Vous l’avez sûrement entendu, les États-Unis ont mené mercredi dernier une vaste opération militaire visant à transférer vers l’Irak des anciens djihadistes prisonniers en Syrie. Ils étaient détenus dans des camps sous la responsabilité des kurdes qui ne veulent plus s’en occuper, délogés par l’armée syrienne de leurs positions. Beaucoup d’entre eux se sont enfuis, d’autres se sont retrouvés en Irak qui ne sait pas quoi en faire. On parle à terme de près de 7000 prisonniers qui pourraient se retrouver sur le territoire irakien sous la responsabilité des autorités locales. Une partie sont irakiens mais les autres ont d’autres nationalités et certains sont français.
Le Premier ministre irakien a estimé que les pays européens devraient rapatrier leurs ressortissants.
Ce problème se pose depuis plusieurs années. Déjà en 2019, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait exhorté ses « alliés » européens à procéder au rapatriement de leurs ressortissants partis faire le djihad en Syrie. Une demande redoublée par celle du secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres, qui a précisé qu’il serait irresponsable d’attendre de l’Irak qu’il résolve le problème à la place des pays d’origine.
La France a toujours refusé de rapatrier ses ressortissants djihadistes excepté quelques enfants et leurs mères. A l’époque, une des raisons invoquée par la France était qu’on devait d’abord juger ces prisonniers dans le pays où ils avaient été arrêtés.
Aujourd’hui, les pays occidentaux sont toujours réticents à rapatrier leurs ressortissants parce qu’« ils ne peuvent pas les poursuivre » en justice, face à l’impossibilité de « produire des preuves de leurs crimes présumés », disent-ils
La France semble rester ferme sur cette position et a à nouveau refusé ce rapatriement demandé par les autorités irakiennes.
Les tribunaux irakiens ont pourtant par le passé condamné à la peine de mort et à la prison à vie des centaines de membres de l’ « État Islamique », dont de nombreux combattants étrangers, dont certains avaient été transférés de Syrie. En 2019 notamment, 11 Français avaient été condamnés à la peine de mort, ensuite commuée en prison à vie.
La France veut donc que ces prisonniers, français, soient jugés en Irak ?
Mais l’Irak a déjà été épinglé pour des centaines de procès qualifiés d’expéditifs, des aveux obtenus sous la torture ou une représentation juridique inefficace, selon des défenseurs des droits humains.
C’est ce qu’on le souhaite pour nos ressortissants ?
D’autres raisons sûrement moins avouables expliquent ce refus : rapatrier ces dizaines de combattants islamistes dans les prisons françaises et les juger en France peut se révéler extrêmement dangereux.
Je ne peux m’empêcher de penser à la colère des autorités françaises à l’égard de l’Algérie (mais pas que) lorsqu’elle refuse de récupérer ses ressortissants frappés d’OQTF. Certes ils ont été jugés en France et donc condamnés d’ailleurs le plus souvent pour des raisons administratives car ils n’ont commis aucun délit.
Mais on ne peut pas d‘un côté se plaindre d’un refus de rapatriement de la part de l’Algérie et en même temps refuser soi-même de récupérer les citoyens français que l’Irak veut nous rendre.
Écoute ce que je dis mais ne regarde pas ce que je fais !































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