L’étrange modernité de Georges Orwell (3). Une anticipation réaliste

par | 5 avril 2026 | Société

Orwell voit dans les régimes d’Hitler et Staline les premiers spécimens d’une nouvelle espèce qui risque de proliférer dans un avenir proche.

Ni l’écrasement du nazisme auquel il vient d’assister ni un hypothétique assouplissement du système stalinien ne signifient pour lui la fin du totalitarisme.

Depuis les années 1936-1940 (voir épisodes 1 et 2 de cette série), il est convaincu que deux tendances fondamentales inhérentes aux sociétés industrielles modernes :

  • La concentration, étatisation, collectivisation de l’économie et de la vie sociale,
  • Le développement exponentiel des techniques de propagande, surveillance, contrôle de l’information,

offrent des conditions éminemment favorables à ce nouveau type de dictature.

Dans cette perspective, les régimes nazi et stalinien seraient les deux souches principales de nouveaux variants destinés à se répandre à la surface du globe.

La société décrite dans le roman « 1984 » n’est pas un hybride des deux régimes dont Orwell a été le contemporain mais un spécimen fictif de deuxième génération. Un variant de laboratoire qui aurait muté.

Orwell imagine que les régimes totalitaires du futur seront plus perfectionnés, plus nocifs, plus difficiles à combattre que leurs prédécesseurs.

Leurs fondateurs et dirigeants seront plus cyniques, conscients, que les nazis et les staliniens. Orwell fait l’hypothèse d’un « progrès » dans le totalitarisme. Un « progrès » engendré par l’expérience.

Il entrevoit une sorte de ‘’dynamisme historique’’ du totalitarisme.

Ce qui n’était alors qu’une hypothèse est aujourd’hui largement confirmé.

Le totalitarisme a plus d’un siècle derrière lui, mais il vit son deuxième âge.

Après la chute du mur de Berlin, on a pu le croire définitivement mort ou en phase de décomposition avancée. Mais, 37 ans plus tard, le cadavre se porte bien :

  • La Chine de Xi Jinping est le régime totalitaire le plus perfectionné de l’histoire.
  • La Russie a renoué avec son appareil policier, la Tcheka et le KGB sont remplacés par les Siloviki, les hommes de Poutine.
  • Israël enfreint toutes les lois internationales et mène une guerre impérialiste et colonialiste.
  • Les USA de Trump pratiquent la politique de la canonnière sur toute la planète.

Orwell pensait que cette dynamique du totalitarisme résultait d’une succession d’inventions politiques qui s’adaptaient aux conditions économiques, technologiques, culturelles du monde moderne.

Cette dynamique était, de plus, capable de s’adapter aux circonstances historiques (la Chine communiste qui opte pour un capitalisme d’État).

Dès 1940, il soutient que le ressort principal de ces régimes est la volonté de pouvoir.

Chacun d’eux bâti un système économique, mais si son maintien au pouvoir l’exige, il peut le défaire et en rebâtir un autre.

L’idéologie sert à mobiliser les énergies, soumettre les esprits, c’est le carburant pas le véhicule.

Les nouveaux dirigeants totalitaires ne sont pas prisonniers de leurs idéologies. Par petites touches comme Netanyahou ou à grands coups de volant comme Trump, ils les remodèlent à leur guise, sans crainte de contradictions.

Les « marxistes-léninistes » chinois lancent ainsi le slogan : « Il est glorieux de s’enrichir » après les émeutes de la place Tian’anmen.

Les hommes du KGB-FSB placent un des leurs, Vladimir Poutine, au cœur du pouvoir en 1999. En 27 ans il a inventé un nouveau totalitarisme qui combine stalinisme, tsarisme et religion orthodoxe.

Orwell nous dit que les régimes totalitaires du 21e siècle ne peuvent être compris que si on repère la volonté de pouvoir absolu de leurs dirigeants.

Il nous dit que de la même manière qu’il y a une invention démocratique, il y a une invention totalitaire.

Pour lui cette dynamique totalitaire est potentiellement mondiale, car il est témoin du Pacte germano-soviétique en 1939, du partage du monde de 1943 entre Churchill, Roosevelt et Staline à Téhéran.

On peut d’ailleurs se demander si la Chine, la Russie, les États-Unis, Israël vont se satisfaire longtemps de la démocratie.

Leurs tentatives économiques et militaires de modifier l’ordre international laissent entrevoir une volonté radicale d’instaurer de nouveaux rapports de forces mondiaux.

Comme le disait Orwell, l’issue de cet affrontement entre totalitarisme et démocratie mérite que l’on s’engage dès à présent.  

Cet article est une recension du livre de Jean-Jacques Rosat « L’esprit de Georges Orwell et « 1984 », face au XXIe siècle », paru aux éditions « Hors d’atteinte » en 2025. Il est vendu 23 €. Je vous en recommande vivement l’achat et la lecture intégrale.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers