Apparemment en France il y a plusieurs campagnes électorales. Celle qui ouvre et qui ferme à date fixe, quelques semaines avant le vote, la campagne électorale officielle.

Celle plus sournoise qui se déroule quotidiennement, en « prime time », sur les plateaux télés. Cette dernière est sournoise parce qu’elle n’obéit à aucunes règles, à aucun contrôle, à aucun cadre, à aucune limite. C’est la campagne électorale souterraine.

Vu depuis Béziers, on se doute qu’au rythme frénétique des invitations du maire (plusieurs fois par semaine d’après le compte tweeter du principal intéressé) il y a de la disproportion dans l’air. Comment le maire d’une sous-préfecture de province, de 80 000 habitants, qui n’est ni chef de parti, ni ministre en titre peut cumuler autant d’exposition médiatique ?

Ce n’est sûrement pas le socle des 14 000 suffrages biterrois qui ont assuré sa réélection aux municipales qui donne cette notoriété nationale. Ce n’est pas non plus sa candidature à la magistrature suprême, puisqu’il n’est qu’un second couteau.

La réponse est ailleurs, forcément ailleurs. Une dizaine de chercheurs du CNRS spécialiste des médias, viennent de la donner dans une enquête relayée début février 2022 dans le quotidien l’Humanité.

Ces chercheurs étudient, scrutent et répertorient les contenus politiques de l’émission « Touche pas à mon poste » depuis la dernière rentrée scolaire jusqu’au mois de décembre 2021. Le verdict est sans appel : l’extrême droite y est comme à la maison. Avec 1,5 millions de téléspectateurs TPMP consacre 17 % de son temps d’antenne aux questions politiques.

Sur ces 17 % l’extrême droite utilise 53 % du temps d’antenne. Éric Zemmour à lui seul utilise 44 % du temps de l’extrême droite. La gauche toutes tendances confondues, utilise 12 % de ce temps d’antenne mais elle reste quand même deux fois plus représentée que la droite qui ne totalise que 5%. Les verts eux représentent carrément 1,8 %. L’autre gagnant du groupe de Vincent Bolloré c’est Macron qui est intervenu pendant l’entre deux tours de 2017 et qui a micro ouvert via ses ministres et affidés.

De là à penser que les plateaux du groupe Canal imposent, dans une campagne électorale qui ne dit pas son nom, un deuxième tour Macron / extrême droite il n’y a qu’un pas.

De là à penser que le maire de Béziers profite et utilise un effet d’aubaine, il n’y a qu’un pas.

Dans cette campagne électorale souterraine, le groupe Bolloré qui va racheter Hachette et plusieurs maisons d’éditions se dirige vers un quasi-monopole. On peut faire confiance à Bolloré pour utiliser ce quasi-monopole comme force de frappe idéologique. C’est sans doute pour cela qu’il vient de fidéliser son animateur vedette Cyril Hanouna au travers d’un contrat footballistique de 250 millions d’euros sur 5 ans.

Finalement une question demeure.  Maintenant que la supercherie est éventée faut-il continuer à accepter et à subir ces règles du jeu ?

 

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