Nous restons dans le passage au crible des caractéristiques des grands et petits partis fascistes des années 1930 en France. Cette semaine c’est le tour des Jeunesses patriotes et de l’Action française.
Les Jeunesses Patriotes (JP)
Avec environ 80 000 adhérents, 76 députés, de nombreux conseillers municipaux élus sous l’étiquette d’autres partis, les Jeunesses patriotes constituèrent une force de premier plan de la droite extrême française des années 1930.
Les JP participèrent activement à l’organisation de la manifestation antiparlementaire d’obédience putschiste du 6 février 1934.
Son organisation paramilitaire, les « chemises bleues » fit partie de ceux qui affrontèrent délibérément les forces de l’ordre place de la Concorde à Paris.
Les JP avaient à leur tête Pierre Taitinger, un homme d’affaires fortuné qui possédait de gros intérêts dans le champagne et l’immobilier.
En 1925, ses « chemises bleues » avaient fait le salut fasciste lors de réunions publiques en criant « Dictature ! Dictature ! ».
En 1933, Taittinger se déclara favorable à une dictature qui rénoverait l’économie de la France : « C’est pourquoi, comme les Italiens et les Allemands, nous suivrons un chef qui nous emmènera vers des voies nouvelles. »
« Alerte », le journal des JP chantait les louanges de ceux qui ont purgé l’Allemagne et l’Italie du marxisme et encensent les troupes de choc de leurs partis fascistes.
En 1930, les rapports entre les JP et les partis de la droite extrême se dégradèrent lorsque Taittinger voulut créer son propre parti politique : le Parti républicain national et social.
Après 1932, les JP amorcèrent leur déclin. Au fil des ans de nombreux militants rejoignirent les Croix de Feu et participèrent à l’essor de cette importante matrice fasciste.
L’Action française (AF)
En 1933, l’Action française, dirigée par Charles Maurras, était un mouvement royaliste bien établi.
Lui aussi fut éclipsé par les Croix de Feu de La Roque et le Parti populaire français de Doriot.
Ce mouvement se caractérisa par les louanges fréquentes dont il couvrait Mussolini depuis son accession au pouvoir en 1922.
Pendant la période de l’entre-deux-guerres, l’AF n’attira guère les foules parce qu’elle défendait le royalisme, que rejetait à une écrasante majorité la population française.
L’AF exerça une influence considérable dans les milieux intellectuels de droite. Ses attaques virulentes sur les principes politiques, sociaux et culturels de la démocratie trouvaient un écho favorable auprès des conservateurs autoritaires hostiles au royalisme.
Ce « pontage » intellectuel affaiblit la résistance au fascisme de nombreux intellectuels français, surtout parmi les catholiques.
En effet, extrêmement puissante au sein de l’intelligentsia, l’AF exerça une « dictature » quasi absolue sur tous les cercles intellectuels catholiques.
L’AF dénonçait d’une pitié ironique et méprisante, le libéralisme, la liberté, l’égalité et la fraternité. Elle se gaussait du progrès et adoptait une attitude sceptique lorsqu’il était question de la dignité et de la conscience humaine.
Elle n’avait que des sarcasmes pour la Société des Nations, le tout dans une atmosphère d’arrogance impudente.
Le lecteur type de « l’Action Française », quotidien du mouvement, ne se souciait pas de la vérité et de la justice.
Tous les jours il lisait une chronique de Léon Daudet, violente, pleine de moqueries qui visaient à provoquer l’hilarité.
Chaque matin, il y avait aussi l’éditorial de Charles Maurras, sentencieux, grave, doctrinal et d’une froide cruauté.
Dans chaque numéro on trouvait un exposé du système idéologique de l’AF, condensé sous forme de clichés, toujours les mêmes, mémorisables facilement.
Le but recherché était qu’à la fin du mois le lecteur les connaisse par cœur et les répète comme s’il les avait inventés lui-même.
Un lecteur régulier de l’AF avait réponse à tout et il ne lui venait jamais à l’esprit de remettre en question ce qu’on lui enseignait.
L’AF tirait à 100 000 exemplaires en 1936. Trois autres journaux d’extrême droite influencèrent les milieux intellectuels : « Gringoire » tirait à 640 000 exemplaires, « Candide » à 349 000, « Je suis partout » à 40 000.
Aucune de ces publications ne fonda d’organisation politique. Leur rôle se bornait à formater l’opinion, et ils s’en satisfaisaient.
Le parallèle avec la « bollorisation » des esprits est évident, seuls les moyens de diffusion sont différents.
La semaine prochaine nous continuerons ce tour d’horizon des grands et petits partis fascistes avec les Chemises vertes et la Cagoule.
Ces données sont extraites du livre de l’historien Robert Soucy intitulé » Fascismes français ? 1933 – 1939 » dans la collection Mémoires des éditions » Autrement « , il a été édité en 2004.


















