Édito – Elle s’appelle Ahou Daryaei

par | 9 novembre 2024 | Edito

Elle porte une brassière violette et des socquettes blanches et s’appelle Ahou Daryaei, étudiante en  littérature française à Téhéran. Ce samedi 2 novembre, des agents de sécurité de l’université islamique Azad lui ont demandé de porter correctement son foulard. En signe de protestation, elle s’est mise à retirer ses habits et à déambuler dans les rues en sous-vêtements, pieds presque nus sur le bitume ensoleillé. Vous avez peut-être vu cette vidéo et ces images. (1)

Clara Degiovanni, journaliste décrit la scène (2) : « Ce qui frappe immédiatement, c’est le calme, voire la sérénité qui semble émaner de cette jeune femme, malgré la violente répression qui l’attend et dont elle doit être consciente. Elle n’a pas l’air en colère, elle ne sourit pas non plus. Son visage est neutre. Les personnes autour d’elle semblent tous ostensiblement ignorer sa présence. Elle continue d’avancer lentement, impassible et droite. En marchant dévêtue, l’étudiante témoigne de sa simple existence. Elle est une pure présence, quasi uniquement corporelle, qui ne dit et ne fait rien de spécial. »

La marche d’Ahou Daryaei est un acte d’émancipation solitaire et courageux. En déambulant presque nue, cette étudiante iranienne s’arrache à la condition qui lui est imposée. C’est bien un cri de détresse de sa part. Si ces femmes iraniennes sont l’objet de tant de violences, c’est parce qu’elles ne sont pas d’abord perçues comme des êtres humains.

Clara Degiovanni poursuit : »En se mettant à nu, elle montre au monde qu’elle est un être humain, qui existe non pour autrui mais pour elle-même, non comme objet, mais comme sujet. Et qu’il en est de même pour toutes les femmes » (…) «  La lenteur de la démarche, la simplicité de ses gestes, sa posture droite et même son silence ont fait de cette étudiante la calme représentation de la contestation féministe et de la lutte contre l’oppression de toutes les femmes. Sa simple présence au cœur de Téhéran a été une atteinte à l’ordre patriarcal. Seule, elle a pu incarner toutes les femmes qui aspirent comme elle à la liberté. Sans mot dire, par son simple corps, elle a bousculé tout un monde. »

Elle sera brutalement arrêtée par la police. D’après certains témoins, elle a été battue et placée dans un « hôpital psychiatrique ». Saurons-nous un jour ce qu’elle sera devenue ? Ne l’oublions pas !

(1) À visionner ICI

(2) Philosophie Magazine – novembre 2024

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