Une autre histoire – 18 décembre 1865 : abolition de l’esclavage aux États-Unis

par | 17 décembre 2023 | Société

Le 18 décembre 1865, voilà exactement 158 ans, prend effet le treizième amendement à la Constitution des États-Unis  Très bref, il énonce : « Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n’est en punition d’un crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n’existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction »

La Guerre de Sécession est à peine terminée que le Congrès tranche sur ce qui en fut la cause directe : l’esclavage dans les plantations de coton du Sud, sur un fond de mésentente entre les planteurs distingués du Sud et les industriels frustes du Nord.

Dans les premiers temps de la guerre civile, le président Abraham Lincoln s’était refusé à abolir brutalement l’esclavage pour ne pas enfreindre l’autonomie garantie aux États par la Constitution fédérale de 1787. Lui-même jugeait l’esclavage moralement intolérable mais ne concevait pas, comme la plupart de ses concitoyens, que les anciens esclaves noirs pussent massivement obtenir une pleine et entière citoyenneté, à égalité avec les Blancs. Il préférait les encourager à émigrer vers des territoires lointains, au Liberia (Afrique), dans les Antilles ou en Amérique centrale !

Mais à mesure que se creusait le fossé entre les frères ennemis, le président s’était résigné à franchir le pas vers l’abolition et à l’utiliser comme arme de guerre. C’est ainsi que dès le 22 septembre 1863, quelques jours après le premier succès militaire nordiste, il proclame l’émancipation des esclaves dans les États qui persisteront dans la rébellion. Cette émancipation sera progressive, négociée et indemnisée dans les États intermédiaires, esclavagistes et néanmoins fidèles à l’Union nordiste.

Il n’est pas encore question d’inscrire l’abolition de l’esclavage dans la Constitution, faute d’une majorité suffisante au Congrès. Mais en janvier 1865, comme la victoire se rapproche et que le Sud, ruiné et défait, n’est plus en état de négocier quoi que ce soit, Lincoln rédige le texte du futur amendement.

Mais le président est assassiné le 14 avril 1865 par des partisans de la cause confédérée quelques jours après la fin de la guerre. Le parti républicain au pouvoir arrive malgré tout à réunir les deux tiers des représentants autour du 13e amendement qui est finalement voté.

Les planteurs déchus et les Blancs pauvres, victimes de la concurrence des anciens esclaves sur le marché du travail, développent un racisme viscéral, violent et souvent criminel. On voit fleurir des sociétés secrètes dont la plus tristement célèbre est le Ku Klux Klan.

Ces «Yankees» dressent les Noirs contre les Blancs. Ils exploitent la naïveté des anciens esclaves et font élire des hommes de paille noirs à leur dévotion. Tirant parti de l’occupation militaire, ils s’installent aux commandes des États du Sud, rachetant les propriétés dévaluées et volant l’argent public.

Au début, les membres du Klan se contentent de virées nocturnes à cheval, vêtus de draps et de taies d’oreiller, pour effrayer le voisinage. Puis ils se mettent à brutaliser ou tuer les anciens esclaves en vue de les empêcher de faire usage de leurs droits civiques. Ils utilisent aussi toutes les ressources de la loi pour établir un régime de ségrégation raciale et n’hésitent pas à s’en prendre aux Blancs libéraux.

Le Ku Klux Klan attire d’anciens soldats ou généraux et surtout des planteurs excédés par les exactions des Nordistes. Bien qu’interdit dès 1869, il réunit jusqu’à un demi-million de sympathisants.

Au bout de quelques années toutefois, le Ku Klux Klan disparaît de lui-même. C’est que ses objectifs ont été atteints, le gouvernement fédéral ayant retiré les troupes d’occupation du Sud et la Cour suprême ayant donné son feu vert à une ségrégation raciale totale  en légitimant les lois que les anciens États sudistes mettent alors en place pour contourner les amendements à la Constitution. Ce sera la doctrine  du « égaux  mais séparés ».

On attribue au Ku Klux Klan le lynchage et la mort de 4.000 Noirs entre 1866 et 1914, et encore quelques centaines entre les deux guerres mondiales.

La sortie en 1915 du film de Griffith, Naissance d’une Nation, remet le Ku Kux Klan au goût du jour en le présentant comme un noble mouvement au service de la «civilisation blanche».

Et dès 1920, le KKK peut se flatter de compter… huit millions de membres dans tout le pays parmi lesquels le président Warren  Harding lui-même. Il oriente sa hargne vers les Noirs mais aussi les catholiques, les juifs, les communistes, les immigrés…. Bref, beaucoup de monde.

Après une éclipse pendant la Seconde Guerre mondiale et les tentatives de renaissance entre 1950 et 1960 , rien n’y fait, le Ku Klux Klan tel qu’il était auparavant, n’existe plus. Aujourd’hui,  associé avec d’autres mouvements de l’extrême-droite américaine il compterait moins de 5000 adhérents.

Quelques mois après l’adoption du 13e amendement, un 14e garantit aux Noirs le droit de vote et l’égalité avec les Blancs devant la loi.    Cependant, ces principes vont longtemps rester lettre morte. Aux Etats-Unis, il faudra près d’un siècle et plusieurs autres amendements à la Constitution avant que les droits civiques des descendants d’esclaves soient partout reconnus.

En Europe, le premier décret d’abolition fut signé par les Britanniques en 1833. En France, c’est le décret du 27 avril 1848 inspiré par Victor Schoelcher qui met fin à l’esclavage…

…Mais c’est une autre histoire !

Version audio avec illustration musicale (Strange fruit de Billie Holiday)

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