Cet article, paru en octobre 2025, comportait quelques erreurs, ici corrigées.
Le Haut Languedoc se distingue par l’abondance historique, jusqu’à nos jours, de sa ressource hydrique, avec un maillage dense de cours d’eau, de sources et de zones humides. Cette disponibilité en eau a suscité l’intérêt de plusieurs industriels de l’embouteillage. À ce jour, trois usines exploitent des forages dans le secteur des Monts de Lacaune : La Salvetat (Danone), Mont Roucous (Nerios) et Fontaine de la Reine (entreprise indépendante).
En novembre 2023, et pendant plusieurs semaines durant l’hiver, la commune de Lacaune (81) a été contrainte d’approvisionner en eau potable le hameau de Sagnens, situé à seulement 1,5 km du captage de Mont Roucous. Cette situation s’est répétée en août 2025, où les habitants de ce même hameau ont fait l’objet d’un arrêté municipal de restrictions d’usage, notamment en ce qui concerne l’arrosage des potagers.
Cet arrêté, qui ne mentionne à aucun moment le minéralier, témoigne du traitement inégalitaire entre particuliers et industriels en matière de restrictions d’usage de l’eau en période de crise. Et il traduit, de fait, un affaiblissement manifeste de la ressource, y compris sur la zone étendue d’exploitation de l’usine Mont Roucous. En cet automne 2025, on observe que les sources et ruisseaux du secteur sont à un niveau historiquement bas.
Dans ce contexte l’audition — au Sénat en août — de Jean-Claude Lacaze, président de Nerios Groupe — propriétaire des eaux de Mont Roucous — et de Didier Ramos, son directeur général a inquiété les associations environnementales et les riverains.
Le directeur avoue qu’un des captages asséchait un ruisseau et qu’il en avait déclaré un autre sur des terrains de l’ONF. Dans un courrier, adressé en septembre, France Nature Environnement — Occitanie Pyrénées lui pose cette question, sans réponse à ce jour : votre décision de fermer le captage considéré comme ayant, semble-t-il, une incidence directe en particulier sur le ruisseau de Sagnens, est-elle la seule explication de vos difficultés récentes d’approvisionnement des circuits commerciaux ?
D’autant qu’une étude hydrologique confiée au BE Calligée de Toulouse a récemment été menée en vue de prélèvements supplémentaires sur un ruisseau de ce même hameau de Sagnens. Les résultats sont encore attendus, mais cette démarche témoigne de la pression croissante exercée par l’industriel (200 000 mètres cubes d’eau/an) sur une ressource déjà fragilisée et insuffisante pour les besoins des riverains.
Autre précision, lors de l’audition : l’usine utilise des filtres de 0,45 micron, filtres a priori interdits lui répond la commission, mais que les dirigeants disent n’utiliser que pour filtrer… le sable !!
Publicités mensongères ?
Le manque de bouteilles dans les rayons de supermarchés serait dû au succès des ventes eau de Mont Roucous. Ce que précise un communiqué de l’usine.
Sur son site internet, on peut lire « L’eau minérale naturelle est pure, préservée de toute pollution humaine grâce à un important périmètre de protection et un environnement exceptionnel ».
Or, cinq éoliennes sont implantées dans le massif boisé environnant, dont l’une d’elles, avec son socle de 600 tonnes de béton et ses 600 litres d’huile de lubrification se situe à environ 250 mètres à peine du périmètre de protection rapprochée du captage défini par arrêté préfectoral en décembre 2023.
Dès 2017, l’association tarnaise Calelh avait alerté : « ces installations peuvent modifier les circulations d’eaux souterraines en particulier dans les zones de granit et de gneiss (cas du Mont Roucous) où l’eau pénètre par des fissures ouvertes dans la roche de surface et où son stockage se fait à une profondeur variant de 10 à 100 mètres. Le risque hydrogéologique est induit par la nature des travaux en surface (décapage des sols sur plusieurs hectares pour les zones de desserte des éoliennes) et en profondeur (fondations en béton armé de plusieurs centaines de mètres cubes) ainsi que par les caractéristiques de fonctionnement des éoliennes (vibrations, déformation des sols) ».
Emplois et taxes, les arguments récurrents des élus pour ne pas bouger
À Lacaune, siège de l’entreprise, l’usine fait travailler une cinquantaine de salariés (selon Mont Roucous). Le maire, Robert Bousquet explique : « Nous ne pouvons qu’être favorables à un prélèvement supérieur. C’est une mine d’or pour nos emplois et pour nos finances. Nous touchons la surtaxe d’eau minérale, en fonction de leurs ventes. Cela représente autour d’1,1 à 1,2 million d’euros ». Sur six millions d’euros, c’est donc près de 20 % du budget annuel de la ville de Lacaune qui dépend du producteur d’eau.
Le maire de Lacaune, n’est pas à une contradiction près : il restreint l’eau par arrêté et il assure que « Mont Roucous pourrait prélever davantage, sans conséquence sur la ressource et les agriculteurs » !
L’association Calelh s’insurge : « La gestion de l’eau ne peut plus reposer sur les logiques du passé. Elle exige une responsabilité collective et un effort partagé entre tous les acteurs du territoire : industriels, agriculteurs, forestiers, collectivités et citoyens.
Face à l’urgence climatique, les choix d’aménagement et d’exploitation doivent impérativement intégrer la réalité du terrain et la raréfaction de la ressource. Une gestion concertée, transparente et avec tous les acteurs, respectueuse des équilibres naturels et des besoins des générations futures, s’impose dès aujourd’hui ».
Autant d’enjeux autour de la ressource en eau, au cœur d’un Parc naturel régional celui du Haut Languedoc ; or malheureusement le projet de nouvelle Charte 2028-2043 n’inscrit pas assez de contraintes pour assurer la protection de ce patrimoine naturel !
(1) Le groupe agroalimentaire toulousain Nerios Groupe (siège social à Toulouse), qui exploite l’eau minérale naturelle Mont Roucous dans le Tarn, est également propriétaire de la source dans les Alpes, Rosée de la Reine, du restaurant La Pergola à Bruguières (Haute-Garonne) et actionnaire des bonbons Grisettes de Montpellier.
(2) Entre autres, Calelh et France Nature Environnement Méditerranée Pyrénées qui attendent des réponses des dirigeants de l’usine sur ces questions demandent aussi l’historique des prélèvements ainsi que les autorisations préfectorales.































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