Bien sûr, on n’allait pas y échapper, à « ces OQTF qui tuent et violent, il faut les enfermer avant de les renvoyer chez eux » et autres propos racistes dégoulinant leur haine directement issue de Cnews et consort.
On a eu même droit aux passages aller et retour de Ménard et Madame, comme une provocation, comme s’ils attendaient de se faire interpeller pour faire réagir leurs gardes rapprochées (municipale et nationale), bien campées y compris devant leur domicile, « des fois que ces sauvages… »
Mais ce n’était pas le propos . Ne pas répondre à la haine par la haine, mais tenter de montrer qu’un autre monde est possible. C’est sur ce chemin qu’ont choisi de s’engager pour une après-midi et une soirée les quelques 150 personnes présentes samedi 31 janvier au côté du collectif Anti CRA de Béziers. Moment festif, musical, joyeux, gourmand et solidaire, parce que c’est tellement mieux que le rejet, l’enfermement et la négation de l’autre.. Ateliers d’écriture pour imaginer un autre avenir, déambulation en musique sur les Allées Paul Riquet, distribution de mimosa « Non au CRA » aux passants.

Les Tambours du Père Ned ont rythmé la manifestation, ponctuée de danses et de lecture de textes écrits un peu plus tôt. De longs rouleaux, tapis rouges de bienvenue, ont été déployés devant le théâtre, et des mots y ont été écrits. Des mots d’espoir et d’empathie. « Et pierre par pierre, et mur par mur, nous détruirons les centres de rétention… » Slogan scandé, contre l’enfermement.
Salle comble à la Cimade pour le spectacle de l’Âne solo, cours d’anatomie poulicière réjouissant et grinçant à la fois. Un poulet dans une librairie ? Quelle blague ! Mettre des mots sur la réalité, des jeux de mots si l’on veut, mais il faut nommer les choses pour en prendre conscience. Puis Mamadou a pris la parole, pour témoigner de ce qu’il vit, lui qui est arrivé à Béziers avec la vie devant lui. Écouter les mots de l’autre, les partager, les ressentir… L’émotion était palpable… Dire non à la construction des CRA quand on n’a (pour le moment) aucun risque d’ y être enfermé, ce n’est pas tout à fait la même chose, Mamadou nous l’a bien fait comprendre.

Partager ensuite un repas, BA ba de l’accueil, cuisiner pour l’autre, cuisiner ensemble, l’atelier Cuisine d’ailleurs est passé maître dans cet art : salle comble à nouveau, des tables dehors, malgré le vent, des personnes assises par terre. C’était bon et réchauffant. Et puis la boum, DJ RX à la console, pour exploser les murs, murs des CRA, murs que certains préfèrent aux ponts !
Une journée dense, festive et grave à la fois, musicale et créative, réconfortante parce qu’on n’est pas tout seul et qu’entre nous certains mots ont le même sens.

Bien sûr la construction du CRA de Béziers va suivre son cours, le terrain vient d’être clôturé (quel symbole, clôturer un terrain en friche ! De quoi ont ils peur ? ). Bien sûr ce n’est pas avec des mots que nous arrêterons les chantiers et l’enfermement. Mais témoigner, dire, communiquer, même sans partager la même langue, ça noue des liens, ça montre aux exilé.es qu’ils ne sont pas tous seuls, ça peut fissurer certains propos haineux, ça donne du sens, ça construit des chemins pour fuir l’enferment.

Nous ne voulons pas de CRA, ni à Béziers, ni ailleurs !
www.beziers-anticra.org































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