80 % des pâtes testées contiennent du cadmium, révèle une enquête de 60 Millions de consommateurs. Alors, comment faire pour éviter de manger ce métal lourd et hautement toxique ? La réponse n’est pas simple.
Le Français raffole de la pasta, au point d’en avoir avalé 9,3 kg en moyenne en 2025. Difficile de s’en passer, notamment pour nourrir les enfants, premiers aficionados. Sauf qu’elles sont très largement contaminées au cadmium, un métal lourd, classé cancérogène et nuisible pour la reproduction, démontre une analyse de 60 Millions de consommateurs réalisée sur 36 marques de pâtes, dont 80 % sont touchées. Présent naturellement dans certains sols, mais aussi dans les engrais phosphatés utilisés sur les terres agricoles françaises, le cadmium finit presque inévitablement par atterrir dans nos assiettes.
« Un enfant d’une douzaine d’années pesant 40 kg et consommant cinq portions de 60 g de pâtes sèches par semaine ingérerait environ 21 microgrammes de cadmium, soit plus d’un cinquième de la dose hebdomadaire tolérable retenue par l’autorité européenne », relève le magazine. Or, ils absorbent par ailleurs ce métal toxique dans d’autres aliments du quotidien, comme le pain et les pommes de terre, surtout, mais aussi le riz, les biscuits salés ou sucrés et le chocolat.
Lire aussi : Cadmium : les données clés d’une contamination
Les effets néfastes sur la santé sont multiples : atteintes osseuses comme l’ostéoporose, maladies rénales, cancers de la prostate ou du sein, maladies cardiovasculaires. « Il n’y a pas de dose en dessous de laquelle le risque n’est pas augmenté, estime Pierre Souvet, médecin cardiologue et cofondateur de l’association Santé Environnement France. Moins on consomme de cadmium, mieux c’est pour éviter des infarctus ou des insuffisances cardiaques induits par cette exposition environnementale, souvent sous-estimée. » Alors, comment choisir les pâtes les moins néfastes ?
- Privilégier la bio
Le conseil numéro 1 du médecin est d’opter pour une alimentation bio dans la mesure du possible. D’ailleurs, tous contaminants testés confondus — métaux lourds, comme le cadmium, ou pesticides —, les deux marques de spaghetti les mieux notées par 60 Millions de consommateurs sont issues de l’agriculture biologique : les Priméal et Jardin bio (Léa Nature) semi-complètes.
Mais la bio n’est pas un gage infaillible de moindre teneur en cadmium : les spaghetti Bio Village de Leclerc figurent parmi les mauvais élèves. Même si les agriculteurs bio utilisent moins d’engrais phosphatés, riches en cadmium, il est parfois naturellement présent dans les sols ou hérité de l’usage passé de leurs terres par l’agriculture conventionnelle, puisqu’il y reste des années.
Néanmoins, la bio permet généralement de limiter la casse. En janvier, une autre étude, réalisée par l’UFC-Que choisir, avait montré que les pâtes blanches bio testées contenaient deux fois moins de cadmium que les non labellisées. Au-delà des pâtes, les cultures bio présentent une concentration en cadmium inférieure de 48 % en moyenne aux cultures conventionnelles.
- Éviter le blé d’origine française
Les niveaux de ce métal toxique mesurés chez les Français sont bien plus importants que ceux observés dans les autres pays européens et nord-américains, selon une étude de Santé publique France. Une des explications réside dans l’importante utilisation d’engrais phosphatés dans l’agriculture, en particulier en provenance du Maroc. Les marques qui mettent en avant l’utilisation de blé français sur leurs paquets, comme Lustucru, Panzani et Alpina Savoie, sont donc susceptibles d’en contenir davantage.
Mieux vaut privilégier les pâtes italiennes ? Ce n’est pas aussi simple que cela, car en dehors des marques qui mettent en avant du blé 100 % italien, les fabricants ne mentionnent pas forcément la provenance ou se contentent d’indications vagues, telles que « Union européenne » ou « hors UE », comme l’avait montré Libération. Même en scrutant les petites lignes des paquets de coquillettes, difficile de s’assurer d’esquiver le blé français, sauf quand son usage est revendiqué, donc.
Certains industriels de l’agroalimentaire, comme le géant italien Barilla, utilisent des assortiments de blé de différentes provenances, sans que 60 Millions de consommateurs puisse dire « si ces origines influent ou pas sur la présence de contaminants », précise l’enquête… En tout cas, sur 5 marques de penne testées qui encaissent une note « très insuffisante » du fait de leur teneur en cadmium, 2 sont des Barilla. De quoi battre en brèche l’astuce d’acheter les yeux fermés des pâtes de marques transalpines en guise d’assurance du moins pire.
- Oublier les pâtes complètes (ou pas)
Ce sont aussi les spaghetti Barilla au blé complet qui affichent la teneur la plus élevée de l’étude du magazine. Et ce n’est pas la seule gamme de pâtes complètes concernée par des résultats inquiétants. « L’une des raisons tiendrait à l’accumulation du cadmium dans les enveloppes externes du grain, conservées dans les pâtes complètes », avance 60 Millions de consommateurs. De quoi ajouter à la cacophonie ambiante en matière de recommandations nutritionnelles puisque les céréales complètes sont censées être à privilégier.
Un conseil à proscrire ? Non, selon le Dr Souvet, car « les pâtes complètes, de même que le pain, contiennent davantage de fibres. Logiquement, cela peut permettre de diminuer l’absorption du cadmium par notre corps, même si le produit en contient davantage initialement. Mais il n’existe pas d’étude scientifique qui le montre ».
Comment s’y retrouver dans les rayons avec ces directives en demi-teinte ? « En achetant le numéro de “60 Millions de consommateurs” qui affiche les meilleures et les moins bonnes options », s’exclame le cofondateur de l’association Santé Environnement France en regrettant la disparition annoncée du magazine. S’agissant des penne, parmi celles analysées, seules les références Marque repère Leclerc et U sont vierges de cadmium.
- Diversifier son alimentation
Pas vraiment de solution miracle, donc, pour les inconditionnels des pâtes. Toutefois, il existe des alternatives. Aujourd’hui, un Français consomme en moyenne une portion de pâtes de 100 g tous les quatre jours environ : l’idée serait de diminuer la cadence en prenant conscience de la contamination au cadmium dans les produits à base de blé. « Mais pas pour les remplacer par des patates, met en garde le médecin. Les légumineuses concentrent très peu de cadmium, tout comme le fromage et les œufs. Mieux vaut privilégier des laitages et des fruits pour le goûter, par exemple. »
D’autant que, pour limiter les effets nocifs du cadmium, il insiste sur l’importance de veiller à ne pas manquer de calcium, de zinc ou de fer, cette dernière carence étant particulièrement fréquente chez les personnes menstruées, notamment du fait de leurs règles. Ces trois minéraux aident en effet à lutter contre la toxicité du cadmium.
Ainsi, si l’alimentation est la principale voie d’exposition au cadmium, elle peut aussi servir de bouclier. En attendant des mesures ambitieuses de réduction de l’usage des engrais phosphatés : le gouvernement s’est contenté d’annoncer en mars un léger abaissement, très progressif, des limites maximales de cadmium dans les engrais minéraux phosphatés épandus sur les sols agricoles.
Richard Laporte article lu sur Reporterre le 28 août 2026


























