Sur l’île de Rügen, en Allemagne, face à la mer Baltique, à 300 kilomètres au nord de Berlin, les nazis ont construit un mur de béton de 4,5 kilomètres de long. Ils voulaient y loger 20 000 ouvriers pendant leurs congés payés dans un lieu baptisé Prora.
Prora fut planifiée entre 1936 et 1939 comme station balnéaire expérimentale par le nazisme au pouvoir.
Prora, c’est huit blocs symétriques et identiques, longs de 500 mètres chacun, tous alignés face à la mer Baltique.
Construits à l’initiative du syndicat unique et obligatoire du « Front allemand du travail » par une de ses succursales nommée « Kraft durch freude » que l’on peut traduire par « la force par la joie ».
Cette succursale proposait des loisirs de masse à plusieurs millions de salariés allemands.
Proposait, mais à condition d’avoir un certificat d’aryanité, de ne pas avoir épousé un ou une non-Aryen, de ne pas avoir d’enfant handicapé.
Le directeur de « Kraft durch freude », Robert Ley, est à l’initiative du projet, il se vantait qu’Adolf Hitler lui avait demandé de construire « la plus grande cité balnéaire du monde ».
Cinq autres stations balnéaires du même type devaient être construites.
À Prora, 20 000 « vacanciers » devaient être logés dans 10 000 chambres. Toutes taillées sur le même modèle, 2,25 m x 4,75 m, ces chambres ne pouvaient loger que deux personnes. Les installations sanitaires se trouvaient dans les cages d’escalier. Toutes les chambres étaient équipées de haut-parleur. Les toilettes et les douches étaient communes.
Cette exiguïté était volontaire, elle visait à diriger les « vacanciers » vers les gigantesques lieux communs prévus pour des activités encadrées.
Les repas étaient organisés dans dix salles géantes pouvant accueillir 1 000 personnes chacune.
Les activités sportives et plus généralement les loisirs se faisaient systématiquement en groupe.
Le nazisme aimait la foule, mais se méfiait des isolés.
En 1938, dans la perspective de l’arrivée des premiers « vacanciers », la ville voisine de Binz (lieu de villégiature prisé de la bourgeoisie juive) fut déclarée « Judenfrei », c’est-à-dire vidée de sa population juive.
En 1939, l’éclatement de la Seconde Guerre mondiale bouscule la finalisation du projet. Le chantier s’arrête. Le projet est quand même inauguré le jour anniversaire de l’interdiction des syndicats libres par les nazis.
Sur les 8 blocs de béton prévus, 4 seulement sont totalement achevés.
En 1944, le site est capturé par l’Armée rouge qui tente de le détruire. La structure étant trop massive, la destruction de Prora est abandonnée, ce qui explique que les bâtiments sont toujours debout.
Face à cette conception orwellienne des congés payés, si certains de vos amis et parents hésitent à glisser un bulletin Le Pen dans les urnes aux présidentielles de 2027, vous pouvez leur raconter comment les congés payés étaient envisagés sous le nazisme.



























