« En moi luttent deux Mussolini, l’un qui n’aime pas les masses, l’individualiste ; l’autre absolument discipliné. Il se peut que j’aie lancé des mots durs, cependant ils ne critiquaient pas les milices fascistes, ils s’adressaient à ceux qui entendaient assujettir le fascisme à des intérêts privés, alors que le fascisme doit être le gardien de la Nation ».

Mussolini discours au troisième congrès des faisceaux, 8 novembre 1921

Dans la salle de l’Augusteo, à Rome, la mer noire des fascistes venus de l’Italie entière, s’est partagée en factions autour de leurs chefs respectifs. Les factions « exterministes » de la vallée du Pô, de la Toscane, de l’Ombrie, de la Vénétie et des Pouilles, qui ont rejeté la paix voulue par le fondateur, sont apparemment majoritaires. La désespérée de Florence, l’une des escouades les plus tristement célèbres, se distingue par son uniforme étincelant avec deux flammes au col de la chemise et, surtout, un crâne de mort blanc sur fond noir. On dirait une de ces étiquettes qu’on colle sur les flacons de teinture d’iode : « Attention, ne pas avaler, danger de mort ».

Les premiers affrontements de rue se sont produits à l’arrivée des trains spéciaux, l’accueil des Romains a été partout hostile. Les squadristes des provinces se disent écœurés par la grande ville qui les a accueillis froidement.

C’est dans cette atmosphère que Mussolini monte à la tribune. A son arrivée, les applaudissements ont été contenus, alors que Dino Grandi, le chef des rebelles a reçu une ovation.

Les squadristes, qui bondissent, vibrent et bouillent, ignorent que les deux rivaux se sont rencontrés en secret la veille et que Mussolini a troqué le pacte de pacification contre la fondation du parti fasciste. L’accord avec Grandi est presque conclu, et la paix avec les socialistes enterrée. Reste à établir selon quelles modalités fonder le parti.

Quand il prend la parole, Mussolini se montre sûr de lui. Souriant, jovial, il se balance sur ses jambes. Comme d’habitude, l’orateur donne le meilleur de lui-même en alternant flatteries et menaces.

Avec un de ses habituels bonds d’acrobate, Mussolini a renversé les pronostics. Le pacte de pacification qui divisait l’assemblée est déjà enterré, sacrifié. Il n’y a plus de contentieux. Il suffit que les squadristes approuvent le parti, et la concorde reviendra par enchantement parmi les frères d’armes.

Le Parti national Fasciste est né.

Tandis que les squadristes du Nord, échappant au contrôle des chefs politiques, déclenchent des combats dans les ruelles des quartiers populaires de Rome, les fondateurs du Parti National fasciste, Mussolini en tête, s’attardent plus d’une demi-heure à genoux sur le marbre de la tombe du soldat inconnu.

Que ce soit bien clair : la politique se mue en religion.

 

( Extraits de lecture du livre d’Antonio Scurati ‘’M’’ l’enfant du siècle aux éditions Les Arènes )

 

Chaque mardi en exclusivité sur EVAB, vous avez rendez-vous avec la série ‘’M’’ qui va vous faire revivre les évènements qui ont fondé le fascisme en Italie, au siècle dernier.