Fascisme local, fascisme national (4). Créer un, deux, trois ennemis

par | 26 octobre 2025 | Extrême droite

À Béziers, comme à Paris, le fascisme peut s’installer sans le bruit assourdissant des bottes.

On ne devient pas fasciste sans avoir un ennemi, pour s’imposer, le fascisme doit d’abord s’opposer.

Les démocrates pensent qu’il est légitime que des opinions différentes existent. Ils n’appellent pas leurs antagonistes « ennemis », mais « opposants ».

En démocratie, personne n’empêche son opposant d’exprimer ses idées et de demander l’approbation du plus grand nombre. L’opposant est quelqu’un qui peut accéder au pouvoir.

Cette tendance de fond démocratique est très utile au fascisme. C’est pourquoi il prend soin de ne pas affirmer ouvertement qu’il est fasciste.

Les démocrates, surtout de gauche, souhaitent que le fascisme n’existe plus, qu’il appartienne au passé et qu’il ne revienne pas. Partant de là, ils ignorent tous les signaux qui montrent qu’il est toujours là.

Ils désignent les fascistes comme des « réactionnaires » des « nationalistes ». Ils se refusent à employer le mot « fasciste », car ça pourrait réveiller de vieux fantômes.

C’est regrettable, car pour les fascistes se faire passer pour un opposant n’est utile que pour pénétrer le système.

Une fois à l’intérieur ils peuvent tomber le masque et désigner des ennemis.

À la différence de l’opposant, l’ennemi n’a pas besoin d’avoir une identité précise, ou même un nom. Il peut être représenté par des catégorisations floues et générales telles que : « immigrés », « islamistes », « droits de l’hommiste », « wokistes », « féministes », « écologistes » . . .

À Béziers, le maire utilise abondamment ces catégorisations.

Pour que le glissement sémantique de l’opposant vers l’ennemi soit efficace, il faut abandonner les subtilités langagières et opter pour un discours qui parle soi-disant « vrai ».

Parler vrai pour un fasciste c’est énoncer des soi-disant « vérités » qui ne peuvent être contestées : « les arabes volent le pain des français », « tous les immigrés sont des violeurs et des voleurs », « les immigrés viennent en France pour se faire refaire le nez », « tous les musulmans sont des terroristes » . . . 

Transformer un individu en un groupe anonyme permet alors de le transformer en ennemi et de le comparer à un animal : parasite, porc, bonobo, vermine, cafard . . .

Quand cela suscite l’indignation, les fascistes disent que c’est une blague, voire que les démocrates n’ont pas d’humour.

Les fascistes s’indignent bien sûr de toute généralisation à leur encontre. Si un des leurs prend un fusil et tire sur des gens dans la rue, c’est un électron libre qui ne reflète pas la norme.

Dans ce jeu rhétorique, un blanc qui viole une femme n’est représentatif que de lui-même, alors qu’un immigré noir le sera de tous les Noirs et de tous les immigrés.

Cette façon de parler de l’ennemi dispense de tout dialogue.

Le fasciste s’évertue à saper constamment la possibilité d’un dialogue avec la catégorie choisie, car il lui faut convaincre que sa culture et celle de l’ennemi sont irréconciliables, qu’il est inutile d’entretenir le dialogue.

Certains fascistes sont adeptes de la théorie du complot. Ils assimilent l’ennemi à un pouvoir caché, inaccessible, mal défini, qui veut notre perte.

Un des moyens modernes de transformer des ennemis fragiles en menaces, de donner l’impression d’être encore plus fragiles. C’est de mettre ces fragilités en compétition.

Mettre ces fragilités sur un pied d’égalité, supposerait de s’attaquer à un système, le capitalisme, ce que ne fera jamais le fascisme.

Leur projet est simple, plus les gens se sentiront victimes et menacés, plus ils s’uniront pour se défendre et se tourneront vers un chef pour les guider et les protéger.

Ils lui enverront alors un message messianique : « sauvez-nous ! »

C’est le rendez-vous de la semaine prochaine.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

Assemblée générale Cuisine d’Ailleurs

Assemblée générale Mercredi 22 avril à 17h Cher.es ami.es de Cuisine d'ailleurs, vous êtes chaleureusement convié.es à notre Assemblée générale, mercredi 22 avril prochain à 17h à la Cimade. Pour en savoir plus sur les actions de Cuisine d'ailleurs, voici...

Programmez Tantura, le film sur la Nakba

­  15 mai 2026­Journée de commémoration de la Nakba­­ Organiser une projection-débat­ ­ Organisez une soirée projection-débat de Tantura autour du 15 mai, journée de la Nakba­Ce jour-là, les Palestiniens commémorent la Nakba. Tantura donne la parole à celles et...

Cinémutins

Salut,La curiosité. Les gens qui en ont se plaignent toujours de ceux qui n’en ont pas.Ceux qui n’en ont pas ne savent même pas ce que c’est.C’est curieux, non ?La curiosité, ça se travaille. Depuis des années, on réfléchit à tout faire pour attirer l’attention...

Fuites à la CCHL : dégât des hauts le cœur et bas les masques !

Le conseil communautaire du Haut-Languedoc (CCHL), s'était donc réuni  mardi 31 mars 2026 pour élire son  président et les vice-président-e-s. Robert Bousquet, maire de Lacaune et unique candidat à la présidence de la CCHL a été élu, avec les voix de 30 des...

Au bout du fil de la presse libre

Des médias et des penseur·euses pour s'armer contre l'extrême droite

A lire : Comment le fascisme gagne la France, De Macron à Le Pen Ugo Palheta, 2025, La Découverte

Ugo Palheta : "Les fascistes nous veulent déprimés, sidérés et isolés : la réponse, c'est l'action collective" (Socialter) 

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1089140
Total Users : 1089140

dimanche 26 avril 2026, 1:46

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers