Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la gauche italienne dans ses deux principales composantes (Parti socialiste italien et Parti communiste italien) a été une des plus puissantes d’Europe. Aujourd’hui cette gauche est inexistante ravalée dans un centrisme qui ne déplairait pas à Macron. Bilan d’un désastre prévisible.

Le 2 juin 1946, un référendum valide le choix du peuple Italien de mettre fin à une monarchie directement responsable : de la montée du fascisme, de l’installation d’une dictature, d’une guerre impérialiste et d’une guerre civile.

Le 22 décembre 1947, une nouvelle charte constitutionnelle est promulguée. Elle entre en vigueur le 1er janvier 1948. Cette constitution novatrice, démocratique va cependant enfermer la gauche italienne dans un cadre d’échanges et de compromis qui finalement va la transformer, la droitiser.

Trop démocratique pour la droite réactionnaire et l’extrême droite cette constitution n’est pas celle des conseils d’usine, de l’autogestion et de la démocratie directe. Elle est pensée comme un cadre d’échange censé reconstruire le pays à froid, sans tensions, sans luttes, par la négociation.

Dans les années 1960 le PCI est omniprésent en Italie. A la pointe de l’Eurocommunisme il théorise en Italie une phase d’accumulation primitive qu’il appelle « démocratie progressive » entre capitalisme et socialisme.

De cette lente conquête de l’appareil d’état dépend pour lui l’instauration du socialisme.

À la fin des années 1960, une extrême gauche puissante conteste l’hégémonie du PCI dans la rue et dans les entreprises. Cette radicalisation profite au mouvement ouvrier :

  • Une réforme progressive des retraites est mise en place en 1968 / 1969,
  • Les 7 zones salariales qui divisaient le pays dans lesquelles étaient appliqués des salaires différents sont abolies en 1970,
  • Une échelle mobile des salaires qui protège de l’inflation est arrachée en 1975,
  • Au niveau sociétal la loi sur le divorce date de 1970, la réforme fiscale et la réforme de la santé toutes deux progressives datent de 1975,
  • La même année le droit de vote à 18 ans est accordé et l’égalité des droits entre hommes et femmes est votée.
  • La loi sur l’interruption de grossesse et l’abolition des asiles entre en vigueur en 1978.

Vers la fin des années 1970, au moment où l’extrême gauche italienne s’enfonce dans la violence et n’offre pas de débouché politique, la bourgeoisie commence à remettre en cause les acquis sociaux. Elle cherche à prendre sa revanche.

Bizarrement elle va rencontrer le soutien passif des syndicats et des partis de gauche.

L’attaque la plus emblématique a lieu à la FIAT de Turin. Elle commence à l’automne 1979, se concrétise en septembre 1980. En 1979, 61 ouvriers et délégués sont licenciés pour faits de grève. En 1980, plusieurs milliers sont renvoyés. La lutte massive des salariés de la FIAT se finalise par la signature d’un accord qui permet le licenciement de 22 000 travailleurs.

Dans les années 1990, l’offensive capitaliste libérale se développe dans toute l’Europe. Les gouvernements sociaux-démocrates deviennent sociaux libéraux. Les syndicats se subordonnent à ce processus de régression.

L’échelle mobile des salaires attaquée dès les années 1980 est abolie en 1992. Un accord entre gouvernement, syndicats et confédérations patronales entérine ce recul.

En 1993, un accord qui limite les revendications salariales à la seule inflation est signé par les mêmes partenaires.

En 1995, le droit à une pension de retraite décente est attaqué par un gouvernement de centre gauche il est accepté par les syndicats.

En 2003, Berlusconi met en place une cinquantaine de contrats précaires. Le gouvernement de centre gauche qui suit confirme le contenu de la loi.

En 2011, le recul de l’âge de départ à la retraite est voté par un gouvernement de centre gauche.

En 2012, l’équilibre budgétaire est constitutionnalisé.

Le désastre de la gauche Italienne n’a donc rien de « mystérieux » c’est une lente descente aux enfers du libéralisme.

Pendant plusieurs décennies la gauche Italienne a favorisé ou cautionné le démantèlement de l’état social, plus largement remis en cause les conquêtes ouvrières.

À la différence de la France, elle a participé à des gouvernements de coalition où elle était minoritaire, elle s’est largement discréditée au point d’incarner au travers du Parti Démocrate une sorte de macronisme.

Quand elle était majoritaire elle s’est fourvoyée dans une gestion consciencieuse des intérêts du capitalisme.

À la différence de la France, il n’y a pas d’accord électoral radical de type NUPES qui puisse présenter une alternative.

La première conséquence de cette dérive est la captation actuelle du mouvement social par l’extrême droite.

Il existe bien sûr une place pour une gauche radicale en Italie, mais cette reconstruction passera forcément par une unité dans les urnes et dans les luttes !