Allemagne années 1930, naissance du libéralisme autoritaire (5)

par | 24 juin 2023 | Enquête

Dans un chapitre de son livre, intitulé : « l’impasse d’une stratégie », Grégoire Chamayou, mesure les effets des réformes engagées par les libéraux autoritaires en Allemagne. La comparaison avec notre actualité est frappante.

En 1932, les orientations économiques et politiques de Schmitt sont appliquées depuis plus de 2 ans par le régime présidentiel allemand. Pourtant ce même Schmitt continue de dénoncer le règne d’un parlementarisme tout puissant qui serait la cause des malheurs de la nation.

Dans la réalité, au crépuscule de la république de Weimar le tableau d’un État tombé sous le joug d’une démocratie excessive relève de la fiction.

Les descriptions catastrophiques de Schmitt sont une fiction politique qui vise à promouvoir la victoire totale des thèses libérales autoritaires.

Les juristes de gauche attirent eux l’attention sur la mise à l’écart du parlement au profit du gouvernement.

Ils pensent que le péril ne vient pas, comme Schmitt aime à le faire croire, d’une démocratisation excessive, mais au contraire d’un autoritarisme grandissant.

Le discours de Schmitt aux patrons allemands est un appel à la radicalisation du libéralisme autoritaire.

La logique politique de Schmitt est une logique « césariste ».

Le marxiste italien Gramsci caractérisait cette logique de « césariste et bureaucratique ».

Il évoquait un projet d’autonomisation répressive de l’appareil d’État au-dessus et contre une société organisée et divisée en partis, ou, pour reprendre les mots de l’antifasciste italien : d’un gouvernement agissant « comme un parti », tout en se plaçant « au-dessus des partis (. . .) pour les désagréger et pour avoir une force de sans-partis liés au gouvernement par des liens paternalistes de type bonapartiste et césarien ».

Gramsci nous dit que la stratégie des libéraux autoritaires consiste à dictatorialiser le pouvoir d’État de l’intérieur, sans prendre appui sur un parti de masse.

La carte de l’État contre les partis est aussi jouée parce que les partis du « bloc bourgeois » ont fondu comme neige au soleil.

Au moment où en France, Macron gouverne à coup d’ordonnances et où le parti référence du bloc bourgeois, LR, est en perdition. Le parallèle est tentant.

Pour Gramsci toujours, le talon d’Achille de ce libéralisme autoritaire est d’être dépourvu d’un soutien de masse.

N’ayant ni parti, ni mouvement, ni soutien populaire, il ne lui reste plus que l’État dans son plus simple appareil.

Dans une telle configuration, les options tactiques pour se maintenir au pouvoir sont limitées.

Il est possible de chercher à cisailler les forces oppositionnelles rivales en détachant des fractions à gauche et à droite. Il est possible de chercher à les agréger dans des coalitions trans partisanes.

Mais cela ne dure qu’un temps. À terme il faut construire un parti de masse ou leur laisser la main.

Les politiques économiques ultra libérales empêchent de construire un parti de masse. Chamayou, en liste les raisons :

  • Les politiques économiques vont à l’encontre des intérêts de 90 % de la population,
  • Le rétrécissement de son assise politique explique son raidissement autocratique,
  • La foi placée dans les ordonnances isole et déconnecte,
  • Pour être fort politiquement il faut susciter un assentiment large.

Pour toutes ces raisons, le libéralisme autoritaire apparaît comme une forme précaire, comme un moment transitoire. Il est appelé à passer la main : à gauche où à droite.

En 1932, Heller nous dit qu’une crise politique intense peut soit se muer en situation révolutionnaire, soit se muer en « communauté raciale autoritaire ».

Socialisme ou barbarie telle était et reste l’alternative.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

[sibwp_form id=1]

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

Le mot de Thierry Mathieu

2026, une année de vérité.  2025 aura été une année particulièrement rude. Dans le monde, les conflits se sont installés, les tensions se sont durcies. En France, les repères se sont brouillés, l’avenir s’est assombri. À Béziers, beaucoup ont vécu une année...

Assemblée Générale Ordinaire – Fote

Bonjour à toutes et tous, L'équipe de Fote et moi-même avons le plaisir de vous convier à l'Assemblée Générale Ordinaire de l'association. Celle-ci se tiendra le samedi 31 janvier à 10h. Un accueil café sera proposé dès 9h30 pour démarrer la journée.  L'ordre du...

Municipales : invitation café débat

Le printemps de Béziers vous invite à participer à un café débat sur les mobilités Mardi 13 janvier 2026 à partir de 18 h 30 dans son local de campagne au 58 avenue Georges Clemenceau à Béziers Le débat sera suivi d'un moment convivial autour d'une collation Printemps...

Le vivant qui se défend, encore et toujours

A part la sauvegarde de la moule perlière de l'Arn, le quart de siècle écoulé fut rude contre  le vivant dans la Vallée.  Pour sapiens sapiens d'abord. Les cancers dus au mevinphos et à l'anirex ont frappé en masse les paysans qui utilisaient ces pesticides...

Au bout du fil de la presse libre

Attention un média peut en cacher un autre

Off investigation recrute des plumes d'extrême droite... et assume (Street Press)

Soutenez plutôt

Hors-série "Résister aux nouveaux fascismes" avec Salomé Saqué, journaliste à Blast (Socialter)

 

 

 

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1051760
Total Users : 1051760

mardi 13 janvier 2026, 23:43

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers