Angles
Selon la direction, cette eau aura de multiples vocations pour anticiper les bouleversements climatiques. Comme réserve d’eau potable potentielle pour le siècle à venir, abreuvage pour les groupements pastoraux locaux en été, production d’énergie verte grâce au fonctionnement couplé avec d’autres lacs, et réserve stratégique saluée par les pompiers du SDIS en cas de feux de forêt.
Jérôme Meunier insiste sur les trois années de travail avec des écologues, qui auraient d’ailleurs permis de « découvrir et protéger des espèces rares ».
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Au-delà de la bataille des chiffres et des normes, c’est le maintien de la vie rurale en haute altitude qui cristallise les débats.
« Derrière cette économie, il y a des cabinets médicaux, une école, des pharmacies, de la culture », martèle le directeur, rappelant que la station a sauvé le village de l’exode rural dans les années 1960. Un argument de l’emploi jugé « hypocrite » par les écologistes, qui réclament désormais que l’argent public subventionne directement la rénovation thermique, l’entretien des forêts ou les services à la personne, actant définitivement la fin du « tout ski ».
Daniel Fabre depuis le Conflent (article paru sur France Info)





















