La Révolution française de 1789 fut un « grand remplacement » culturel et politique. En transformant des sujets d’un roi divin en une « communauté de citoyens » d’une même nation, elle accélère le cours de l’histoire. En même temps, le territoire national ne cesse de s’accroître ou de décroître au gré des guerres, inventant de nouvelles catégories de citoyens : les indigènes et les esclaves.
(4). L’État-nation
La période qui commence avec la Révolution française et s’achève au début de la Première Guerre mondiale est celle où s’impose une nouvelle forme d’État : l’État-nation.
Contrairement à ce qu’affirment les nationalistes, cette nouvelle forme de l’État n’est pas venue « du fond des âges », elle met même plus d’un siècle à se stabiliser.
Tout au long du 19e siècle, une dizaine de régimes politiques vont se succéder. Le périmètre géographique de ladite nation ne cesse d’évoluer, les mouvements et brassages migratoires de populations ne font qu’augmenter.
Cette « nation » en gestation ne cesse d’évoluer et de se transformer au gré des régimes politiques.
C’est seulement en 1879, soit près d’un siècle après 1789, que la république est stabilisée. La « Marseillaise » redevient l’hymne national, le 14 juillet est érigé fête nationale, les communards sont amnistiés, la liberté de la presse est instituée, la liberté d’association assurée, le droit au divorce (pour faute) et le droit du sol rétablis.
Il faut attendre la IIIe République pour mettre en place l’école laïque, gratuite et obligatoire.
Il n’y a pas pendant ce siècle d’identité entre la nation et une forme particulière de régime politique.
La question du territoire de la France est aussi un chantier permanent.
Dès 1789, les parlementaires réfléchissent aux formes de l’unité administrative.
Après avoir envisagé de découper le pays en un damier de 81 carré de 18 lieues de côté, ils mettent finalement en place les départements.
La république « une et indivisible » a rarement été une entité stable et pérenne :
- En 1791, Avignon et le Comtat venaissin sont annexés,
- La Savoie en 1792,
- Le comté de Nice et un morceau du Jura suisse en 1793,
- La Belgique en 1795,
- La rive gauche allemande du Rhin en 1797,
- La République de Genève en 1798.
La République française compte 113 départements en 1799, dont 3 dans les îles grecques ioniennes de l’Adriatique.
La plupart des territoires annexés sont repris en 1815 à la suite de l’abdication de l’empereur Napoléon 1er et du congrès de Vienne.
En 1830, le roi Charles X provoque la conquête de l’Algérie qui devient (avec la Nouvelle-Calédonie) une colonie de peuplement française.
À la fin du 19e siècle, différents gouvernements s’assurent le contrôle de l’Afrique-Occidentale française, un territoire grand comme huit fois la France métropolitaine, peuplé par 12 millions d’habitants.
S’y ajoute l’Afrique-Équatoriale française après la défaite de l’Allemagne en 1918.
La mainmise sur Madagascar se fait au prix de plusieurs centaines de milliers de morts.
En Asie à partir de 1860, les armées françaises prennent le contrôle de ce qui va devenir l’Indochine. Au Vietnam le nombre de Français ne dépasse pas 24 000 personnes, contre une population de 17 millions de Vietnamiens en 1914.
En Océanie, les Français s’emparent non sans mal de la Nouvelle-Calédonie en 1863, une colonie pénitentiaire y est installée. Plus à l’est, la Polynésie française regroupe cinq archipels.
L’ensemble de ces « possessions » permet à la France de se constituer un empire, mais les occupants légitimes ne bénéficient pas (sauf de rares exceptions) de la nationalité française.
L’État-nation creuset d’une même communauté qui forgerait un même destin pour tous et toutes est une mystification savamment orchestrée et défendue ces deux derniers siècles.
Le « nationalisme » peut être daté du 19e siècle. Ce n’est pas un hasard si les nationalistes s’accommodent des formes autoritaires qu’il a pu prendre (royauté, empire) et les brandissent comme autant d’expériences à renouveler.
Un travail de déconstruction de l’État-nation est toujours d’actualité pour contrer la propagande nationaliste et un « retour aux sources ».
Cet article est une recension du livre de Jean-Paul Demoule « La France éternelle, une enquête archéologique » paru aux éditions la fabrique, édité en septembre 2025, vendu au prix de 17 euros. Je vous en recommande l’achat et la lecture intégrale.

































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