La canicule n’est pas une parenthèse météorologique. Elle est un symptôme du monde instable dans lequel nous entrons. Elle tue, souvent plus qu’on ne le mesure sur le moment, et met sous tension l’eau, l’agriculture, l’énergie, les hôpitaux, les logements, les transports, le travail. Elle frappe d’abord les plus fragiles.
Chaque épisode de chaleur extrême révèle la même chose : nous avons construit des sociétés rapides, productives, performantes, mais trop peu robustes, où les chocs frappent d’abord les plus vulnérables.
Pendant des décennies, nous avons organisé nos villes et nos régions pour produire plus, plus vite, moins cher. Nous avons supprimé ce qui semblait être des coûts : stocks, réserves, redondances, services publics de proximité, diversité agricole. Cette logique maximise la performance comptable, mais détruit les marges de sécurité.
Or le vivant ne fonctionne pas ainsi. Une forêt robuste tient par la diversité, les interactions, les redondances. Ce que le capitalisme juge inefficace permet souvent au vivant de durer.
La boussole du XXIe siècle ne peut plus être la performance économique. Elle doit devenir la robustesse : garantir l’accès à l’eau, à l’alimentation, au logement, à l’énergie, à la santé, à la mobilité, à la culture et à la démocratie, même lors de chocs majeurs.
C’est ici que la notion de biorégion devient décisive. Une biorégion n’est pas seulement un bassin versant : c’est un territoire défini par sa fonction écologique principale, par les interdépendances humaines qui s’y organisent, et par sa capacité à construire des institutions démocratiques robustes.
Elle ne désigne donc ni une nouvelle frontière administrative, ni un repli localiste, mais un espace vivant et habité, pensé à partir de ses ressources, de ses limites écologiques et des besoins de celles et ceux qui y vivent. On y pense ensemble l’eau, les sols, l’alimentation, l’énergie, les mobilités, les logements, les services publics, les savoir-faire, les écosystèmes et les solidarités entre territoires.
Elle ne remplace pas les communes ni les départements. Elle permet de les articuler autrement, à partir des conditions concrètes de la vie. Face aux canicules, nous n’avons pas seulement besoin de plans d’urgence. Nous avons besoin de territoires capables de préserver leur eau, de produire une partie de leur alimentation, d’adapter les logements, de relocaliser des activités essentielles, de renforcer les services publics et de faire vivre la démocratie locale.
Le XXe siècle a organisé nos sociétés au service du profit et de la performance. Le XXIe doit les reconstruire au service de la vie.
Boris Chenaud






















