Le 25 juin 1903, voilà exactement 123 ans George Orwell naît à Motihari au Bengale d’un père fonctionnaire de l’administration britannique des Indes.
De son vrai nom Eric Blair, il fait ses études en Angleterre grâce à une bourse, il souffre de la pauvreté et de la modestie de ses origines parmi les enfants de la bourgeoisie aisée.
Il va ensuite à Eton, et s’y familiarise pour la première fois avec les idées socialistes qui inspireront plus tard la plus grande partie de sa vie et de son œuvre.
A 19 ans, il s’engage comme sergent dans la police impériale en Birmanie. Après avoir souffert à l’école de l’oppression de l’argent, le voici oppresseur à son tour. Il en souffre tout autant : 5 ans plus tard en 1927, il résilie son contrat, refusant d’être plus longtemps complice d’un impérialisme qu’il considère comme « en grande partie du gangstérisme ». Son roman Tragédie birmane raconte cette expérience
Rentré en Europe, il mène une existence misérable vivant d’expédients. A Paris, il fait la plonge dans un restaurant, trouve une place de précepteur. A Londres, il travaille dans une librairie, contrainte étouffante pour un apprenti écrivain.
A cette époque il écrit de nombreux romans et nouvelles pour lesquels il ne trouve pas d’éditeur. C’est en 1933, enfin, qu’il publie son premier récit fortement autobiographique La Vache enragée qu’il signe du pseudonyme de Georges Orwell.
Pourtant il ne gagne pas assez pour vivre de sa plume. Il effectue une enquête socio-économique dans une zone industrielle touchée par la récession économique. Ce reportage sur le chômage en pays minier donnera La route du quai de Wigan.

La guerre d’Espagne éclate et Georges Orwell s’engage aux côtés des communistes dissidents du POUM (Parti ouvrier d’Unification Marxiste, organisation révolutionnaire espagnole. Il se bat et est gravement blessé.
Lors de la seconde guerre mondiale, il travaille pour la BBC et publie des essais politiques. Il fournit aussi une chronique régulière au London Tribune et collabore à de nombreux journaux et revues.
« De cœur je suis à gauche écrit-il mais je pense qu’un écrivain ne peut rester honnête qu’en demeurant à l’écart des partis et des étiquettes. Son expérience de la guerre d’Espagne où il a vu le POUM anti-stalinien liquidé par les communistes lui font prendre conscience de la nature totalitaire du communisme à une époque où les intellectuels préféraient en chanter les louanges.
Ses espérances trahies par le stalinisme, sa haine pour tous les totalitarismes le poussent à écrire en 1945 un petit roman parodique : la Ferme des Animaux.

Sous la forme d’une fable animale, il s’agit d’une allégorie satirique du communisme qui raconte la prise de pouvoir des animaux dans une ferme, à l’instigation des cochons,
« Tous les animaux sont égaux » est-il proclamé. Mais peu à peu les buts et les espoirs de la révolution sont trahis tandis que naît une nouvelle d’exploiteurs privilégiés, les cochons eux-mêmes, et que sévit la police secrète des chiens. De plus en plus les cochons qui marchent sur deux pattes se mettent à ressembler aux hommes avec qui ils acceptent de traiter et transforment cette ferme en dictature au nom des grands principes.
« Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que les autres » Telle est la morale pessimiste de cette anti-utopie féroce !

En 1949, son dernier roman, 1984, décrit une société totalitaire sous le regard d’un chef omniprésent, «Big Brother»
Encore une anti-utopie dérisoire et terrifiante ! Orwell présente un monde totalitaire où la guerre perpétuelle, gérée par le Ministère de la paix, est le prix de la prospérité, un monde où le ministre de l’Amour fait régner la loi et l’ordre. Rien n’échappe au maître suprême ni à sa police de la pensée.
L’autorité s’exerce par le contrôle de la langue officielle, la novlangue qui se caractérise par l’appauvrissement du vocabulaire et l’inversion des mots, à l’image de ce que l’auteur a observé dans les sociétés communistes : «La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force».
Le héros, Winston, en fera l’expérience : sa révolte échouera. Vaincu, il sera contraint, pour finir, de retomber dans l’amour obligatoire du Big Brother.

Homme d’une intégrité et d’un courage peu commun, engagé dans sa vie comme dans son œuvre, il a souvent été comparé à Camus tant pour son sens de la justice que pour la conception qu’il se fait de son métier d’écrivain.
1984, ce dernier roman de Georges Orwell mort de la tuberculose un an à peine après sa publication reste une sorte de testament tragique et prophétique.
Ce monde de cauchemar où l’individu est écrasé par la technocratie est-il si éloigné du nôtre ?
Mais c’est une autre histoire !
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