Le 12 mars 1922, voilà exactement 104 ans, naît à Lowell dans le Massachusetts Jean Louis Lebris de Kerouac alias Jack Kérouac d’une famille catholique de Canadiens francophones.
Il ressentira durant toute son enfance un perpétuel sentiment d’exclusion qui va le rapprocher des exclus de l’Amérique auxquels il s’identifie.
Étudiant de bon niveau à l’Université Columbia de New-York, ses amis lui font découvrir le jazz qui est pour lui une révélation. Il crée même une rubrique musicale dans le journal de son université. Le jazz devient pour lui une religion et il est le premier à entrevoir comment le jazz peut influer sur la vie. Mais ce qu’aimait Jack c’était improviser le blues avec les musiciens des rues dans la grande tradition des bluesmen. Toujours attiré par les bas-fonds de la ville, il affirme très tôt sa volonté de se tenir en marge de la société. Dans une ambiance de trafics en tous genres, de grandes années de débauche, riches en « dérèglements des sens » comme il dit, il se prend de compassion pour les exclus, les clochards et les victimes du racisme.
Il écrit et rêve de héros vagabonds en marge de la société. Il projette de s’évader et de voyager. C’est à ce moment-là que se mettent en place les anges et les démons de toute la vie de Kérouac.

Et l’aventure va réellement commencer dès 1949.
Tour à tour matelot, cueilleur de coton ou déménageur, il mène, après ses études, une vie errante, parcourant en tout sens les Etats-Unis et le Mexique. Il écrit beaucoup durant cette période et cette écriture introspective l’amène à s’interroger sur les fondements de son mal de vivre. Et Kerouac se rend compte qu’il a un désir subconscient d’échouer, une sorte de vœu de mort. Tout ce qui lui arrive alors le pousse à penser qu’il est foutu (beat en anglais)
Une grande partie de son abondante production est tirée de ces expériences de voyage.
Son œuvre la plus célèbre reste « Sur la route » (On the road) qui, rédigé dès 1950, ne fut publié qu’en 1957, faute d’éditeur qui l’accepte.

Écrit de façon non conventionnelle sur un rouleau de papier de 36 mètres de long, en 3 semaines seulement, ce texte déroulé ressemble à une longue route, celle qu’il a parcourue !
L’ouvrage, livre clé de la beat génération est le récit des errances de l’auteur qui se met en scène sous le nom de Sal Paradise d’un bout à l’autre des États-Unis. Voyageant en auto-stop, logeant chez qui l’accepte, partageant femmes et alcool avec des amis de rencontre, Kerouac s’abandonne à la loi du hasard, à la recherche moins de l’aventure que d’une fraternité réelle entre les gens. Il s’agit de connaître et d’aimer le monde et ceux qui y vivent par delà les conventions sociales, d’aller à la rencontre de soi-même. Le récit est le compte rendu de cette quête avec ses moments d’euphorie mais aussi ses passages à vide ses instants nuls, ses échecs, parfois cocasses parfois tragiques. Il rend remarquablement la nostalgie, typiquement américaine, des grands espaces. Mais également le style de vie non matérialiste des protagonistes. Ce style, adopté par de nombreux lecteurs, aide à propulser le statut de Kerouac à celui d’un mythe.
Il va influencer toute une génération de jeunes, précurseurs des hippies
Du jour au lendemain l’Amérique fut pleine de beatniks c’est à dire dans l’image de la grande presse, d’adolescents crasseux déguisés en clochards, cheveux longs et nu-pieds, trouvant des extases mystiques au fond de piaules sordides !

Jack Kerouac devient une véritable icône avec ce roman « Sur la route » publié avec le soutien de ses amis Allen Ginsberg et William Burroughs mais dont le succès explose seulement dans les années 1960..
Il sombre alors dans l’alcoolisme, échouant dans sa quête de spiritualité bouddhique, brisant les liens avec plusieurs de ses amis. Kerouac ressent un véritable malaise et ne se reconnaît pas dans le mouvement hippie qui lui voue pourtant une admiration sans bornes. Il s’irrite du développement d’un bouddhisme de mode dont il est en partie responsable.
Cette déchéance ne l’empêche pas d’écrire quand même de nombreux livres et articles et enregistre même trois albums parlés.
Miné par l’alcool et la benzédrine, Jack Kerouac meurt à 47 ans, le 21 octobre 1969. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands écrivains américains du XXe siècle. Profondément catholique malgré son anti-conformisme, il sera resté obsédé toute sa vie par ses racines et par le souvenir.

Kerouac reste une légende vivante et les hommages restent nombreux des deux côtés de l’Atlantique
Actualité oblige : pourrait-on dire que Kérouac et les Beats étaient les premiers indignés, insatisfaits du monde et des voies trop conformes que la société leur proposait ?
Mais c’est une autre histoire
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