( M épisode 16 ) Mai 1921 : alliance électorale entre les libéraux et les fascistes

par | 10 décembre 2022 | Extrême droite

« Les libéraux ne peuvent pas, au risque de se suicider totalement en tant que parti, se fondre moralement avec ceux qui (comme les fascistes) affirment, exaltent et pratiquent la violence en tant que principe de vie et de lutte sociale ».

« Aux libéraux », La Stampa, 29 avril 1921

Le dernier obstacle est tombé. Dans les colonnes du Corriere della Sera, le sénateur Luigi Albertini, propriétaire et directeur du journal de la bourgeoisie libérale, invite les lecteurs à se boucher le nez face à l’alliance nauséabonde qu’ont nouée libéraux et fascistes.

Mussolini voit enfin le fascisme souillé de sang se hisser dans l’hémicycle du parlement.

Deux jours plus tôt encore, le même Albertini opposait avec ténacité son véto à l’entrée des fascistes dans les « blocs nationaux ».

Le 7 avril 1921, le jour même de la dissolution des chambres, les membres du Comité central des Faisceaux ont voté l’adhésion aux « Blocs » du président du conseil Giolitti.

Giolitti a un plan : brider l’illégalité fasciste, considérée comme un phénomène passager, en l’entravant dans le cadre constitutionnel. Mussolini dispose d’une parade : susciter le désordre pour montrer que lui seul est en mesure de ramener l’ordre.

Déchaîner les squadristes d’une main et les retenir de l’autre.

Cela nécessite un sortilège hypnotique permettant de faire et défaire, d’affirmer une idée et son contraire, de se persuader de la véracité d’une chose qu’on pressent fausse. Il faut une double pensée.

Les squadristes, bien entendu ne se prêtent pas à ce jeu. Ils sont violemment antiparlementaires. S’étant imposés hors de l’enceinte du Parlement, ils se moquent d’avoir dix ou cinquante députés fascistes.

Le Duce les rassure : rien n’a changé, on ira maintenant au Parlement en critiquant le Parlement.

Une seconde manœuvre s’impose. Il faut empêcher l’opinion publique, effarée, de confondre la violence fasciste avec celle des rouges. D’où la tactique de la « douche écossaise ». Enflammer d’une main et refroidir de l’autre. Ainsi, tandis que le fondateur des Faisceaux exalte les représailles violentes contre la barbarie socialiste, le directeur du Popolo d’Italia, prend position contre la violence.

En avant la double pensée.

La violence, voyez-vous, a cela de beau : elle est à la fois poison et antidote.

Le mal et le remède sont la même substance administrée à des doses différentes.

Du reste, n’est-il pas vrai que Pasteur a vacciné des chiens contre la rage en leur injectant de la moelle épinière de lapins infectés ?

En ce lendemain d’élections, les données qui parviennent du ministère de l’Intérieur sont incontestables.

Les socialistes sont en recul, mais moins que prévu, puisqu’ils demeurent le premier parti du pays avec 25 % des voix, laissant ce qu’ils perdent aux communistes à 3 %, ou aux républicains, qui atteignent les 2 %.

Les partis du Bloc national arrivent à 47 %.

C’est donc indéniable les fascistes sont les vainqueurs de ces élections de mai 1921.

Giolitti, le vieux renard, le faiseur de pluie, la vieille putain, voulait les apprivoiser ? Eh bien, il les a légalisés. Il voulait les utiliser pour hâter l’effondrement des socialistes, écrasés par leurs gourdins, et renforcer ainsi son gouvernement ? Il devra à présent faire face à un Parlement ingouvernable, car fragmenté en partis incompatibles.

Mussolini est député. Son heure approche, l’heure de tous, l’heure de la vengeance. Certes, c’est grâce à l’argent des propriétaires terriens qui avaient affamé son enfance, sous l’égide de Giolitti, aux côtés des ennemis de son peuple, et de sa jeunesse, qu’il a gagné.

Reste qu’il a gagné.

( Extraits de lecture du livre d’Antonio Scurati ‘’M’’ l’enfant du siècle aux éditions Les Arènes )

Chaque mardi en exclusivité sur EVAB, vous avez rendez-vous avec la série ‘’M’’ qui va vous faire revivre les évènements qui ont fondé le fascisme en Italie, au siècle dernier.

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

Canicule : construire des sociétés robustes avec les biorégions.

La canicule n’est pas une parenthèse météorologique. Elle est un symptôme du monde instable dans lequel nous entrons. Elle tue, souvent plus qu’on ne le mesure sur le moment, et met sous tension l’eau, l’agriculture, l’énergie, les hôpitaux, les logements, les...

Les cheminots ne sont pas les pions du Rassemblement National !

Nous avons pris connaissance de la publication de Mme Stéphanie Galzy, députée Rassemblement National de l’Hérault, qui prétend défendre les chefs de bords de la SNCF en les opposants aux conducteurs, notamment sur la question des retraites. SUD Rail...

Communiqué de la Fédération de l’Hérault de la Libre Pensée

La Fédération de la Libre Pensée de l'Hérault se félicite du retrait du logo de la Mairie de Montpellier de la présentation de la journée de Jérusalem.  Ce retrait est le résultat non pas de la volonté du Maire, qui soutient Israël depuis le début et organise le...

Nouvelles ADRVA

Chers adhérents (es), amis (es) et sympathisants (es) de l’ADRVA, Un petit mail pour vous donner quelques bonnes nouvelles pour notre quartier et notamment son patrimoine. Suite à notre forte mobilisation en 2025 pour le classement de la Villa Antonine au titre des...

Au bout du fil de la presse libre

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1109822
Total Users : 1109822

vendredi 3 juillet 2026, 23:52

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers