De Liévin à Agde, le RN conquiert de nombreuses villes moyennes

par | 23 mars 2026 | Place aux lecteurs

Le parti d’extrême droite, qui a multiplié les victoires dans les villes entre 10 000 et 50 000 habitants, se renforce dans ses bastions électoraux et s’implante dans de nouveaux départements. Il a cependant échoué à remporter la grande ville qu’il visait, Toulon, mais peut revendiquer la victoire à Nice.

Une défaite varoise qui masque une forêt de succès. Au terme de ces élections municipales 2026, le Rassemblement national (RN) peut faire le constat d’un échec : il n’a pas réussi à reconquérir Toulon (Var), ville symbole, préfecture de l’un des départements où il est le mieux implanté, que le parti a dirigée de 1995 à 2001.

La candidature de Laure Lavalette, médiatique députée proche de Marine Le Pen, n’a pas eu le succès espéré par l’état-major du parti, la porte-parole du RN échouant face à la maire sortante de droite, Josée Massi, malgré tous ses efforts pour faire oublier la gestion catastrophique de la ville par le Front national (FN) il y a trente ans.

La soirée a pourtant des airs de victoire pour l’extrême droite. Le parti de Jordan Bardella, qui s’est félicité de réaliser « la plus grande percée de toute son histoire », remporte de nombreuses villes moyennes, entre 10 000 et 50 000 habitant·es, et renforce clairement sa présence dans ses bastions du Nord et du Sud-Est. Dans le bassin minier, le RN a échoué au premier tour à remporter la ville de Lens (Pas-de-Calais), mais il remporte l’autre grande commune de l’agglomération, Liévin (30 000 habitant·es) ainsi que Billy-Montigny, Oignies et Courcelles-lès-Lens, qui viennent s’ajouter aux communes remportées dès le premier tour.

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Allocution de Jordan Bardella, à l’issue du second tour des élections municipales, le 22 mars 2026. © Photo Arnaud Cesar Vilette / Sipa

En Moselle, le parti avait déjà conservé la mairie d’Hayange dès le premier tour, et ajoute, dans ce département où il compte trois députés, les communes de Saint-Avold (15 000 habitant·es) et Amnéville. Même scénario dans les Pyrénées-Orientales où le RN, qui pouvait déjà compter sur la réélection dimanche dernier de Louis Aliot à Perpignan, remporte deux autres communes de l’agglomération : Canohès et Rivesaltes.

Dans le Sud-Est, si le parti a échoué à remporter Toulon, il remporte plusieurs communes parmi les plus peuplées de la métropole varoise : La Valette (remportée par le suppléant actuel de Laure Lavalette, qui fut son adversaire aux législatives de 2022 sous l’étiquette Les Républicains, LR), La Seyne-sur-Mer et Six-Fours, où le député Fréderic Boccaletti bat le maire sortant de vingt et une voix seulement.

Dans le département voisin du Vaucluse, le RN met fin à la dynastie Jacques Bompard à Orange – élu en 1995 avec l’étiquette Front national (FN), il avait quitté le parti pour fonder la Ligue du Sud. Il remporte également grâce à son alliance avec deux autres listes d’extrême droite – dont l’une était étiquetée RN avant la révélation des propos racistes de sa tête de liste – la ville de Carpentras (31 000 habitant·es) ainsi que les petites communes voisines de Monteux, Aubignan et Bédarrides. 

De nouveaux territoires et des bastions renforcés

Dans le département voisin, le RN poursuit son entreprise d’implantation sur le territoire de la droite, en remportant deux victoires majeures dans les Alpes-Maritimes. Grâce à son allié Éric Ciotti, qui a réussi son pari de quitter le parti Les Républicains pour s’allier avec le RN, l’extrême droite peut revendiquer un succès dans la cinquième ville de France : le président de l’Union des droites pour la République (UDR), qui sert de sas pour convertir des élu·es de droite à l’alliance avec le RN, a balayé le maire sortant Christian Estrosi.

Près de la frontière italienne, la fusion des deux listes de droite, celle menée par Louis Sarkozy et celle de Sandra Paire, n’a pas suffi pour battre la députée RN Alexandra Masson, qui devient maire de Menton (30 000 habitant·es).

Ces municipales confirment surtout de nouvelles implantations du RN, qui ajoute à son maillage territorial la gestion de communes dans des zones où elle n’était que peu présente. L’extrême droite va désormais administrer une sous-préfecture dans le grand ouest, territoire où le parti est historiquement faible, grâce à la victoire de Romain Lemoigne à La Flèche (Sarthe).

L‘extrême droite l’emporte dans 62 communes, Dans le Loiret, le député Thomas Ménagé a réussi son pari de se constituer un petit bastion, avec la victoire de deux de ses candidats à Montargis et Amilly (environ 13 000 habitant·es dans chaque commune). Dans le département voisin du Cher, le candidat Yannick Le Roux, soutenu par tous les partis d’extrême droite, a fait basculer la ville de Vierzon, bastion historique du Parti communiste français (PCF).

Ailleurs, le parti a réussi à conquérir plusieurs villes moyennes, remportées par des député·es comme dans l’Aude, où le RN misait sur une victoire de Christophe Barthès, qui l’a emporté à Carcassonne (46 000 habitant·es), tout comme son collègue à l’Assemblée nationale Aurélien Lopez-Liguori à Agde (Hérault, 30 000 habitant·es) ou Pascale Bordes à Bagnols-sur-Cèze (Gard, 18 000 habitant·es).

Au total, ce sont cinq député·es du groupe RN, dont plusieurs cadres, qui sont élue·s lors de ce second tour, auxquel·les s’ajoutent Nicolas Meizonnet et Bryan Masson, élus dès le premier tour respectivement à Vauvert (Gard) et Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes). Autant d’élu·es qu’il faudra remplacer dans le groupe parlementaire.

Échecs à Nîmes, Marseille ou Draguignan

Le parti d’extrême droite ne fait pas l’économie de quelques déceptions, parmi lesquelles son faible score dans la plupart des grandes villes : il ne gouvernera pas, en son nom propre, de nouvelle commune de plus de 100 000 habitant·es.

À Marseille (Bouches-du-Rhône), le très bon score de Franck Allisio, arrivé au coude-à-coude avec Benoît Payan au premier tour, ne lui a pas permis de remporter la mairie. L’effondrement de la candidate de droite Martine Vassal, concomitante avec l’amélioration de son résultat (41 % au second tour), illustre cependant l’absorption des voix de la droite par le RN.

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Éric Ciotti après sa victoire à Nice le 22 mars 2026. © Photo Valéry Hache / AFP

Parmi ses objectifs affichés, le mouvement de Jordan Bardella n’a pas non plus réussi à remporter la ville de Nîmes (Gard) : le directeur de campagne de ces élections municipales Julien Sanchez a été battu par le candidat communiste, dans une triangulaire avec la droite.

À Draguignan (Var), le ralliement d’un candidat de droite au député Philippe Schreck, arrivé en tête du premier tour, n’a pas suffi : il a été battu par le maire sortant de moins de 200 voix et a dénoncé dans la foulée « des combinaisons, des manœuvres, des menaces, qui devraient naturellement conduire à faire invalider ce scrutin ».

L’entre-deux-tours a montré que les nombreuses mains tendues de Jordan Bardella n’ont pas suffi à opérer le grand mouvement de ralliement qu’il appelle de ses vœux.

Dans l’Aisne, le RN réalise une très faible performance au regard de ses scores aux précédentes élections : il peut se targuer d’avoir quatre des cinq députés du département, mais a échoué à constituer une liste à Soissons, a été largement battu à Laon, et a perdu à Villers-Cotterêts, ville dirigée par le RN depuis 2014. Le maire, notoirement inactif à la tête de la ville, avait laissé à sa première adjointe le soin de briguer sa succession.

Ces nombreuses victoires de l’extrême droite, auxquelles doit s’ajouter l’entrée en force dans plusieurs conseils municipaux où le parti est battu, comme à Marseille, Toulon ou Nîmes, permettent à Jordan Bardella d’affirmer « un basculement profond », illustration de « la fin d’un vieux monde à bout de souffle ».

L’entre-deux-tours a pourtant montré que les nombreuses mains tendues du chef du parti à l’égard de la droite n’ont pas suffi à opérer le grand mouvement de ralliement qu’il appelle de ses vœux : aucun cadre LR n’a rejoint le RN avant le second tour, et les quelques adhérent·es qui l’ont fait, à Reims (Marne) ou Draguignan, ont été sanctionnés par le parti de Bruno Retailleau.

Reste que les élections sénatoriales de septembre 2026, qui verront le renouvellement des représentant·es de tous les départements de l’arc méditerranéen où le RN réalise d’importantes percées, serviront de révélateur : l’extrême droite peut légitimement espérer engranger suffisamment de succès pour pouvoir constituer un groupe. Et peser un peu plus sur le système démocratique français.

Richard Laporte (article de Youmni Kezzouf journaliste à Médiapart)

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