Membre de l'Académie Française et professeur   au collège de France,  Claude Lévi-Strauss est le père du structuralisme et a marqué profondément la pensée contemporaine, tant dans les champs de l'ethnologie que de la sociologie, la philosophie, l'histoire ou la littérature. 

Après des études de philosophie, le jeune Lévi-Strauss se tourne vers l'ethnographie, une discipline naissante en France.. Il pressent dans cette discipline la possibilité de concilier ses passions pour l'empirisme de la géologie et pour la philosophie de la nature, la psychanalyse et la pensée marxiste, tout en échappant à l'aspect répétitif de la philosophie universitaire. «J'entrevoyais le moyen de concilier ma formation professionnelle et mon goût pour l'aventure», écrira-t-il plus tard.

Lévi-Strauss s'installe au Brésil, pour devenir professeur de sociologie à l'université de Sao Paulo. Pendant les vacances universitaires de 1935, il part pour la première fois à la découverte de tribus indiennes du Brésil,  en s'enfonçant profondément dans la forêt amazonienne. Il racontera ses premiers séjours d'étude dans Tristes tropiques quelques années plus tard.

Juif français d'origine alsacienne, Lévi-Strauss perd son poste avec l'avènement du régime de Vichy. Exilé aux États-Unis, à New York, pendant la Seconde Guerre mondiale, il se consacre à la rédaction de sa thèse, «Les structures élémentaires de la parenté», qui paraît en 1949.

Lévi-Strauss compare les sociétés humaines non pas d'après leurs «performances» (puissance, économie, richesse...) mais d'après leurs structures mentales, ce qui interdit tout jugement de valeur et toute hiérarchisation. Ainsi, que nous appartenions à une société occidentale moderne ou à une tribu amazonienne, nos choix de vie sont orientés par  notre culture d'appartenance (préférences matrimoniales par exemple...). Nous «fonctionnons» de la même façon, que nous portions un costume-cravate ou un étui pénien.

Cette démarche de Lévi-Strauss est révolutionnaire

En 1952, Il écrit à la demande de l'UNESCO un petit essai incisif, Race et Histoire, qui met en coupe réglée les théories racistes. Il insiste dans ce texte sur la diversité des cultures humaines et leur tendance à chacune se considérer comme supérieure aux autres. Il récuse l'idée évolutionniste selon laquelle ces cultures seraient vouées à progresser par étapes, idée qui sous-entendrait que certaines seraient plus avancées que d'autres.

Au cours de ses nombreux voyages auprès de peuples dits «premiers», l'ethnologue s'est intéressé aux moindres aspects de leur vie en société, tous régis par des codes, qu'il s'agisse des recettes de cuisine, des règles de politesse, de l'usage des parures et des masques ou de la narration des mythes. Il a découvert des analogies entre des mythes amérindiens et grecs tout en restant prudent vis-à-vis de la notion d'universalité.

En 1955, la publication de Tristes Tropiques, qui frôle de peu le prix Goncourt, fait connaître les travaux de Lévi-Strauss au grand public. Dans ce récit de voyage aussi dense que passionnant, l'anthropologue ne s'en tient pas à ses séjours chez les tribus amérindiennes mais élargit son propos à l'Asie et l'islam...

Pierre Nora  définit cet ouvrage comme un «moment de la conscience occidentale».

 En appliquant la notion de structure aux phénomènes humains, Lévi-Strauss applique à l'ethnologie un mouvement de pensée apparu en linguistique au début du XXe siècle : le «structuralisme». Ce mouvement a été aussi illustré par le philosophe Michel Foucault, le psychanalyste Lacan et le sémiologue Roland Barthes.

L'anthropologie structuraliste devient dans les années 1960 une arme contre la tentation de voir dans l'Occident moderne l'aboutissement à ce jour le plus accompli de la civilisation. C'est ainsi que, dans La Pensée sauvage (1962), Lévi-Strauss bat en brèche les idées qui opposaient les «primitifs» incapables de conceptualisation et adeptes de la pensée magique, à la rationalité occidentale.

Membre de l'Académie française et docteur honoris causa de nombreuses universités de par le monde, du Congo aux États-Unis, Claude Lévi-Strauss a traversé le XXe siècle en y faisant résonner un message humaniste, mais avec une vision quelque peu sombre de l'avenir et dénoncé dès les années 1970 une mondialisation synonyme d'uniformisation.

En 2006, la création à Paris du musée du Quai Branly, dédié aux Arts premiers dans leur diversité, a été en quelque sorte l'aboutissement de son travail pour faire reconnaître la valeur de ces civilisations d'Afrique, d'Amérique, d'Océanie et d'Asie.

Il s'éteint à Paris donc à 101 ans ce 30 novembre 2009. Il aura traversé le XXème siècle en éclaireur de la conscience occidentale. Il faudrait relire Claude Lévi-Strauss. Il restera une figure incontournable et imposante, de l'histoire de la pensée.

En 2005, il constatait les ravages actuels de nos sociétés : la disparition effrayante des espèces vivantes. L'espèce humaine, dit-il,  vit sous une sorte de régime d'empoisonnement interne et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime ».

 Il aura pourtant tout fait pour nous aider à mieux le comprendre...

                            ...mais c'est une autre histoire !

 

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