Tornade dans l’Aude : « Des vents probablement supérieurs à 200 km/h »

par | 26 août 2026 | Place aux lecteurs

La tornade qui a dévasté le village de Pomas le 24 août est « l’une des plus fortes qu’a pu connaître le sud de la France », selon Predict Services, filiale de Météo-France spécialisée dans la gestion des risques climatiques. Plusieurs départements sont davantage exposés à ces phénomènes.


Trois minutes de chaos. Le village de Pomas, dans l’Aude, qui compte un millier d’habitant·es, a été frappé lundi 24 août par une puissante tornade qui a détruit plus des deux tiers de la commune, selon les autorités. Trois cents maisons – sur les cinq cents que compte la commune – ont été endommagées.
Pour une centaine d’entre elles, « on se pose la question de savoir si elles sont encore habitables », souligne le préfet de l’Aude, Alain Bucquet. Ce dernier indique également que plus aucune des personnes blessées « n’est dans un état qui inspire de l’inquiétude ». Au total, une cinquantaine de personnes ont été prises en charge par les secours.
La colonne tourbillonnante s’est abattue sur le village peu après 17 heures et a laissé derrière elle un paysage de dévastation : bâtiments éventrés, routes impraticables et objets divers projetés dans les champs environnants. « C’est un événement exceptionnel et très traumatisant pour l’ensemble des habitants », a commenté la sous-préfète de l’Aude, Marie-Hélène Bouissac, tandis que les opérations de déblaiement et de sécurisation du bâti encore debout se poursuivent dans la commune située à une quinzaine de kilomètres de Carcassonne.
Des habitant·es déblaient les débris d’une maison détruite par la tornade à Pomas, le 25 août 2026.
L’Aude figurait parmi les vingt départements placés en vigilance orange aux orages le 24 août par Météo-France, qui mettait en garde contre des « phénomènes tourbillonnaires » possibles « très localement », tant les vents s’annonçaient puissants.
Ces phénomènes de tornade, comme celle qui a balayé Pomas, demeurent toutefois impossibles à prévoir avec précision, même quelques minutes en amont, indique à Mediapart Guillaume Ferry, directeur des opérations chez Predict Services, la filiale de Météo-France spécialisée dans l’anticipation, la prévention et la gestion des risques.
Basée à Castelnau-le-Lez, près de Montpellier (Hérault), Predict Services a été créée il y a vingt ans, après des inondations dévastatrices dans le Gard. La filiale accompagne aujourd’hui des collectivités locales, partout en France, pour identifier les risques météo et mettre en place des plans de sauvegarde communaux.
« La gestion et l’anticipation des risques évoluent en permanence », souligne encore Guillaume Ferry, qui fait le point, pour Mediapart, sur les risques associés aux tornades en France.
« Mediapart » : Sait-on quelle a été la vitesse des vents au passage de cette tornade qui a détruit plus des deux tiers d’un village ?
Guillaume Ferry : Il n’y avait pas d’anémomètre sur la commune qui aurait permis de les mesurer, mais on peut les estimer, au regard des dégâts. Je pense qu’on est probablement sur des vents supérieurs à 200 kilomètres par heure (km/h), car ce ne sont pas seulement des toitures, des débris ou des abris légers qui ont été emportés, mais des structures lourdes : des maisons et des murs solides ont été renversés ou détruits, et le château de Pomas s’est aussi partiellement effondré.
Désormais, une enquête de terrain plus approfondie va être menée par Keraunos, l’observatoire français des tornades et orages violents, qui est un organisme habilité. Ses constatations permettront d’évaluer cette tornade sur l’échelle de Fujita dont le classement varie de 0 à 5. De mon point de vue, on est au moins au niveau 2 à Pomas [niveau dit EF2 – ndlr], voire au niveau 3 [estimation confirmée depuis par Keraunos – ndlr]. Les vents varient entre 180 et 250 km/h au niveau 2 et vont jusqu’à 300 km/h au niveau 3.
L’expertise de terrain va permettre de qualifier tout cela, mais je pense que cette tornade fait partie des plus fortes qu’a pu connaître le sud du pays ces dernières années, même si elle n’est pas aussi puissante que celle de Hautmont dans le Nord, en août 2008. Elle avait été classée EF4 sur l’échelle de Fujita, avec des vents à plus de 300 km/h.
Selon Météo-France, on dénombre chaque année en France « des dizaines de tornades » d’intensité variable. Comment et pourquoi se forment-elles ?
C’est toute une mécanique physique qui se met en oeuvre. Une tornade est toujours liée à un cumulonimbus, qui est un nuage d’orage. Dans ces cumulonimbus se forment de violents vents verticaux qui génèrent une énergie très forte. Puis, en périphérie du système orageux, se génèrent aussi des vents plus horizontaux (dits cisaillements horizontaux), qui peuvent former des phénomènes tourbillonnaires.
« Les modèles de prévision de phénomènes convectifs s’améliorent d’année en année […] mais sans être en mesure de localiser précisément le village ou la zone. »
Dans le cas de la tornade de l’Aude, les orages se sont formés à l’ouest de Toulouse et ont balayé tout le sud de la France, quasiment sur 600 kilomètres jusqu’à la Corse. Au sein même de ce front
orageux, il y a eu la formation d’une supercellule (un orage très violent) lors de son passage près des Pyrénées. Et c’est cette supercellule qui a généré des vents rotationnels dans sa périphérie sud, puis la formation de la tornade qui a frappé Pomas.
Un tornade dont la localisation était impossible à prévoir…
Effectivement. Si on savait que des phénomènes tourbillonnaires étaient possibles le long de cet axe orageux très vaste – et Météo-France l’avait signalé –, on ne pouvait pas être plus précis sur l’heure et le lieu, ni même savoir si cela se produirait car, en météo, on parle de probabilités ! Les modèles de prévision s’améliorent d’année en année et cherchent vraiment à détecter les phénomènes convectifs, c’est-à-dire tous les éléments pouvant accompagner les orages les plus forts comme les rafales et la grêle. Mais sans être en mesure de localiser précisément le village ou la zone.
Concernant les tornades, c’est pareil : nous n’avons pas encore d’outils permettant de les anticiper plusieurs heures ou même plusieurs minutes auparavant pour transmettre des avertissements spécifiques. Des systèmes d’alerte existent aux États-Unis, mais seulement une fois que la tornade est formée et que sa trajectoire peut être estimée quand elle parcourt les grandes plaines du Midwest, dans la « Tornado Valley », zone très propice à ces phénomènes.
En France, y a-t-il des régions plus susceptibles d’être frappées par des tornades ?
Le Nord, le Pas-de-Calais, les côtes de la Manche, mais aussi l’Aude et l’Hérault font partie des zones statistiquement les plus exposées à ces phénomènes puissants. Cela peut s’expliquer par une question de topographie car, comme dit précédemment, les tornades ont besoin de vastes plaines pour se former et se propager.
« Dans les scénarios d’évolution du climat, les orages sont – et seront – plus sévères et sur des périodes plus longues dans l’année. »
Et puis il y a aussi des raisons atmosphériques, et la confrontation avec la Méditerranée joue énormément dans l’Aude et l’Hérault. La mer est à des niveaux exceptionnellement chauds – toujours à + 30° C au large – et cela entre en conflit avec l’air plus froid de l’atmosphère. D’ailleurs, tout cela aura très certainement un impact sur les épisodes météo à venir dans le Sud-Est, qui a déjà vécu une canicule continue de juin à mi-août. On peut s’attendre à ce que le potentiel d’eau précipitable soit très important pendant de longues semaines…
Le dérèglement du climat a-t-il un impact sur la formation et/ou la puissance des tornades ?
Il n’existe pas d’étude sur l’évolution des tornades liées au changement climatique en France, donc on ne peut rien affirmer. En revanche, il est établi dans les scénarios d’évolution du climat que les orages sont – et seront – plus sévères et sur des périodes plus longues dans l’année. Indirectement, on peut donc considérer que les effets induits par les violents orages – le vent, la grêle, les tornades – peuvent augmenter.
On a vu comment se forme une tornade, pouvez-vous nous expliquer comment elle « s’éteint » et au bout de combien de temps ?
Si une tornade ne se forme pas instantanément, elle ne s’arrête pas non plus en un instant ! Elle a une phase ascendante, une phase de maturité, puis une phase descendante quand elle commence à être privée des vents de cisaillement ou qu’il y a moins de convection à l’intérieur même du système orageux. Elle peut aussi être freinée à la faveur d’un relief. Dans le cas de la tornade de
l’Aude, on pouvait craindre une propagation jusqu’à Carcassonne, mais elle s’est probablement estompée au passage de collines.
Comment se protéger quand une tornade vient s’abattre ?
Il faut se mettre à distance de tout ce qui peut être emporté, de tout ce qui peut se casser par l’effet du vent. Se placer sous une table, par exemple, car les plafonds peuvent tomber. L’idéal est de se mettre dans une pièce dépourvue de fenêtres et la plus protégée possible de tout ce qui pourrait s’envoler ou s’arracher, comme une cave ou un garage clos.
La vidéo d’une personne qui tient sa baie vitrée à Pomas a beaucoup circulé. Je ne l’accable pas car on peut comprendre le réflexe et la peur que la vitre cède, mais, typiquement, c’est une mise en danger très importante.
Si vous êtes en voiture, restez-y, il ne faut surtout pas sortir. Les voitures peuvent être déplacées par le vent, mais on reste malgré tout mieux protégé dans son véhicule, vitres fermées, que dehors, où nous sommes très vulnérables aux tôles et autres objets volants, voire au risque d’être emporté soi-même.

Article envoyé par le Réseau Eau secours 34 initialement paru sur Médiapart le 25 août 2026

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