Une autre histoire – 2 Janvier 1942, Jean Moulin est parachuté en France

par | 31 décembre 2022 | Culture

Le 2 janvier 1942, voilà exactement 81 ans, Jean Moulin  est parachuté en France en vue d’organiser la Résistance intérieure et la placer sous les ordres du général de Gaulle qui réside à Londres.

Issu d’une famille radicale-socialiste de Béziers, Jean Moulin est préfet d’Eure-et-Loir au moment de l’invasion allemande, en juin 1940. Le 17 juin 1940, à la préfecture de Chartres, des officiers allemands lui demandent de signer un texte condamnant de prétendus méfaits des troupes africaines de la France. Jean Moulin refuse. Il est arrêté et dans la nuit, désespéré, tente de se suicider.

Sauvé de justesse, il retourne à la préfecture mais le 2 novembre 1940, il est chassé de la fonction publique. Dès lors, il multiplie les contacts clandestins avec les embryons de mouvements de résistance. Un an plus tard, en octobre 1941, il part pour Londres avec l’intention de demander une aide aux Anglais et aux Français libres qui entourent le général de Gaulle en vue de développer la résistance intérieure.

Jean Moulin est reçu avec ferveur par le général de Gaulle qui apprécie sa connaissance de la Résistance intérieure et ses compétences d’administrateur. Le chef de la France libre, qui peine à se faire reconnaître par les résistants de l’intérieur, encore peu nombreux, peu actifs et divisés, demande à Jean Moulin de se faire son ambassadeur ou son porte-parole auprès d’eux. L’ex-préfet accepte. C’est ainsi qu’il est parachuté sur le sol français (avec les pseudonymes de Rex ou Max) ce 2 janvier 1942.

Tout en tissant sa toile secrète, Jean Moulin va mener au grand jour, dans le sud du pays, la vie paisible d’un ancien préfet à la retraite ! Sur le sol français, pendant ce temps, la Résistance intérieure se développe à l’initiative de personnalités comme Henri Frenay et Berty Albrecht. L’officier catholique et l’infirmière protestante ont fondé à Lyon, en «zone libre» le mouvement Combat. Il comprend plusieurs dizaines de milliers de sympathisants et environ 200 permanents. Limité dans ses objectifs et ses moyens, le mouvement organise principalement des filières d’évasion vers la Suisse ou l’Espagne.

En «zone occupée», à Paris, une Résistance se met timidement en place, également, avec des hommes comme Pierre Brossolette, brillant intellectuel socialiste, rallié sans équivoque à De Gaulle.  À la mi-1941, après l’invasion de l’URSS par la Wehrmacht, les communistes français entrent à leur tour dans la résistance, créent leurs propres réseaux et multiplient les attentats.

Les Allemands réagissent avec brutalité en exécutant des dizaines d’otages. Comme prévu, les Français se radicalisent, d’un côté comme de l’autre. Les dénonciations anonymes à la police française ou, pire, à la police allemande, la Gestapo, se multiplient.

Le général de Gaulle dénonce le caractère militairement inefficace des attentats et, pour éviter que les communistes ne s’imposent dans la Résistance intérieure, il demande à Jean Moulin de coordonner les réseaux et de les replacer sous son autorité. C’est ainsi que l’ex sous-préfet, peu après son parachutage sur le sol français, rencontre Henri Frenay. Il le convainc de se rallier au général de Gaulle et de le rencontrer à Londres.

Henri Frenay a besoin de beaucoup d’argent pour financer les armes que réclament les maquis de résistants. Il ne peut se contenter des fournitures de Londres et s’adresse aux Américains, via la Suisse. Jean Moulin, l’apprenant, se fâche tout de bon. Il reproche à son compagnon de s’immiscer dans les rivalités entre le général de Gaulle, soutenu par Churchill, et le général Giraud, avec qui préféreraient coopérer les Américains.

Pierre Brossolette, partisan d’une rénovation des institutions politiques françaises après la guerre, craint de son côté que Jean Moulin ne prépare la restauration de la IIIe République. Ardent gaulliste, il aspire par ailleurs à prendre la direction de la Résistance.

Le 27 mai 1943, malgré l’opposition d’Henri Frenay et Pierre Brossolette, Jean Moulin met en place un Conseil national de la Résistance (CNR) inféodé au général de Gaulle.

Le 16 juin 1943, Henri Frenay part à Londres pour s’expliquer auprès de De Gaulle.

Quelques jours après le départ d’Henri Frenay à Londres survient l’un des épisodes les plus dramatiques de la Résistance. À Caluire, une petite ville proche de Lyon, doit se tenir une réunion importante du Conseil National de la Résistance. Pierre de Bénouville, collaborateur d’Henri Frenay au sein de Combat , décide d’y envoyer René Hardy, une «grande gueule» dont il attend qu’il défende l’autonomie de Combat au sein du CNR. Ce faisant, Pierre de Bénouville commet une grave imprudence. René Hardy, en effet, a été arrêté quelques jours plus tôt par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon. Il a été presque aussitôt relâché et l’on peut penser que la Gestapo l’a placé sous surveillance.

C’est ainsi que le 21 juin 1943, la Gestapo investit la villa où se sont réunis les résistants. Seul René Hardy arrive à s’enfuir. Les Allemands transfèrent Jean Moulin à Paris puis à Berlin où il n’arrivera jamais. Le 8 juillet 1943, il meurt des suites des tortures et des mauvais traitements en gare de Metz.

Le mouvement de résistance triomphe enfin avec la Libération de Paris, en août 1944.

Le Conseil National de la Résistance, c’était aussi un programme politique de rénovation sociale avec en particulier la création de la Sécurité Sociale

…. mais c’est une autre histoire

Version audio avec illustration musicale sur Radio Pays d’Hérault, à écouter ICI

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