Bulles de savoir : nos meilleurs BD pour s’informer sur l’écologie

par | 17 mai 2026 | Place aux lecteurs

Vous pensiez que seuls les essais pouvaient vous familiariser avec des concepts écologiques a priori techniques ? Voici sept BD passionnantes qui évoquent la biodiversité, le nucléaire, la croissance verte, le colonialisme vert…

Qui aurait envie de se plonger dans un ouvrage sur la « croissance verte » par une douce après-midi de printemps ? Qui, hormis des spécialistes ou des fous comme les journalistes d’écologie ? Alors qu’une BD qui inscrit cette problématique au cœur d’histoires d’êtres bien en chair, drôle qui plus est, pourquoi pas ?

De même, qui aurait envie de s’informer sur les difficultés des animaux sauvages à survivre dans un territoire morcelé par des autoroutes, et autres douces infrastructures humaines ? Alors qu’une BD qui saurait attendrir avec le regard incrédule d’un jeune lynx, ou celui d’un chevreuil, pourquoi pas ?

Cette semaine, nous avons sélectionné sept de ces bandes dessinées, dont une muette. Elles vous parleront de sujets complexes (de la croissance verte au numérique) ou lourds (comme le nucléaire), en empruntant les voies de la fiction, et parfois de l’humour. Espérons qu’elles vous donnent aussi quelques repères de plus pour défendre le monde dans lequel vous voulez vivre.

  • Animaux non humains… Sauvages, vraiment ?

La BD L’Homme-Chevreuil nous plonge dans la forêt de Louviers, en Normandie, avec Geoffroy Delorme. Il y raconte sa propre histoire : celle d’un enfant esseulé qui a trouvé tôt refuge auprès des animaux et qui, la majorité venue, est parti vivre avec eux durant sept ans. Il y est devenu l’ami de chevreuils, qui l’ont aidé à survivre.

Un dessin naturaliste précis et sensoriel, des planches documentaires quand nécessaire, tout est graphiquement mis en œuvre pour traduire au mieux l’adaptation de Geoffroy Delorme aux variations saisonnières du milieu forestier, et au vécu propre des animaux non humains.

On voit Daguet, Fougère, Étoile (leurs petits noms d’amis) user de leurs cinq sens pour trouver à manger, jouer, « se goûter », communiquer, ou se défendre des effractions dévastatrices des chasseurs. C’est, selon l’expression de l’historien Éric Baratay, toute une « désanthropisation » du vivant qui est mise en œuvre. Très émouvant.
Catherine Marin

L’Homme-Chevreuil — Sept ans de vie sauvage, d’après le livre de Geoffroy Delorme publié en 2021, scénario de Vincent Zabus, dessin et couleur de Jean-Denis Pendanx, Les Arènes BD, 2026, 160 pages, 25 euros. Dès l’adolescence, et bien au-delà.

Le Lynx boréal est la seconde BD d’une collection originale lancée par les éditions de la Gouttière pour les jeunes enfants, mais son parti pris fort devrait intéresser aussi les adultes. Elle tend en effet à immerger au mieux le lecteur dans le monde sauvage en évitant les mots. Seules quatre pages documentaires à la fin du livre empruntent le langage humain pour éclairer l’histoire de l’espèce choisie : avant le lynx boréal, le renard roux.

Nous suivons, ou plutôt nous sommes avec un jeune lynx qui cherche un territoire à lui sur un vaste territoire désormais découpé par des autoroutes. Le bruit, la grande vitesse, les grillages partout, pas simple — d’autant que cela rend agressifs ses congénères. Le trait de crayon souligne les émotions de ce félin splendide mais menacé d’extinction, tandis que l’originalité des cadrages rend son vécu plus palpable — dans une des cases, par exemple, on aperçoit juste sa tête inquiète sous un grillage. Heureusement, dans le livre, il finira par rencontrer l’âme sœur…
Catherine Marin

Le Monde sauvage — le lynx boréal, par Sylvain Bauduret, avec la participation de Yoann Thionnet, naturaliste et photographe animalier, éditions de la Gouttière (fabrication durable), avril 2026, 40 p., 10,70 euros. À partir de 4 ans, et bien au-delà.
  • Antispécisme… Bêtes, les bêtes ?

C’est en jouant à Pokémon Go — un jeu sur mobile — que Marie-Lan Taÿ Pamart fait la connaissance de Frédéric Jiguet, chercheur spécialiste des corvidés (corneilles, corbeaux et autres pies et geais). Cette « rencontre du troisième type » va complètement changer sa vie.

Plus elle en apprend sur les corneilles, plus elle s’éprend d’elles, jusqu’à faire du Jardin des Plantes un lieu de promenade régulier. Elle en fait d’ailleurs une carte des territoires, qui indique où les couples de corneilles se trouvent, chacune désignée d’un petit nom.

Toute cette enquête quasi amoureuse lui fera rencontrer beaucoup de monde : une passionnée de dinosaures, un professeur au Muséum d’histoire naturelle… Tous passionnés comme elle de corvidés. Et cela l’amènera à découvrir l’étonnante intelligence de ces oiseaux qui pratiquent le « chant des morts » pour rendre hommage à leurs proches disparus, se transmettent des informations d’une génération à l’autre, sont capables de fabriquer et d’utiliser des outils… Comment ne pas se laisser émouvoir au point de changer de regard sur la vie, et les préjugés sociaux ?
Lorène Lavocat

La Femme Corneille — Enquête sur le monde caché des oiseaux noirs,Geoffroy Le Guilcher et Camille Royer, Futuropolis, 2023, 160 pages, 22 euros. Dès l’adolescence.
  • Colonialisme vert… Ou la conservation de la nature à l’européenne

C’est à Guillaume Blanc, historien spécialiste de l’histoire de l’environnement africain, que l’on doit l’expression « colonialisme vert ». Après en avoir forgé le concept dans son essai L’Invention du colonialisme vert (2020), il l’incarne dans Les Sacrifiés du paradis, roman graphique documentaire, avec le dessinateur Chico.

Le récit se déroule en Éthiopie, dans le parc du Simien — l’un de ces « paradis » de paysages vertigineux et d’animaux rares que Chico restitue avec un trait précis. En 1969, un garde éthiopien, Haylu Ayale, est abattu lors d’une patrouille. Missionné par le WWF, un enquêteur restitue, six mois plus tard, les points de vue croisés de plusieurs protagonistes : l’ancien gardien-chef éthiopien, l’expert occidental, le militaire chargé de l’ordre dans le parc.
 
Chacun livre sa version, arrange les faits, protège ses intérêts. C’est ce jeu de vérités fragmentées qui rend la lecture captivante — on avance comme dans un polar, en comprenant peu à peu que le vrai crime est structurel. Derrière l’assassinat se profile en effet une histoire plus ancienne : celle de millions d’agriculteurs et de bergers du Simien, expulsés, criminalisés, parfois emprisonnés au nom de la protection de la nature – réduits à braconner les seules ressources qui leur restaient.

Une BD qui éclaire les angles morts d’une conservation de la nature à l’occidentale dont les effets se font encore sentir aujourd’hui.
Alexandre Reza-Kokabi

Les Sacrifiés du paradis — Enquête au cœur du colonialisme vert, par Guillaume Blanc et Chico, éditions Delcourt, mars 2026, 144 pages, 24,50 euros. À partir de l’adolescence.
  • Croissance verte… Mais encore ?

L’histoire commence par le discours d’un président de la République, très ressemblant à M. Macron, affirmant que « la décroissance n’est pas une réponse au défi climatique ». Agacé, « Doc », sorte de professeur Tournesol qui voyage à travers les murs et le temps, propose à ses enfants d’aller faire un tour du côté de 2100 pour vérifier ses arguments. C’est la cata : la Terre est devenue un désert, les êtres humains sont repliés sur eux-mêmes, sous les arbres restants.

« Et si on retournait au Moyen Âge pour développer les énergies renouvelables ? », proposent alors les enfants, soucieux de sauver la planète. « Doc », qui a sa petite idée sur la question, est partant. Ce sera l’occasion pour nous, lecteurs, de rencontrer des personnages aussi révélateurs que drôles : le robot PIB (qui ne pense qu’à l’argent), le robot vert (qui ne pense aussi qu’à l’argent mais avec des produits durables), ou le gorille à lunettes, plus rationnel que beaucoup d’humains…

En sept parties menées tambour battant, ce livre convivial et bien documenté démontre avec talent qu’il peut être dangereux de prendre pour argent comptant les dires d’un président. Mieux vaut explorer une économie solidaire et respectueuse des ressources.
Enzo Berthier

Le Mirage de la croissance verte, par Anthony Auffret, éditions Delcourt, coll. Octopus, illustrations couleurs, 2026, 152 pages, 19,50 euros. Dès l’adolescence
  • Nucléaire… Que de mensonges !

Le 2 mars, main ferme accrochée au pupitre et gigantesque sous-marin nucléaire dans le dos, Emmanuel Macron dévoilait en grande pompe sa doctrine de dissuasion nucléaire, depuis la base navale de l’île Longue, à quelques encablures de Brest. Pas un mot, en revanche, sur l’autre histoire qu’abrite ce lieu. L’histoire que l’État s’est évertué à taire des décennies durant : celle des Irradiés de l’île Longue.

En février 1965, le général de Gaulle jetait son dévolu sur cette petite bande de terre, et décidait d’en exproprier les habitants pour y bâtir le QG des sous-marins nucléaires français. Démarrait alors un chantier monumental, achevé une demi-décennie plus tard. Seulement, en 1996, un mouvement de grève éclatait. Les ouvriers du site, chargés d’assembler les missiles nucléaires, découvraient avoir été soumis à des doses de radiations dangereuses. Et ce, sans aucune protection et alors que les autorités militaires leur assuraient qu’ils n’encouraient aucun risque.

« Face à cette menace d’un scandale d’État, l’armée — surnommée la Grande Muette — va chercher à préserver le sacro-saint secret défense », écrivent les auteurs. Leur récit nous emmène à la rencontre de ces petites mains, tombées malades du cancer par dizaines. Informations classifiées, obsession du secret, inertie du pouvoir politique… C’est un combat pour la vérité que dessine cette BD, à lire d’une traite dès le 19 juin.
Emmanuel Clévenot

Les Irradiés de l’Île Longue : enquête sur un silence d’État, de Carole Collinet (scénario) et Éric Appéré (dessin), éditions Dargaud, 136 pages, 23.00 euros. En librairie le 19 juin. Dès l’adolescence.
  • Numérique (et liberté)

Marie, jeune graphiste, s’est installée en Bretagne auprès de son compagnon, Adel, ouvrier agricole. Comme une large part de la population, ses journées se passent assise, le regard aspiré par les écrans — celui de l’ordinateur, où s’organise l’ensemble de sa vie professionnelle, celui du smartphone, dont les notifications l’hameçonnent même lorsqu’elle fait l’amour… Par hasard, elle fait un jour la connaissance d’un collectif anti-5G voisin, qui lutte contre l’implantation d’une antenne. Sa rencontre avec ces militants la pousse à s’interroger sur « la numérisation de son existence ».

Au fil de ses discussions avec eux, Marie prend conscience de l’étendue des conséquences intimes, écologiques et politiques des nouvelles technologies, de l’IA à la 5G, en passant par les caméras de surveillance et les drones agricoles. Elle découvre également Jacques Ellul, André Gorz, François Jarrige et autres figures de la pensée technocritique.

À travers le parcours de Marie, l’illustratrice Juliette Brigand et le journaliste Nicolas Celnik (collaborateur régulier de Reporterre) synthétisent savamment les travaux de ces intellectuels, et proposent une introduction alléchante à leur réflexion sur le progrès technique — plus que jamais pertinente à l’heure où géants du web et dirigeants œuvrent pour le déploiement à marche forcée des nouvelles technologies. Salutaire !
Hortense Chauvin

Un grain de sable dans la machine, de Nicolas Celnik et Juliette Brigand, Le passager clandestin, 130 pages, avril 2026, 22 euros. Pour adultes.

Petit recueil de Bd à lire et à offrir proposé par le site en ligne « Reporterre », vos lecteurs vont sûrement apprécier

Jean François Valmascle

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