Après huit ans de bataille politique et judiciaire, le projet de contournement de Beynac vit ses derniers moments. L’État a annoncé qu’il acceptait de verser 24 millions d’euros d’indemnisation au département de la Dordogne, porteur du projet jugé illégal par la justice. Une victoire pour les opposants, qui craignent pour autant de nouveaux rebondissements.
Cela pourrait sonner le glas d’un feuilleton vieux de 30 ans. Ce 3 septembre, l’État a annoncé qu’il indemniserait le conseil départemental de la Dordogne afin de clore la bataille judiciaire autour du projet de contournement de Beynac.
Ce projet de déviation avait en effet été annulé, il y a huit ans, par la justice en dépit d’un arrêté validé par les services de l’État. Au total, le département de la Dordogne va recevoir 24 millions d’euros.
Début en 2018
Il s’agit en réalité d’un protocole transactionnel, révélé par Sud-Ouest, ce jeudi 3 septembre qui met fin à une saga juridique débuté fin 2018. À l’époque, le Conseil d’État ordonne la suspension des travaux qui ambitionnaient de contourner le très touristique village de Beynac. Le chantier était pourtant autorisé par la préfecture malgré les contestations des associations en raison de ses impacts environnementaux et patrimoniaux.
/regions/2026/09/03/6a99911d329f6791300235.jpg)
En 2019, la justice déclare l’arrêté préfectoral illégal et ordonne la démolition des premières constructions, notamment les piles du pont qui devait surplomber la Dordogne. Après un pourvoi en cassation infructueux, la collectivité dépose en 2022 un nouveau projet de déviation. L’année d’après, elle est condamnée à payer des indemnités d’astreintes de plusieurs centaines de millions d’euros pour ne pas s’être conformé aux décisions judiciaires. En réponse, le Conseil départemental engage un recours contre l’État et réclame 36 millions d’euros.
« L’État a reconnu sa responsabilité »
Trois ans plus tard, la somme sera finalement réduite à 24 millions d’euros. En contrepartie, la collectivité doit s’engager à ne plus se retourner contre l’État dans cette affaire, malgré l’annulation du nouveau projet validé en 2024 et lui aussi retoqué, fin 2025. Le département a de nouveau contesté cette décision devant la cour administrative d’appel de Bordeaux. Elle devrait se prononcer dans les prochains mois.
“C’est une reconnaissance par l’état de l’illégalité même du projet”, indique Gérard Charollois, de la Sepanso de Dordogne, association opposée au projet. L’État a reconnu sa propre responsabilité et donc c’est un aveu du bien-fondé de la position des associations.” Fervent opposant, il espère que cette décision permettra de “tourner la page de ce mauvais feuilleton”.
/regions/2026/09/03/6a999148ae552644339832.jpg)
Un espoir que ne partage pas Philippe d’Eaubonne, président de l’association « Sauvons la vallée de la Dordogne ». Lui voit dans ce versement une sorte de “solde de tout compte” pour que le Conseil départemental “arrête de casser les pieds”. “Le président du département veut quand même imposer sa voie multimodale, explique-t-il. Il semblerait d’ailleurs qu’il n’ait pas démoli l’ancien projet jusqu’au bout.”
Dans un rapport publié en février 2025, la Chambre régionale des Comptes (CRC) de Nouvelle-Aquitaine avait pointé « un manque de prudence » du conseil départemental de Dordogne, présidé par le socialiste Germinal Peiro, dans la conduite de ce projet. Qu’il soit abandonné ou finalisé, la CRC avait alors estimé son coût entre 41 millions et 63 millions d’euros, pour un budget initial de 37 millions.
Écrit avec AFP
Benoît Payan lecteur girondin























