Le projet sioniste a toujours eu pour objectif de construire puis de défendre une forteresse « blanche » (occidentale) dans un monde « noir » (arabe).
(8). La forteresse Israël
Au cœur du refus de reconnaître aux Palestiniens le droit au retour, il y a la crainte de voir les Juifs israéliens devenir moins nombreux que les Arabes.
La perspective d’une telle situation (leur forteresse pourrait être menacée) éveille chez les Israéliens des sentiments si puissants dont ils ne semblent pas se soucier même si leurs actes s’en trouvent condamnés par le monde entier.
Le principe du maintien à tout prix d’une majorité juive écrasante l’emporte sur toute autre considération politique ou civique.
Cette position n’est pas très différente de celle des croisés médiévaux : leur royaume latin de Jérusalem est resté pendant près d’un siècle une île solitaire et fortifiée.
Prisonniers de leur réalité déformée, ils comptaient sur les épais remparts de leurs châteaux forts imprenables pour les protéger de l’intégration dans un environnement musulman.
Nous avons un autre exemple de ce type de mentalité d’assiégé chez les colons blancs d’Afrique du Sud à l’apogée de l’apartheid.
L’aspiration des Boers, puis des Afrikaners à maintenir une enclave blanche racialement pure, s’est effondrée comme celle des croisés en Palestine. Elle n’a tenu qu’un bref moment historique.
Les colonialistes sionistes rêvaient d’une immigration juive massive pour renforcer leur « Eretz Israël », mais leur politique belliqueuse permanente fait fuir les candidats au départ.
À contrecœur, les dirigeants ashkénazes d’Israël se sont décidés à inciter un million de Juifs arabes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord à les rejoindre dans l’enclave qu’ils s’étaient forgés en Palestine. Ils y ont un statut inférieur, politiquement gelé par la guerre permanente engagée contre les pays arabes environnants.
Au début des années 2000 le gouvernement israélien s’est concentré sur des aspects qu’il pensait plus à même de maintenir la forteresse impénétrable : la capacité nucléaire, le soutien inconditionnel des États-Unis et une armée forte.
Le pragmatisme sioniste a alors refait surface dans une politique agressive qui repousse sans arrêt les frontières de l’enclave. Les derniers raids israéliens sur le Liban, la Syrie et l’Iran en témoignent.
Pourtant en droit international aucun État ne peut fixer unilatéralement ses frontières.
Le résultat de cette politique est édifiant, les Israéliens vivent assiégés dans un état entouré de murs de plusieurs centaines de kilomètres de long et de plusieurs mètres de hauteur, de barrières électrifiées et de murs psychiques qui les isolent de leurs voisins.
Aucun État ne peut survivre durablement dans ces conditions-là.
Ce, d’autant plus que les gouvernements israéliens ont échoués dans leurs efforts pour encourager une nouvelle immigration juive et pour accroître le taux de natalité.
Le talon d’Achille du sionisme est que le degré de violence sociale à l’intérieur de la forteresse est élevé. Parallèlement, le niveau de vie de la majorité diminue constamment.
Aucun de ces problèmes n’est traité. Ils font aussi pâle figure dans l’ordre des priorités nationales que l’environnement et les droits des femmes.
La priorité gouvernementale actuelle est de défendre la forteresse « blanche ».
Cette priorité n’est pas surprenante, car elle vient d’un gouvernement d’extrême droite.
D’un gouvernement qui se vit comme la dernière enclave européenne postcoloniale dans un monde arabe.
Ce gouvernement est à combattre, car il survit au prix d’une guerre permanente.
Cette guerre, il la fera aussi demain contre sa propre population.
Cette série a été réalisée à partir d’extraits de lecture du livre d’Ilan Pappé « le nettoyage ethnique de la Palestine », édité par « la fabrique », 370 pages, 20 euros. Je vous en recommande vivement l’achat et la lecture.





























Total Users : 1042731