Lettre citoyenne – Eva et Mustapha, derrière deux prénoms, une famille

par | 16 août 2026 | Place aux lecteurs

Bonjour,

Je me permets de vous écrire au sujet de l’article publié le 21 juin 2026 dans votre rubrique « Place aux lecteurs », concernant Eva et Mustapha.

Je sais qu’il s’agit d’un texte proposé par un lecteur et non d’un article rédigé par votre équipe. Ma démarche n’est donc pas un droit de réponse, mais simplement une lettre citoyenne, pour attirer votre attention sur un aspect qui me semble essentiel : derrière cette affaire, il y a des êtres humains.

Depuis 2023, la vie d’Eva et de Mustapha est régulièrement exposée dans la presse, à la télévision, sur les réseaux sociaux et dans les discours politiques.

Pour ceux qui parlent d’eux, cette histoire est devenue une affaire politique, juridique ou militante.

Pour eux, c’est leur vie.

Leur intimité, leur histoire d’amour, leur famille et leurs souvenirs sont devenus publics.

Le jour où Eva et Mustapha devaient se marier aurait dû être un jour heureux. Il est devenu une journée chaotique, marquée notamment par des insultes, des propos racistes et des jets de bouteilles d’eau en direction du couple par des personnes venues soutenir Robert Ménard. Ces faits avaient notamment été relatés par Le Canard enchaîné.

Puis Mustapha a été placé en rétention et expulsé en pleine nuit.

Eva a vu l’homme qu’elle aimait lui être arraché. Et leur famille a vu sa vie bouleversée.

Mais derrière la rétention, l’expulsion et tout ce que cette affaire est devenue dans l’espace public, il y a une réalité beaucoup plus simple : des personnes qui s’aiment.

L’amour d’Eva pour Mustapha.

L’attachement de Mustapha pour Eva et pour les enfants d’Eva. Entre eux, il existe un lien qui ne vient pas du sang, mais de tout ce qui s’est construit au fil du quotidien : les discussions, les rires, les souvenirs, les regards, l’affection, tous ces petits moments partagés.

Tout cela, on l’appelle tout simplement l’amour.

C’est peut-être cela que l’on perd de vue lorsque l’on réduit Mustapha à une OQTF, à une rétention ou à une expulsion.

On ne voit plus l’homme.

C’est aussi pour cette raison qu’un passage de l’article me semble important à corriger.

Il y est écrit que Mustapha aurait été « arrêté et placé dans un centre de rétention administrative ».

Or Mustapha ne s’est pas fait arrêter sur la voie publique.

Il s’est présenté volontairement à une convocation dans les locaux de la PAF, à la demande du préfet, afin notamment de savoir où se trouvait son passeport.

Il a indiqué qu’il se trouvait dans les bureaux du juge des libertés et de la détention à Nîmes. Il n’a pas été cru et a ensuite été placé en rétention.

Il a finalement été expulsé en pleine nuit, avant d’avoir pu voir le juge. Le passeport dont il avait indiqué qu’il se trouvait à Nîmes lui a finalement été rendu à l’aéroport, au moment de son expulsion.

Il n’y avait pas non plus de laissez-passer consulaire au moment de son expulsion.

Cela peut sembler être une simple question de vocabulaire, mais ce n’en est pas une.

Dire qu’une personne a été « arrêtée » crée immédiatement une représentation dans l’esprit du lecteur.

Cela peut laisser penser qu’elle a été recherchée ou interpellée parce qu’elle avait commis quelque chose.

Une fois cette image installée, elle est difficile à effacer.

Le choix des mots est donc important. Ce n’est pas jouer sur les mots. C’est simplement utiliser les bons mots de notre si belle langue pour raconter les faits avec justesse.

Depuis trois ans, leur histoire est racontée et commentée par des personnes qui, pour beaucoup, ne les connaissent pas. Leur vie privée est devenue publique, et chaque nouvelle prise de parole ajoute une nouvelle couche à une histoire qu’ils doivent pourtant continuer à vivre.

C’est là que se trouve, à mon sens, la différence entre défendre une cause et soutenir réellement des personnes.

Soutenir Eva et Mustapha, ce n’est pas seulement défendre le droit au mariage ou dénoncer les décisions de Robert Ménard.

À ce sujet, il me semble également important de rappeler que Laurent Nuñez, lorsqu’il s’est exprimé sur cette affaire, a simplement rappelé que les textes ne permettaient pas à un maire de s’opposer à ce mariage et que Robert Ménard aurait dû respecter la loi.

Je crois d’ailleurs qu’il faut être particulièrement prudent avec les prises de position publiques autour de cette affaire. Certains propos, même lorsqu’ils sont tenus avec de bonnes intentions, peuvent avoir des conséquences que leurs auteurs ne mesurent pas nécessairement.

Depuis trois ans, beaucoup parlent d’Eva et de Mustapha, mais peu connaissent réellement l’ensemble de leur situation et ce qui peut être entrepris pour leur permettre de retrouver une vie familiale normale.

Soutenir Eva et Mustapha, c’est donc aussi veiller à ce que leur histoire ne soit pas déformée, respecter leur dignité et protéger, autant que possible, le peu d’intimité qu’il leur reste.

Enfin, concernant le 30 septembre, je pense qu’il aurait été préférable de rester discret sur les présences annoncées devant le tribunal.

Cette information étant désormais largement publique, elle permet aussi à Robert Ménard et à ses nombreux et fidèles soutiens de s’organiser pour être présents, et sans doute encore plus nombreux.

Je trouve cela dommage pour celles et ceux qui, depuis plusieurs semaines, préparent cette journée avec discrétion, sans chercher à se mettre en avant.

Eva et Mustapha ne sont pas une affaire.

Ils ne sont pas un symbole.

Ils ne sont pas des personnages politiques.

Ce sont deux personnes qui s’aiment et qui ont construit une famille.

Alors oui, les faits doivent être rétablis.

Mais ils doivent l’être avec humanité.

Parce que lorsque la vie privée de personnes est déjà exposée depuis trois ans, chaque mot compte.

Je souhaitais simplement porter cela à votre connaissance, avec respect pour votre travail et pour la liberté de vos lecteurs de s’exprimer.

Mais aussi avec une pensée particulière pour Eva et Mustapha, qui sont les premiers concernés par tout ce qui est écrit sur eux.

Leur histoire mérite la vérité.

Leur famille mérite le respect.

Et leur amour mérite de ne pas être oublié derrière le bruit de l’affaire.

Bien cordialement.

Dorothée Wintz

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