Le 5 mars 1922, voilà exactement 104 ans, naît à Bologne Pier Paolo Pasolini d’un père officier de carrière et d’une mère issue d’une famille paysanne. Fait exceptionnel pour l’époque et pour l’Italie, l’enfant Pasolini ne reçoit aucune éducation religieuse après son baptême.
Il s’installe à Rome dès 1949 pour y exercer le métier d’instituteur mais surtout pour poursuivre une carrière littéraire qui selon un parcours fréquent en Italie le mènera au cinéma.
Ses premiers romans décrivent dans une langue âpre et nue l’existence de ces désœuvrés, prompts à violer les lois qui hantent les faubourgs misérables de Rome. Pasolini éprouve une sympathie évidente à leur égard.
Il publiera également de nombreux recueils de poésie. Ses poèmes sont l’expression d’une sensibilité toujours à vif, prompte aussi bien à l’ironie qu’à l’invective mais avant tout peut-être à l’adoration et à la révolte.
Ses mœurs homosexuelles lui valent d’être exclu du parti communiste auquel il était adhérent jusque-là.
Ses talents d’écriture sont très vite remarqués par l’intelligentsia italienne et Pasolini prête son concours à Fellini, Bolognini ou encore Bertolucci.
Il passe rapidement derrière la caméra. D’emblée ses films provoquent une curiosité qu’il attise par le caractère provoquant de ses déclarations.. Pasolini porte à l’écran les thèmes de ses romans.

Leur alternance de dureté et de préciosité retiennent moins l’attention des premières critiques que la pénurie des moyens utilisés et l’aspect expérimental (son direct, plans séquences et longs plans fixes qui ont fait parler à son propos d’un Godard italien.
Réputé pour ses prises de position anarchistes et son côté contestataire, Pasolini signe au début des années 1960 deux œuvres majeures : le poignant Accatone (1961) et Mamma Roma, lauréat du Prix de la critique internationale au Festival de Venise en 1962. Le thème de la religion revient très souvent dans certains de ses films.
Premier scandale dès 1963 dans un film à sketches où le christ finit par mourir sur la croix d’une indigestion de fromage blanc !
Mais la tempête se déchaîne dans son adaptation prolétarienne de son Evangile selon Saint Mathieu, long métrage grâce auquel il remportera le Prix spécial du jury au Festival de Venise en 1964. Il passera même par la case prison !
Pasolini se retrouve coincé entre l’Église réticente jusqu’à la colère devant son christ prophétique et les partis marxistes auxquels il reproche de ne pas prendre la religion au sérieux,
Pasolini frappera fort en cette fin de décennie avec son sulfureux Théorème (1968) – l’histoire d’une famille bourgeoise ébranlée par l’arrivée d’un beau jeune homme campé par Terence Stamp – qui sera interdit en salles aux moins de 16 ans, notamment en France. Contradiction encore puisqu’il recevra pourtant le prix de l’Office catholique international du cinéma pour ce film qui lui vaut en même temps de violentes attaques pour obscénités et et insultes à la religion ! Mais cil est habitué au scandale et aux attaques en justice avec pas moins de 160 plaintes !

Au début des années 1970, le metteur en scène entreprend une démarche ambitieuse, une « Trilogie de la vie » constituée de trois volets assez grivois : Le Decameron (1971), adapté des contes de Boccace, Les Contes de Canterbury, grâce auquel il remporte l’Ours d’or du Meilleur réalisateur en 1972, et une visionnaire interprétation des contes des Mille et une nuits (1974).
Lorsqu’il annonce qu’il va porter à l’écran « Les 120 jours de Sodome » du marquis de Sade en les transposant dans le contexte de l’éphémère République fasciste fondée par Mussolini en 1943 dans la petite ville de Salo, les polémiques se réveillent ainsi que la haine des milieux fascisants.
A l’aube du 2 novembre 1975. Pasolini est sauvagement assassiné par un jeune prostitué de 17 ans. Son corps sera retrouvé poignardé dans un terrain vague d’Ostie, à proximité de Rome,
Quelques jours plus tard les foudres de la censure vont à nouveau se déchaîner et la projection de Salo, est interdite en Italie pour obscénité. C’est le festival de Paris qui en assurera la première mondiale.
Enfant terrible de l’intelligentsia italienne, le cinéaste a été controversé à chacun de ses films. Il s’est toujours refusé à séparer l’art de la vie. Faut-il dès lors tenir sa fin tragique pour une conclusion de son engagement ? Il y aurait quelque cynisme à le prétendre même si cette fin scelle effectivement une destinée dont les contradictions offrent un reflet de notre époque.

La vie et l’œuvre tant écrite que filmée sont en prise directe sur ces contradictions. Sa fin tragique ne fait que renforcer l’image d’une œuvre incomplète, en tout cas brouillonne autant que bouillonnante.
N’avait-il pas dit : »Pourquoi achever une œuvre ? Il est tellement plus beau de la rêver ?
Les circonstances de la mort de Pasolini ne sont pas claires. Des contradictions dans les déclarations du meurtrier, une intervention de la part des services secrets pendant l’investigation, des impasses et des témoignages peu cohérents sont tous des facteurs qui laissent planer de grands doutes.
Aujourd’hui encore, la mort de Pasolini reste très discutée …
… mais c’est une autre histoire !



























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