Rues débaptisées, affiches à la gloire des armes de la police… Depuis 2014, le maire sature l’espace public de messages agressifs pour diffuser l’idéologie d’extrême droite. Un combat culturel, qui s’accompagne d’un mépris de la loi et de tentatives de silenciation des voix dissonantes.
« Sagittaire. Amour : vous allez tomber follement
amoureuse d’un OQTF. Problème : il veut se marier à
Béziers. » Depuis que Robert Ménard a été élu à la
mairie en 2014 en étant soutenu par le Rassemblement
national (RN), l’idéologie d’extrême droite s’immisce
jusqu’aux pages horoscope du journal municipal, dont il
est directeur de publication.
Un humour raciste qui fait écho au refus de l’édile de
marier un homme sous obligation de quitter le territoire
français, en juillet 2023. Poursuivi par la justice pour
s’être mis hors la loi, Robert Ménard avait interpellé
Emmanuel Macron. Le chef de l’État a cru bon de juger
cette situation « ubuesque parce que le droit est mal fait
». Le président a ensuite approuvé une proposition de loi
visant à interdire le mariage d’étrangers en situation
irrégulière.
En se servant de Béziers et de son mandat,
Ménard a contribué à faire exploser les plafonds de verre
au niveau national », déplore auprès de Politis un des
fondateurs d’En vie à Béziers, journal local créé en
réaction à l’élection de Robert Ménard.
Robert Ménard est un communicant. Le cofondateur de
Reporters sans frontières a lancé, en 2012, avec son
épouse Emmanuelle Duverger, le site d’extrême droite
Boulevard Voltaire. C’est aussi avec elle qu’il a fondé la
maison d’édition Mordicus, où sont publiés des auteurs
d’extrême droite parmi lesquels Renaud Camus. À ce
théoricien complotiste à l’origine de la théorie du « grand
remplacement », Robert Ménard demandera, après son
élection, d’écrire un livre sur l’histoire de Béziers. Un
projet avorté faute d’accord financier.
« Véritable propagande idéologique »
« Pour lui, la polémique n’est pas un accident. C’est un
carburant, analyse Magali Crozier, candidate insoumise
aux municipales. Il maîtrise la dramaturgie, le rythme des
polémiques, l’occupation permanente de l’espace public.
» Fraîchement élu, l’édile appelle auprès de lui
André-Yves Beck, idéologue d’extrême droite. L’ancien nationaliste-révolutionnaire qui a été pendant près de
vingt ans directeur de la communication du maire
d’Orange Jacques Bompard (ex-FN) « impose sa patte
au journal de la ville », d’après Le Monde.
Daniel Kupferstein, a consacré un film (L’envers du
décor, 2024) au journal de Béziers, devenu Le Journal du
Biterrois, qu’il qualifie « d’outil de véritable propagande
idéologique ». Depuis 2024, en plus de la distribution du
journal dans les boîtes aux lettres, des extraits en sont
directement affichés sur les panneaux municipaux.
Jean-Paul Palmade, vice-président de la Ligue des droits
de l’Homme (LDH) de Béziers se souvient avoir été «
épouvanté » par la « campagne de communication qui
fête l’arrivée aux commandes de Robert Ménard ». En
2015, en pleine guerre en Syrie, l’édile affiche sur les
panneaux d’affichage municipaux un montage
représentant des réfugiés devant la cathédrale de
Béziers. « Ça y est ils arrivent… les migrants dans notre
centre-ville », lit-on sur l’affiche.
S’ensuivront de nombreuses campagnes suscitant la
polémique. Comme cette affiche de février 2015
représentant une arme : « Désormais la police
municipale a un nouvel ami. » Une affiche qui a marqué
les mémoires à Béziers, où, en 2020, Mohamed Gabsi
est mort à 33 ans au cours d’une violente interpellation
par trois policiers municipaux, dont les effectifs ont
quadruplé depuis 2014.
« Les idées avancent et c’est très difficile de les contrer
»
Au-delà de ses campagnes d’affichage, Robert Ménard
renomme les rues. Un an après son élection, il débaptise
la rue du 19-Mars-1962, date des accords d’Évian
mettant fin à la guerre d’Algérie. Celui qui est né à Oran
et dont le père était militant de l’OAS choisit de
renommer la rue Hélie-Denoix-de-Saint-Marc, du nom de
ce militaire qui a pris part au putsch des généraux en
En 2022, la mairie prête gracieusement la salle de concert Zinga Zanga à Jean-Pax Méfret, chanteur
nostalgique de l’Algérie française. L’intitulé de la soirée ?
« Spécial Nostalgérie ».
En 2020, c’est la maison de la vie associative qui est
renommée Daniel-Cordier. Avant de rejoindre Jean
Moulin, ce dernier avait milité à l’Action française. Un
choix révélant la volonté de Robert Ménard d’inscrire, au
mépris des faits, l’histoire de l’extrême droite dans celle
de la Résistance. « Ce qui se joue, écrit l’historien
Richard Vassakos dans La Croisade de Robert Ménard
(Libertalia), c’est la diffusion d’une idéologie par tous les
canaux possibles afin de l’enraciner insensiblement et
insidieusement dans la conscience d’une majorité de
l’opinion publique. »
Une analyse que partage Jean-Philippe Turpin, directeur
du centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) de
Béziers. « Robert Ménard fait changer les cerveaux. Les
idées avancent et c’est très difficile de les contrer. » Il
prend pour exemple le coup de communication orchestré
quelques jours après la polémique des affiches sur les
réfugiés syriens en 2015. Sur une vidéo diffusée sur le
site de la ville, Robert Ménard se montrait écharpe
tricolore autour du cou, encadré d’élus et de policiers
armés portant des gilets pare-balles. Il prend à partie des
Syriens qui avaient trouvé refuge dans un HLM de la ville
: « Vous n’êtes pas les bienvenus », leur avait-il dit. Pour
Jean-Philippe Turpin, Robert Ménard est un «
entrepreneur de guerre civile qui laboure le terrain » pour
une banalisation totale du racisme.
« Le gros morceau, c’est la laïcité »
Se positionnant comme un « défenseur de la liberté
d’expression », Robert Ménard invite dès son premier
mandat les chantres de l’extrême droite française,
notamment lors d’un cycle de conférences intitulé «
Béziers libère la parole ». Au palais des congrès de la
ville, défilent entre autres Philippe de Villiers, Patrick
Buisson, Éric Zemmour… Un cycle décrit par l’historien
Richard Vassakos comme « une sorte d’université
populaire de l’extrême droite ayant pour objet d’armer les
relais locaux de cette idéologie ».
Chaque année depuis l’été qui a suivi son élection,
Ménard organise une messe publique dans les arènes de
la ville pour lancer la féria. Revendiquant les « racines
chrétiennes », Robert Ménard s’en est aussi pris à
plusieurs reprises aux élèves musulmans, faisant sienne
la théorie du « grand remplacement ». « Dans une classe
de centre-ville de chez moi, 91 % d’enfants musulmans.
Évidemment que c’est un problème », avait-il par
exemple déclaré sur LCI en 2016.
« Robert Ménard fait des crèches de la nativité dans la
cour de l’hôtel de ville alors qu’il a été condamné huit
fois, il célèbre à l’intérieur de la mairie Hanouka, une fête
juive… », lâche Jean-Paul Palmade, vice-président de la
LDH pour qui « le gros morceau, c’est la laïcité ».
Pauline Migevant journaliste à Politis
L’article écrit le 6 mars 2026 doit paraître sur le Politis du 12 mars 2026




























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