Fascisme : pourquoi ça recommence (5)

par | 16 mars 2025 | Extrême droite, Histoire

Fin de notre première série, avec le dernier épisode de cette séquence consacrée au cinquantième anniversaire de la mort de Franco et à l’organisation de son impunité.

1975, fin du franquisme ? Acte 5 : la vague mémorielle

Au début des années 2000, la cause des vaincus de la guerre d’Espagne fait une entrée fracassante dans le champ mémoriel.

De marginales, des initiatives militantes jusqu’alors alternatives (exhumer, enquêter, témoigner, réparer, reconnaître, juger) deviennent centrales dans l’inconscient collectif de la société espagnole.

Cet épanouissement spectaculaire du mouvement de « récupération de la mémoire historique » est une rupture majeure avec le discours réconciliateur porté pendant près de 25 ans par une partie de la gauche et de la droite espagnole qui se sont succédé au pouvoir après la mort de Franco.

Après une première décennie d’éveil mémoriel centré sur les disparus civils et militaires des fosses communes ( 2000 / 2010 ), une seconde décennie laisse place aux mobilisations pour la justice pénale ( 2010 / 2020 ).

Le modèle d’impunité bâti autour du pacte de la Moncloa après la mort de Franco avait pris un sérieux coup de semonce après la tentative de coup d’État du 23 février 1981 qui faillit renouer avec la dictature fasciste.

Aux yeux de millions d’Espagnols, la preuve par l’absurde était faite que le révisionnisme ne protégeait pas du fascisme.

Des discours de plus en plus critiques vis-à-vis du modèle institutionnel transitionnel proposé s’épanouirent pendant les années 1990.

Le consensus mou se fissura et le ton politique se durcit lors des campagnes électorales législatives de 1993 et 1996.

Les initiatives mémorielles restèrent longtemps clairsemées, puis l’historiographie, les documentaires, les séries télévisées se multiplièrent à partir des années 2000.

La société espagnole était prête, mais une action fut décisive pour embraser la mémoire collective : l’exhumation des cadavres de la fosse commune de Priaranza del Bierzo à l’automne 2000.

À partir de là, les images des fosses qui abritent les restes des républicains assassinés par les franquistes deviennent virales. Cette recherche des corps des disparus atteint son apogée entre 2007 et 2012.

La loi sur « la mémoire historique » de 2007 révèle que l’Espagne est un charnier : 4 444 fosses communes sont répertoriées elles abriteraient les restes de 300 000 personnes civiles et militaires.

L’existence de ces fosses disséminées sur tout le territoire atteste ce que les historiens indiquaient : l’ampleur de la violence franquiste pour anéantir toute forme de résistance.

La victoire du parti populaire (PP) aux élections législatives de 2011 met un coup d’arrêt à la loi sur la mémoire historique de 2007. Il faut attendre le retour au pouvoir du PSOE en 2018 pour voir ses travaux reprendre.

La loi sur « la mémoire démocratique » adoptée par le gouvernement de Pedro Sanchez à l’automne 2022 condamne le coup d’État de juillet 1936. La dictature est caractérisée comme fasciste et illégale.

En référence à l’Holocauste, elle indique : « l’oubli n’est pas une option pour une démocratie ».

Les délits sont sanctionnés, les distinctions et titres honorifiques sont révoqués, les fondations entretenant le souvenir de Franco supprimées.

Une journée de commémoration est donnée aux victimes de l’exil. Les crimes contre l’humanité, les génocides et les tortures sont reconnus imprescriptibles et non amnistiables. 

En ouvrant la possibilité de poursuivre en justice les crimes du fascisme, l’Espagne ne fait pas que tourner la page de l’impunité elle continue la lutte mémorielle.

En 2024, seules 892 fosses communes sur 4 444 ont été totalement exhumées.  Partout où elles le peuvent, droite et extrême droite font barrage au travail mémoriel.

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Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers