Marine Le Pen est condamnée et ce n’est que Justice.

par | 3 avril 2025 | Place aux lecteurs

La condamnation de Marine Le Pen à deux ans de bracelet électronique, à 100 000€ d’amende et à l’inéligibilité est un signe que les temps changent. La culture de l’impunité politique se craquelle.

D’ailleurs, cette décision de Justice rend le monde politique fébrile, bien au-delà des rangs du RN. Maintenant qu’ils comprennent que les peines prévues par les lois sur la confiance dans la vie politique s’appliquent vraiment, les puissants veulent changer la loi ! Bayrou, Ciotti, mais aussi les élus d’Horizons et même – quel malheur – de LFI dénoncent tous en chœur le fait qu’une peine d’inéligibilité puisse être assortie de l’exécution provisoire, c’est-à-dire qu’elle soit applicable immédiatement. Certains vont même jusqu’à remettre en cause le principe même des peines d’inéligibilité, arguant de la séparation des pouvoirs. Ils ciblent les juges qu’ils taxent d’outre-passer leurs pouvoirs. Le RN accuse nommément – c’est grave et dangereux – la juge Perthuis, et qualifie son tribunal de « juge-tyran ». Les larmes coulent à flots.

Cette victimisation est choquante et révèle l’attachement qu’ont les politiques à leur impunité. « Je fais ce que je veux et je ne rends de comptes à personne » est, au fond, leur doctrine d’action.

C’est donc l’heure de poser des limites à ce sentiment de tout-pouvoir. Remettons les choses à leur bonne place. Le souverain est le peuple. Il délègue l’exercice de sa souveraineté, par des élections, à des individus selon certaines conditions. Soyons précis : l’éligibilité n’est pas un droit absolu, loin s’en faut. Il existe de nombreuses règles qui l’encadrent : règles d’âge, de nationalité, incompatibilités professionnelles, non-cumul.. Le président Macron, par exemple, ne peut pas se représenter pour un troisième mandat. Il n’y a pas de quoi s’en indigner. L’inéligibilité est une toute petite peine pour qui n’a pas l’intention de se présenter. Elle est taillée sur mesure pour ceux qui, à l’occasion de l’exercice d’un mandat, commettent des délits qui sont précisément rendus possibles par ce pouvoir électif. De la même façon qu’on retire son permis à un délinquant de la route, on retire son permis de se présenter à un délinquant de la politique. Ces peines spéciales sont moins une punition qu’une protection de la société.

La culture d’impunité est néanmoins pugnace. Marine Le Pen, comme ses complices, refuse d’assumer les conséquences de son délit. Face aux preuves accablantes, elle est restée dans le déni et n’a manifesté aucun regret ni aucune empathie vis-à-vis des victimes que sont les millions de contribuables et la démocratie elle-même qui repose sur un principe de loyauté en matière de financement des partis politiques. En toute logique, le tribunal en a conclu qu’il y avait un risque de récidive. Plus grave encore, il existe un risque de trouble à l’ordre public caractérisé par l’inexécution totale de la peine. En effet, Marine Le Pen planifie de partir en cavale pour échapper à la loi. Pas une cavale à l’étranger, non. Une cavale à l’Élysée ! Comme la Constitution octroi l’immunité pénale au président de la République, c’est une bonne planque. Les délits ont couru durant de nombreuses années, a démontré l’enquête longue et sérieuse. Malgré cela, Marine Le Pen, qui a pris la tête du système de détournement de fonds crée par son père (et qui a permis, nous dit le tribunal, de maintenir un train de vie confortable au clan Le Pen), a pu se présenter 3 fois. Fallait-il la laisser s’évader par le biais de l’élection présidentielle ? Assurément non. Ou alors c’est l’impunité qui gagne encore. Signalons au passage que même si ce n’est pas la règle de principe, il est parfois absolument nécessaire qu’une décision s’applique de manière immédiate, avant toute décision de justice ou avant l’exercice d’une voie de recours. On songe par exemple aux mesures d’éloignement contre les maris dangereux. Nous n’avons jamais milité pour l’abolition du concept même d’exécution provisoire.

Il est important de souligner que le RN et ses électeurs ne courent aucun risque d’être privés de candidat. A vrai dire, c’est plutôt l’obstination de Marine Le Pen qui risque d’empêcher le nouveau candidat d’utiliser pleinement les deux ans qu’il reste pour faire campagne. C’est leur affaire, mais pas une atteinte à la démocratie.

A nous maintenant d’incarner l’éthique en politique. Militons pour développer et renforcer les règles éthiques applicables en démocratie. Incarnons « l’esprit public » promu par notre camarade Clémentine Autain. C’est un des enjeux principaux de notre campagne pour sortir de la monarchie présidentielle par une Assemblée constituante.

Raquel Garrido

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