Au début du web, l’extrême droite s’est rapidement engouffrée dans ce qu’elle avait identifié comme un espace où ses idées pouvaient circuler plus facilement que dans le monde médiatique institutionnel. Cette propagation médiatique va se faire grâce à l’émergence d’individus et de véritables start up identitaires.
(1). Le web facho : Alain Soral, l’initiateur
Né Alain Bonnet en 1958, le franco-suisse Alain Soral a tour à tour :
- milité brièvement au Parti communiste français avant d’embrasser la cause de l’extrême droite
- co-signé en 1984 un best-seller sur la mode « Les mouvements de mode expliqués aux parents »
- grenouillé dans les milieux du journalisme chic-provoc « Entrevue, 20 ans »,
- fait l’éloge de la misogynie en 2000 à la télévision dans l’émission « C’est mon choix » animée par Évelyne Thomas
- réalisé un film sexiste, homophobe, vulgaire en 2001, film inspiré de ses années de « dragueur de rue », qu’il nomme « Confession d’un dragueur ».
Compagnon d’autoroute du Front national, il siège au comité central du parti de Jean-Marie Le Pen. Il souhaite être tête de liste aux européennes de 2009, mais voit ses ambitions électorales torpillées en interne.
À partir des années 2010, il devient un acteur majeur de la « fachosphère » en lançant la plateforme « Égalité et réconciliation ». Cette association devient un site web où Soral peut déverser ses logorrhées antisémites sans le filtre des médias traditionnels.
Soral va comprendre très vite qu’il peut exister/s’imposer à travers un autre moyen que la télévision.
Ajoutée à un sens aiguisé du marketing cette nouvelle façon de propager ses idées va lui donner une avance dans l’écosystème naissant de la fachosphère.
Autre particularité, il attire de nombreux adeptes qui vont devenir ses disciples.
La plupart finiront par se brouiller avec Soral et quitter le navire « Égalité et Réconciliation ».
Cette expérience n’en demeure pas moins une matrice pour toute une génération.
Les journalistes de « Streetpress », Mathieu Molard et Robin D’Angelo, auteurs du livre : « Le système Soral. Enquête sur un facho business », Calmann-Lévy 2015, estiment que la fréquentation mensuelle du site en 2015 recueille près de 7 millions de visiteurs uniques, ce qui en faisait alors l’un des plus gros sites politiques français.
Après un net déclin à la fin des années 2010 (2 millions de vues mensuelles quand même !), la plateforme est doublée par l’explosion des réseaux sociaux.
À la faveur de la pandémie de Covid-19 et des confinements successifs, Soral fusionne antisémitisme et complotisme et surfe sur la fragilisation collective.
Ce regain de popularité semble le stimuler, il appelle ses lecteurs à prendre les armes en mai 2020 en déclarant : « Un M16, c’est plus efficace pour exiger ses droits démocratiques qu’un gilet jaune ».
Le 11 septembre 2025, à la suite de « dérapages » successifs, il écope d’une peine de prison d’un an ferme sans aménagement et de 4000 euros d’amende.
Exilé en Suisse, il n’a pas assisté à son procès. Il a depuis trouvé refuge en Russie.
Cet article est une recension du livre de Thomas Rozec « La mytho des fachos » paru aux éditions Binge en mai 2026. Je vous en recommande vivement la lecture et l’achat.
Sur le même sujet, je vous recommande la lecture et l’achat de « La Fachosphère, comment l’extrême droite remporte la bataille d’internet », paru chez Flammarion en 2016.
Ainsi que « Pop fascisme, comment l’extrême droite a gagné la bataille culturelle en ligne » paru chez Divergences en 2024.




























