Radio Paris ment (Hervé Loichemol)

par | 28 septembre 2025 | Société

Il existe une sorte d’homme toujours en avance sur ses excréments.

René Char

L’époque nous ballotte de surprises en désarroi et de désarroi en envie de se jeter du balcon. Mais, par bonheur,elle nous donne aussi, parfois, rarement, l’occasion de nous marrer.

Nous avons ainsi pu assister à un retournement digne des meilleures comédies, de ceux qu’on n’ose pas même imaginer, Nétanyahu accusant Macron « d’alimenter l’antisémitisme ». Celui qui, depuis bientôt deux ans, passe son temps à accuser les gauchistes-radicaux-terroristes-décoloniaux-wokistes-insoumis « d’alimenter l’antisémistisme » – voire d’être d’authentiques antisémites – parce qu’ils critiquent les exactions d’un gouvernement raciste-suprémaciste-génocidaire, s’est vu accusé de la même infâmie par Nétanyahu, génocidaire en chef qu’il s’est pourtant évertué à défendre inconditionnellement.

Cerise sur le gâteau, au lieu de renvoyer l’accusateur à ses saloperies nazillardes, Macron a protesté de sa bonne foi, s’est présenté comme un bouclier contre l’infâme,a donné des gages au procureur-assassin, lui assurant ainsi une légitimité qu’il n’a plus depuis longtemps. Reste-t-il en effet une quelconque légitimité à Nétanyahu et sa clique de nazillons au regard des principes de la République, de la Déclaration universelle des droits de l’homme, des Conventions de Genève et du Droit international  ?

L’intrigue de cette mauvaise comédie s’est nouée autour de la reconnaissance de l’État Palestinien dont tout le monde sait depuis toujours qu’Israël ne veut pas et qu’il  a toujours fait tout ce qu’il pouvait pour en empêcher la naissance. Nonobstant, tel Matamore[1] agitant sa rapière, Macron avait annoncé, à grands coups de clairon, qu’il prendrait bientôt cette décision courageuse, décisive, historique : il s’apprêtait à reconnaître l’État Palestinien. Le sang du génocidaire n’a alors fait qu’un tour – on le comprend, comment pouvait-il à ce point être mal compris ? – il a empoigné son cimeterre et a pourfendu le traître Macron qui donnait le biberon aux antisémites.

Matamore s’est alors transformé en Tartuffe. Il a pris sa plus belle plume pour rassurer l’assassin : un État Palestinien oui, souverain oui, mais démilitarisé. Notre président-philosophe, jamais à court d’innovations (on se souvient du débat citoyen dont les conclusions seraient adoptées « sans filtre ») invente donc un nouveau concept : la souveraineté sans souveraineté. Plus fort que la bière sans alcool. En même temps que le « en même temps », Macron a également le goût du « sans ».

La tartufferie de nos représentants serait drôle si la situation n’était pas aussi grave, si les tueurs de maures n’accomplissaient pas leur triste besogne, si des dizaines et des dizaines de milliers de Palestinien·es n’étaient pas déjà mort·es, si des millions d’autres n’étaient pas menacé·es, harcelé·es, torturé·es, blessé·es, amputé·es, affamé·es, expulsé·es, traqué·es, chassé·es et massacré·es.

Les coups de rapière dans le sang séché des Palestinien·es sonnent faux, ils arrivent à contretemps, quand le meurtre est accompli et la partie quasiment jouée. Il y a belle lurette que tous les Tartuffes du monde se sont donnés la main pour accepter-cautionner-valider le mépris des règles par les tueurs de maures qui se sont succédés depuis bientôt 80 ans en Israël. La reconnaissance de la Palestine n’est-elle pas une obligation inscrite depuis 1947 dans la résolution 181 de l’ONU ? Voici donc nos comiques troupiers complices du génocide en cours et susceptibles d’être traduits en justice comme tels.C’est du moins l’espoir que nous caressons.

Pendant ce temps, le chœur des négationnistes, jamais en retard d’une abjection,continue sa rengaine sur tous les médias dominants. « Il n’y AUCUN journaliste à Gaza. Uniquement des tueurs, des combattants ou des preneurs d’otages avec une carte de presse », déclare Raphael Enthoven, normalien vedette des radios et plateaux télé. Voilà qui nous rappelle l’époque où, depuis Londres, Pierre Dac chantait Radio Paris est allemand, sur l’air de La cucaracha.

Quant à savoir si tous ces pitres suivent un scénario précis ou s’ils improvisent, difficile de s’y retrouver. Œdipe pourrait peut-être convenir pour le rôle de l’arroseur arrosé mais, contrairement à nos contemporains, le malheureux roi n’ avait pas toutes les cartes en main. Et comment demander à nos comiques de se crever les yeux quand viendra le moment de la reconnaissance? On repère bien ici et là quelques traces de l’Illusion comique, du Menteur ou du Tartuffe, mais rien de cohérent. Non, le personnage le plus approchant serait sans doute le juge Adam dans la Cruche cassée de Kleist, mais il y a peu de chance qu’ils s’en soient inspirés.Macron-Merz-Starmer-Meloni and Co seraient parfaits dans le rôle de Tartuffe, mais il est nécessaire de recourir à Brecht pour distribuer Nétanyahu-Trump dans le rôle d’Arturo Ui.

Il s’agit là d’une bouffonnerie d’un nouveau genre, héritière de la comédie classique et de Gaston Ouvrard qui parvient à conjuguer le siècle de Louis XIV et celui d’Hitler, en associant des salauds assumés et des salauds déguisés jusqu’à ce que les complices en matamorisme finissent par s’accuser les uns les autres, s’insulter, se cracher à la gueule et s’entredéchirer.

Cette clownerie n’est pas drôle, les protagonistes sont mauvais, la représentation est catastrophique et les spectateur·rices totalement désespéré·es devant un aussi triste spectacle.

Hervé Loichemol – 31aoùt 2025

Note de la rédaction :

Le hasard des échanges de mail, a fait que nous avons lu une des chroniques d’Hervé Loichemol sur Gaza. Contact pris, il nous accorde de les diffuser sur ce site.

Fondateur de la compagnie de théâtre FOR qu’il dirige, Hervé Loichemol a été directeur de la Comédie de Genève de 2011 à 2018. Puis, il reprend son métier de metteur en scène et poursuit son engagement avec le spectacle  » Le métro pour Gaza » pour le Théâtre de la Liberté de Jénine en Palestine. Metteur en scène et co-dramaturge de la pièce Un métro pour Gaza – inspirée d’une installation de l’artiste plasticien Mohamed AbuSalet éditée en livre chez l’Espace d’un instant, en 2025 – cette création a été jouée en 2022 en Palestine, et en 2024 en Jordanie, en Irak, en Tunisie, en Suisse, en France et en Bosnie-Herzégovine.

 Les textes des auteur-es invité-es par la rédaction d’EVAB ne sont pas amendés et n’engagent qu’eux-mêmes.


 

 

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