« La tentative de freiner, d’arrêter ce mouvement de désintégration n’est pas réactionnaire pour la raison qu’elle tente de sauvegarder les valeurs fondamentales de la vie collective . . .  Contre les faux vendeurs de poudre aux yeux, les lâches bourgeois encartés au parti socialiste, les imbéciles de toute espèce, je pousse ce cri haut et fort : vive la réaction ! ».

Mussolini, Il Popolo d’Italia, 25 avril 1920

Au printemps 1920, Angelo Tasca a vingt ans et compte parmi les jeunes socialistes les plus influents d’Italie. L’année précédente, il a fondé avec Antonio Gramsci, Palmiro Togliatti et Umberto Terracini la revue l’Ordine Nuovo, qui s’est affirmée comme le creuset de la pensée ouvriériste et le berceau du mouvement révolutionnaire des conseils d’entreprise.

L’Italie est submergée par la plus grande vague de grèves de son histoire. Les agents des postes et télécommunications ont commencé en janvier, puis ça a été le tour des cheminots, qui n’avaient pas débrayé depuis 1907.

L’agitation, née comme une simple revendication d’ajustement des salaires, a dégénéré en une paralysie totale de la circulation, alors que les gares, occupées par des troupes sur le pied de guerre, évoquaient des champs de bataille. Les petites et moyennes catégories de travailleurs – concierges, cochers, greffiers, boulangers, traminots, gaziers, coiffeurs - ont peu à peu suivi.

Un jour sur deux, Milan a l’air d’une ville morte, elle suspend ses activités.

Les grèves dans l’industrie se comptent par milliers ; les travailleurs impliqués par millions ; les prix de gros ont quintuplé.

Fin mars, chez FIAT, à Turin, une émeute a eu lieu. Les ouvriers ont décidé qu’ils seraient maîtres du temps, n’en déplaise au sénateur Agnelli. Les industriels ont répliqué par le lock-out.

Résultat, il y a eu une grève générale de dix jours, suivie par cent vingt mille travailleurs uniquement à Turin et dans sa province.

Soixante mille d’entre eux ont pris possession des usines contre l’avancement de l’aiguille d’un cran. Bien entendu, ce n’est pas une histoire d’aiguilles, il ne s’agit pas de l’heure légale, mais de l’heure suprême. L’heure de la révolution

Mais il y a du nouveau : les industriels ne se battent plus en ordre dispersé. Ils se sont réunis non loin de la galerie Victor-Emmanuel II et ont fondé une association nationale pour défendre leurs intérêts.

Mussolini, orienté de plus en plus à droite, toujours à la recherche de fonds pour son journal, désormais mûr pour la rupture avec sa jeunesse débraillée d’agitateur révolutionnaire, a salué favorablement la naissance de la Confédération industrielle. Il a également condamné les grèves.

Nul doute, la bourgeoisie réagira. Il s’agit juste de patienter, l’arme au pied.

(Extraits de lecture du livre d’Antonio Scurati ‘’M l’enfant du siècle’’ éditions Les Arènes)

 

Chaque mardi en exclusivité sur EVAB, vous avez rendez vous avec la série ‘’M’’ qui va vous faire revivre les évènements qui ont fondé le fascisme en Italie, le siècle dernier.