La radicalisation des droites françaises se poursuit. Elles forment à marche forcée un bloc néo-réactionnaire avec ou sans le Rassemblement national. À la gauche rassemblée de sortir ce dernier du podium en mettant au centre de la confrontation électorale le logement, le travail, les droits et libertés, la solidarité.
La radicalisation des droites françaises se poursuit par le haut et par le bas. Au Sénat et à l’Assemblée nationale d’une part, sur le terrain du renouvellement des conseils municipaux d’autre part.
La suspension des mesures Borne contre les droits à la retraite a été arrachée à Lecornu le 9 décembre. Désormais, l’Élysée et Matignon entendent faire passer en force toutes leurs coupes budgétaires. Ils veulent imposer une exceptionnalité fiscale renforcée des grands groupes et de leurs grands actionnaires.
La surenchère
Les 121 député·es du Rassemblement national renchérissent toujours. Ils entendent maintenant faire dériver LR, Horizons, le Modem et Renaissance sur la fin des cotisations sociales obligatoires. À la clé, ce serait le clash budgétaire pour les hôpitaux, le logement social et, bien sûr, les retraites.
Les professions de foi communales s’annoncent également radicales. Les priorités de Renaissance, Horizons, le Modem et LR se résument simplement : insécurité, coupe des charges et des emplois municipaux, sélection drastique des associations jusque là reconnues, renforcement des appuis aux Chambres d’agriculture, Chambre des métiers et Chambres de commerce et d’industrie. Les candidats publics ou infiltrés du Rassemblement national n’ont qu’à se pencher pour choisir sur quoi pousser l’extrémisme.
Un bloc néo-réactionnaire en construction
Les droites françaises se soudent ainsi à marche forcée dans un bloc néo-réactionnaire pour tenter de sortir d’une crise de régime multiforme. Un point les départage virtuellement : s’allier ou non avec le Rassemblement national.
La direction des Républicains anticipe la vague RN dans les quatre-cents grandes communes où le RN présente ses propres listes. Le mot d’ordre est de refuser la fusion avec le RN. Renaissance est moins exposée, car le parti de l’Élysée est sans maires sortant·es et ne dispose que de peu de chef·fes de file pour ce 15 mars.
Le clivage est net en revanche si l’observation descend au niveau des cadres de base de ces partis et des sondé·es se déclarant proches ou des Républicains, ou de Renaissance. Ceux-là s’avouent pressés de passer alliance avec le Rassemblement national. Ceux-ci restent hostiles au parti du clan Le Pen. Le baromètre d’opinions – suivi depuis 2002 par Le Monde – est sidérant sur la percée des régressions identitaires à droite (voir Le Monde du mardi 13 janvier).
Les médias privés – sous pilotage de Bolloré et de Stierlin – mettent en outre en scène un Rassemblement national « aux portes du pouvoir ». Cette anticipation vaut chez eux désir de réalisation. De fait, le record historique de Le Pen au premier tour de la dernière élection présidentielle a été enfoncé il y a un an et demi. Les candidats RN et LR ralliés ont recueilli 2,5 millions de voix supplémentaires, le 30 juin 2024. L’accident est donc plus que jamais possible.
La responsabilité de la gauche rassemblée
En effet, l’absence d’assemblées citoyennes du NFP a créé un vide à gauche. Les confrontations à l’Assemblée nationale, uniquement relayées par les communicants des partis, sont opaques. Les manoeuvres qui découlent des ambitions présidentielles de Mélenchon et de Hollande emplissent par conséquent ce vide de la gauche. Dès lors, les quatre partis du cartel Nouveau Front populaire se résignent à une terrible fragmentation au moment de constituer les listes communales.
Le 26 février est la date limite de dépôt des listes en préfectures. Six grosses semaines sont à mettre à profit pour fusionner ces listes de gauche actuellement concurrentes, jusqu’à trois voire quatre campagnes rivales selon les villes et les villages.
Sortir de l’ornière est impératif : l’élection de mars est d’évidence polarisée par l’hostilité toujours croissante envers l’Élysée. Cette tendance de fond accentue la passivité politique en même temps qu’elle place au centre de la vie politique le parti de la haine, le parti des Le Pen.
À la gauche rassemblée de sortir le Rassemblement national du podium en mettant au centre de la confrontation électorale le logement, le travail, les droits et libertés, la solidarité. Rien n’est impossible.
Par Eugène Bégoc le 19 janvier 2026


































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