Congé climatique : l’exemple espagnol qui inspire la France

par | 17 mai 2026 | Place aux lecteurs

La proposition de Marine Tondelier de créer un congé climatique a relancé le débat en France. En Espagne, cette mesure est déjà bien implantée depuis 2024, non sans résistance de la part du patronat.

À l’occasion de la fête du travail, Marine Tondelier, cheffe de file des Écologistes candidate déclarée à la présidentielle, a proposé la création en France d’un congé climatique payé de cinq jours par an. L’objectif serait de permettre aux salariés ne pouvant pas télétravailler lors d’événements climatiques extrêmes de rester chez eux sans perdre leur salaire.

Cette proposition a immédiatement suscité des réactions, notamment de la droite. « Et après ? Demain, un congé pour les éclipses, pour les marées d’équinoxe, pour la lune rousse qui terrifiait nos grand-mères ? » a ironisé Louis Sarkozy.

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Pourtant, de l’autre côté des Pyrénées, cette mesure est déjà une réalité. C’est à la suite des inondations meurtrières de Valence en 2024, qui ont coûté la vie à plus de 200 personnes, dont plusieurs travailleurs pris au piège dans leur voiture, que le gouvernement espagnol de gauche a instauré ce congé climatique de quatre jours par an.

« L’objectif de cette mesure est clair et légitime : aucun travailleur ne doit être contraint de choisir entre risquer sa vie ou perdre son salaire », résume Francisco Trujillo Pons, professeur en droit du travail à l’université Jaume I. « Cette mesure s’applique lorsque les travailleurs ne peuvent pas se rendre sur leur lieu de travail suite à des restrictions ou interdictions des autorités et lorsqu’il y a des risques graves et imminents, comme lors de catastrophes naturelles ou de phénomènes météorologiques violents. »

Pour bénéficier de ce congé, les salariés doivent pouvoir justifier d’une alerte orange ou rouge de l’Agence de météorologie espagnole (AEMET), ou de communications officielles de la Protection civile qui les empêchent d’accéder en toute sécurité à leur lieu de travail. Si le télétravail est possible pour l’employé, la mesure ne peut pas s’appliquer.

Des conditions de plus en plus extrêmes

L’Espagne fait face à des événements climatiques de plus en plus extrêmes, accentués par le changement climatique. Le pays vient d’enregistrer son mois d’avril le plus chaud depuis le début des relevés en 1961, avec une température moyenne de 15,1 °C.

« Ces changements climatiques engendrent des impacts qui ne se limitent plus aux travailleurs en extérieur mais se font sentir partout. On peut penser aux enseignants et élèves dans les écoles, ou aux employés dans les cuisines industrielles et les hôpitaux », explique Xavier Baraza Sánchez, directeur des études d’économie et de gestion à l’Universitat oberta en Catalogne. « Ce congé est donc une nécessité pour tous les travailleurs compte tenu de cette nouvelle réalité climatique que connaît l’Espagne », juge celui qui a fait plusieurs recherches sur la question.

« Une grande partie des travailleurs agricoles sont immigrés et travaillent dans des conditions très précaires »

L’Organisation internationale du travail (OIT) estime que près de 20 000 travailleurs meurent chaque année à cause de chaleurs excessives au travail. En 2025, une agente d’entretien de 51 ans est morte à Barcelone après sa journée de travail lors d’une vague de chaleur, alors qu’un saisonnier de 61 ans perdait lui aussi la vie en pleine chaleur à Lérida.

« Ces événements météorologiques extrêmes accentuent les inégalités et amplifient les vulnérabilités, explique Xavier Baraza Sánchez. Une grande partie des travailleurs agricoles sont immigrés et travaillent dans des conditions souvent très précaires. Ils subissent donc encore plus ces conséquences. »

Des améliorations possibles

L’instauration du congé climatique en Espagne a été bien accueillie par les travailleurs et syndicats, mais a aussi suscité une certaine grogne du patronat, dénonçant des coûts importants. « Bien que cela place l’Espagne parmi les pays leaders en matière de protection des travailleurs contre le changement climatique, cela entraîne également un coût supplémentaire pour les entreprises », écrivait à ce sujet l’OCDE dans un rapport.

« On a déjà eu des entreprises qui n’ont pas respecté ce congé climatique, souligne Sara García, secrétaire à l’action syndicale et à l’emploi de l’Union syndicale ouvrière (USO). Plutôt que de refuser catégoriquement la demande, ces entreprises ont déduit les jours de congé des salaires des employés a posteriori, ou ont exigé qu’ils les rattrapent. Nous avons pu régler la situation sans engager de poursuites judiciaires, mais cela montre qu’il y a encore de la sensibilisation à faire. »

« Ce congé est un premier pas, mais ce n’est pas une solution complète »

Le syndicat recommande d’ailleurs à ses représentants de mener des négociations collectives pour s’assurer des modalités de ce congé dans l’entreprise. « C’est un congé tout à fait justifié et le travailleur gagnera le procès » en cas de non-respect, a mis en garde de son côté la ministre espagnole du Travail, Yolanda Díaz. L’inspection du travail espagnole a d’ailleurs déjà mené plusieurs campagnes d’information et de contrôle auprès des entreprises.

Même si cette mesure est considérée comme une nécessité en Espagne, d’autres améliorations sont attendues. « Ce congé est un premier pas, mais ce n’est pas une solution complète », juge Francisco Trujillo Pons. « Cela fonctionne bien lorsqu’il y a des alertes en amont, mais lors de nombreuses tempêtes, le danger est réel bien avant que l’alerte arrive, poursuit le professeur. Il faudrait donc renforcer la présomption de risque grave et imminent afin que cela fonctionne avec plus d’autonomie et moins de bureaucratie. »

Romain Chauvet

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