Fascisme : la bascule vers la fin de l’État de droit (Sixième et dernier épisode)

par | 27 avril 2025 | Histoire

Au moment où en France et dans le monde la droite extrême et l’extrême droite remettent en cause l’État de droit, il est temps de se rappeler comment le fascisme procède pour le supprimer. En Italie, l’assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti aurait pu signifier la fin du fascisme. À l’inverse, il a signifié la fin de l’État de droit.

Italie 1924 : meurtre de Matteotti (6) la capitulation

31 juillet 1925, un an et un mois après l’assassinat de Matteotti, à l’occasion du 25ième anniversaire de son règne, le roi d’Italie Victor-Emmanuel III, accorde une amnistie concernant les crimes ordinaires et militaires.

Deux jours plus tard, le 2 août, pour son jubilé, le souverain étend cette amnistie aux crimes politiques.

Dix jours seulement après leur attentat, les agresseurs de Giovanni Amendola, leader de la droite libérale sont déjà pardonnés (voir épisode précédent).

Pire, la dénonciation de la violence fasciste espérée, attendue, réclamée, par le même Amendola ne sera jamais formulée.

Toute l’Italie comprend enfin que la signature du roi en bas du décret d’amnistie, est la preuve de sa volonté d’en finir avec la question morale soulevée par l’assassinat de Matteotti.

Le roi n’interviendra pas, la crise politique est close, le dernier clou est planté sur le cercueil du député socialiste.

Il y a pire encore. La veille du décret, redoutant les manifestations du camp antifasciste, le ministre de l’Intérieur Federzoni a envoyé un télégramme aux préfets les invitants à : « Tuer dans l’œuf, toute mobilisation. »

Il n’y aura pas de mobilisations. Le ressort antifasciste est cassé. L’attente d’une intervention royale a fourvoyé la mobilisation nécessaire dans une impasse. Le théoricien de cet erreur politique, Amendola, boit le calice jusqu’à la lie. Il écrit une vibrante lettre au roi où il s’indigne de l’alliance entre fascistes et mafiosi en Sicile.

Le bilan de l’été 1925 est catastrophique. Amendola est blessé physiquement, mort politiquement. De nombreux journalistes et militants politiques de toutes tendances, sont contraints de s’expatrier.

Le 19 septembre 1925, le parti socialiste italien décide de retourner au parlement, il termine honteusement sa sécession de l’Aventin.

Face au fascisme il n’existe plus qu’une armée de fantômes institutionnels. Fantômes qui ont cru que le roi pouvait sanctionner Mussolini.

Ce n’est pas avec de la naïveté que l’on change le cours de l’histoire.

Le 23 septembre 1925, la nouvelle respectabilité de Mussolini est soumise à une épreuve décisive : le mariage princier de la maison de Savoie.

Dans ce mariage princier, Mussolini, véritable pièce rapportée chez les têtes couronnées, est là en tant que détenteur du collier de l’Annonciade, dont il a été décoré en 1924. Ce collier et cette distinction l’élèvent au titre très officiel de « cousin du roi ».

C’est la première fois depuis des mois que le roi et le « Duce » du fascisme se retrouvent en public.

Quand Mussolini s’approche de la mariée pour la saluer, le roi, son père, se tient derrière elle.

Ostensiblement, le roi d’Italie fend les rangs de ses pairs, les aristocrates d’Europe, pour étreindre un roturier, son premier ministre : Bénito Mussolini.

Dans une scène qui aurait pu être risible, il l’étreint du bas de son mètre cinquante, il se serre contre son buste, comme un roi enfant, comme s’il cherchait à être protégé.

Cette étreinte royale au fascisme efface une année de tensions, cinq années d’assassinats et instaure la fin de l’État de droit.

Giacomo Matteotti vient d’être assassiné une deuxième fois à titre posthume.

Pour les 20 ans à venir, le fascisme n’a plus d’ennemis institutionnels à abattre. Il va régner en maître absolu dans la péninsule italienne, exporter sa doctrine sa doctrine en Europe et dans le monde.

Il faudra la révolte armée des partisans italiens pour s’en débarrasser.

(J’ai rédigé cette série de six épisodes à partir de la lecture de l’excellent livre d’Antonio Scurati « M, l’homme de la providence » édité aux éditions « Les Arènes », paru en 2021. Il est vendu 25 euros et compte 660 pages. Je vous en recommande vivement l’achat.)

Partager sur

En Bref

< Retour à l'accueil

L'agenda Culturel

L'agenda Militant

Lettre d'informations En Vie à Béziers

Pour recevoir notre lettre hebdomadaire

[sibwp_form id=1]

La Revue de presse

Dessins et photos d'actualités

Le mot du maire de Béziers

En vie à Béziers Adhésion et/ou dons !

Le coin des lecteurs

D-connexion blogs Médiapart

Bonjour Pour Information, J’ai publié sur blogs Media-part  un billet (en accès libre). Bonne lecture et Joyeuses Fêtes et désolé pour les doublonsCordialement Thierry Canals...

Communiqué de presse COLBAC

La disparition de Brigitte Bardot marque la perte d’une figure majeure de la cause animale en France. Parmi l’ensemble de ses engagements, l’un fut constant et sans ambiguïté : la dénonciation de la corrida en tant que pratique cruelle, fondée sur la souffrance...

Janvier 2026 pour la Palestine

Madame, Monsieur Le Week end des 10 et 11 janvier sera un temps  fort pour la Palestine à Béziers. Samedi 10 à 16H rassemblement rond point Gagarine. Dimanche 11 à 15H voeux partagés poétiques et musicaux à la Cosmopolithéque. Vous en trouverez le détail dans les...

Défendre la viticulture c’est vital !!

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard annonce au salon Sitevi à Montpellier fin novembre l’arrachage de35000 hectares de vignes. L’an dernier c’est 27000 hectares qui ont été arrachées, l’équivalent du département duGard. Donc ils veulent en finir avec la...

Y’EN A MARRE DES PAUVRES ?

Le 27 juillet 2017, à Orléans, le jeune président Macron déclare : « Je ne veux plus, d’ici la fin de l’année, avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus. C’est une question de dignité, c’est une question d’humanité et d’efficacité. ». Deux...

Au bout du fil de la presse libre

En 2026 Continuons à défendre l'édition libre

Le monde de l’édition française est un monde très concentré. Aujourd’hui, après des décennies d’acquisitions et de rachats, 90% du marché est détenu par 5 conglomérats d'édition, avec 5 milliardaires à leurs têtes. Statistiquement, l'achat d'un livre revient dans 90% des cas à renforcer les empires de Vincent Bolloré (Hachette), Daniel Křetínský (CMI/Editis), Bernard Arnault (LVMH, Madrigall, Lefebvre Sarrut), Francis Esménard (Albin Michel) ou de la famille Michelin-Montagne (Média Participations), dont l'omniprésence oriente l'opinion publique.

Hobo Diffusion promeut l’édition indépendante et critique, et propose une alternative dans un monde du livre monopolisé et dominé par les grands groupes. Hobo Diffusion ne travaille pas avec Amazon.

 

Cette carte, proposée par les éditions Agone et le Monde diplomatique,  expose l’ampleur de la concentration éditoriale tout en rendant visible la myriade de maisons indépendantes qui y échappe.

 

L’association a bénéficié en 2018 et 2019 du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité / Ministère de la culture

Nombre de visites

Nombre de visites

1049694
Total Users : 1049694

lundi 5 janvier 2026, 4:41

Didier Ribo

Description de l'auteur de l'article - co-fondateur du journal majoritaire de Béziers