Titres de séjour, visas, asile, naturalisations et éloignements : le bilan statistique 2025 publié par la Direction générale des étrangers en France dresse un état des lieux chiffré de l’immigration régulière et irrégulière en France.
Et comme chaque fois, les réactions sont violentes à l’extrême droite. Jordan Bardella juge «insensés» les chiffres de l’immigration en 2025 et déclare même qu’il «refuse que la France telle que nous l’aimons disparaisse».
Allons donc, je savais déjà qu’il ne savait pas écrire, je sais désormais qu’il ne sait pas lire non plus.
Qu’en est-il exactement ?
D’abord globalement la présence étrangère en situation régulière sur le territoire français s’élève à près de 4,5 millions d’étrangers disposant d’un titre de séjour en cours de validité, soit 8,1 % de la population. On est loin de la subversion migratoire !
Le nombre de premiers titres de séjour accordés a augmenté, il est vrai, de près de 11% mais surtout dû au déblocage des délivrances des titres des demandeurs d’asile suspendus illégalement depuis des mois alors même que les demandes d’asile pour 2025 sont en baisse de 3,7 %.
En ce qui concerne les titres délivrés pour motifs familiaux ou motifs économiques ils sont en baisse.
D’autres chiffres concernent les demandes de visas (en hausse de 3,5 %) ou encore une baisse de 10,1 % des contrats d’intégration républicaine alors que la proportion de signataires bénéficiant d’une formation linguistique atteint son niveau le plus élevé depuis 2018, tout comme le taux d’atteinte du niveau de français A1.
Mais les chiffres les plus alarmants concernent les étrangers en situation irrégulière car les régularisations se font au compte-goutte avec une baisse de 10 %. Les circulaires de Darmanin en janvier 2024 et Retailleau en 2025 donnant instruction aux préfets de durcir et limiter les régularisations ont bien fonctionné. Le chiffre de 30000 régularisations en France pour 2025 est à mettre en parallèle avec le demi-million de régularisations annoncées par l’Espagne, même .
Et encore ces chiffres ne disent rien du nombre de demandes de régularisations déposées, toujours en attente d’instruction. Beaucoup de ces demandes en particulier pour admission exceptionnelle au séjour ne sont plus traitées ou avec des délais qui dépassent l’entendement (jusqu’à 18 mois dans certaines préfectures).
Ainsi, il est probable que la circulaire Retailleau continue de produire ses effets néfastes pour les droits des personnes, et que le nombre d’admission exceptionnelle au séjour poursuive sa chute, puisque la plupart des demandes déposées depuis sa publication n’ont pas été instruites à ce jour.
Du coup, la politique d’expulsion bat son plein !
Elles ont augmenté de 15,7 % en 2025 avec près de 25000 expulsions, le plus haut chiffre de ces dix dernières années. A ce chiffre s’ajoutent les 24 512 éloignements enregistrés depuis les départements d’Outre-mer, dont près de 90 % concerne le département de Mayotte. Ce territoire expulse donc à lui seul quasiment le même nombre de personnes que la France hexagonale toute entière.
Cette progression repose sur la hausse des éloignements forcés (+ 21,1 %) et des départs spontanés (+ 21,2 %). Les interpellations d’étrangers en situation irrégulière augmentent aussi de 30,6 %, ce qui marque une nouvelle fois la poursuite d’une politique répressive et dissuasive, qui peut s’apparenter dans certains cas à une chasse à l’ « Etranger », avec des interpellations coûte que coûte (dans des centres d’hébergement, dans des hôpitaux, ou lors d’un dépôt de plainte par exemple). Ces interpellations d’étrangers en situation irrégulière continue d’augmenter en 2025 : 192 140 interpellations ont été réalisées, soit une nette augmentation de 30,6 % par rapport à l’année précédente.
Une ICE bientôt en France ?
Plus globalement, l’ensemble des statistiques du ministère de l’Intérieur reflète les effets de l’arsenal juridique mis en place, et qui, réforme après réforme, a pour effet de considérablement durcir les conditions de régularisation, augmenter le pouvoir discrétionnaire des préfectures et faciliter le prononcé de mesures d’éloignement et de bannissement. Il est important de rappeler que derrière ces chiffres se trouvent de nombreuses vies humaines impactées par cette fabrique de sans-papiers qui vient alimenter une machine à enfermer et expulser.
D’autres politiques migratoires sont possibles afin de construire une société plus humaine, inclusive et solidaire.
En particulier :
La fermeture de tous les lieux d’enfermement spécifiques aux personnes étrangères, l’arrêt des expulsions, la suppression de toute mesure de bannissement entravant une demande de régularisation
Une régularisation large et durable de toutes les personnes étrangères mais surtout l’égalité des droits pour toutes et tous.
Dans une période où la démographie pose problème, il serait opportun de revoir la philosophie de la politique migratoire en France et considérer, peut-être que l’immigration est une chance pour la France comme l’avait écrit Bernard Stasi en 1992 …. A conseiller à Jordan Bardella quand il saura lire !
En conclusion, je reprendrai le slogan « Il n’y a pas d’étrangers sur cette Terre » de La Cimade pour rappeler l’importance de la fraternité entre tous les humains, étrangers ou pas, avec ou sans papiers, fuyant les désastres politiques ou économiques ou environnementaux, ou cherchant simplement une vie meilleure.
































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